Interview de l’ombre – Martine Malory

Au-delà des tubes connus et reconnus, les années 80 regorgent de disques ayant manqué le Top 50. Si beaucoup d’artistes n’ont pas fait carrière, ils n’ont cependant pas tous, loin de là, stoppé leurs activités artistiques malgré l’absence de succès de masse et de visibilité médiatique. C’est le cas pour Martine Malory qui, après avoir signé plusieurs 45 tours dans les années 80 et quelques singles postérieurs, publie deux albums dans les années 2010. Aujourd’hui, elle présente son troisième et nouvel album, J’ai rendez-vous.

Vous avez débuté la scène à l’âge de 10 ans. Vous aviez donc la passion de la chanson dans le sang ? Comment avez-vous réussi à monter sur scène si vite ?

J’ai commencé par le piano, puis je suis rentrée dans une chorale et le professeur a voulu que je chante seule. C’est comme cela que j’ai commencé mes premières scènes… et j’y ai pris goût ! J’ai connu ensuite mes premiers studios d’enregistrement. J’ai fait plusieurs spectacles avec pas mal d’artistes… En fait, ce sont des tourneurs qui me réclamaient pour des premières parties. J’ai gagné le Trophée de la chanson à Marseille, j’étais vraiment très heureuse ! Puis j’ai fait quelques émissions de télé. J’ai toujours adoré chanter… Une grande passion !

Vous signez en 1986 votre premier 45 tours, Louis. Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse de ce premier disque, et votre ressenti au moment de sa sortie ?

J’ai rencontré M. Putzola, qui a produit mon premier 45 tours, composé par Pascal Danel. Il m’a offert là une chanson magnifique… Un grand Monsieur, Pascal Danel ! Je l’ai revu il y a quelques années avec Âge tendre et Tête de bois, il m’a reconnue ! Quel immense plaisir ! J’ai vraiment été très heureuse de sortir ce premier 45 tours, mais il n’y a pas eu de distribution et le titre n’a pas marché. J’ai tout de même fait une émission de télé pendant le Midem. Superbes rencontres ce jour-là, car dans les coulisses il y avait notamment Michel Berger, France Gall, Serge Gainsbourg… et bien d’autres ! C’était magique !

Vous enchaînez en 1987 avec un second 45 tours, Différence. Comment travaillez-vous avec les équipes qui vous entourent sur le choix des titres, leur réalisation, leur promotion… ?

J’ai travaillé avec Jimmy Curt qui m’a composé Différence et Ad libitum. J’ai adoré travailler avec lui. Ce disque à été signé chez Carrère, j’ai fait partie du Premier 45 tours français à Bordeaux et fait plein de télés, il a beaucoup plu… De là, pas mal de spectacles, et, de fil en aiguille, quelques petits rôles au cinéma… J’ai rencontré des personnes merveilleuses qui m’ont fait évoluer dans ce merveilleux métier (de l’époque, car avant ce n’était pas comme de nos jours), notamment Harry Williams, une personne qui a beaucoup compté dans ma vie aussi bien professionnelle que personnelle. J’ai travaillé aussi avec Bertrand de Blonay et Alain Morisod en Suisse pour l’Eurovision en 88 je crois.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette expérience ?

La chanson s’appelait Pas une mélodie. Bertrand de Blonay avait produit ce projet, et Alain Morisod avait écrit la chanson. J’avais été présélectionnée. C’est Céline Dion qui a gagné cette fois-là. J’avais enregistré en Suisse, à Genève, chez Marc Sorentino. La chanson n’est pas sortie sur disque, mais je l’ai chantée en télé, et elle a fini quatrième au concours de la chanson francophone France Brel (la fille de Jacques), avec Radio France Paris à l’époque…

En 1990, vous changez de nom d’artiste puisque sort Baby music, un disque signé Mandy. Pour quelle raison ?

La maison de disques avait voulu changer mon nom. Ça m’est arrivé deux fois : une fois Mandy, et une autre fois Tamara avec Harry. Il pensait que Martine Malory c’était fini (mais on a retravaillé ensemble après sur Martine Malory).

C’est l’équipe à qui l’on doit notamment les tubes de Début de Soirée (Guy Mattéoni, Sauveur Pichot…) qui vous compose ce titre. Comment s’est passée cette rencontre ?

Je connaissais bien William et Sacha. À l’époque, d’ailleurs, j’avais fait des pubs pour NRJ, Sacha travaillait là-bas et on se voyait de temps en temps. Il travaillé aussi avec Jean Luc Spagnolo, qui est un compositeur de folie, et avec qui j’ai aussi souvent eu la chance de travailler. Il y a eu aussi Patrick Fiori qui m’a composé deux titres avec Sandro, le frère d’El Chato. C’était super cette époque ! J’avais six personnes qui s’occupaient de moi, pour la promo, plein de belles choses… ça fait rêver ! Dommage le réveil… Tout n’est pas rose dans ce métier… Quand un titre plaît, vous êtes vénéré, et quand ça ne marche plus on vous met de côté… 

Qu’en est-il de ces chansons composées par Patrick Fiori et Sandro ?

Je les ai chantées en spectacle mais elles ne sont pas sorties en CD. Beaucoup de mes chansons sont restées inédites. Sauveur Pichot m’avait aussi écrit Cool, qui n’est pas sortie, mais avec laquelle j’ai fait quelques télés. C’était en 1984, j’étais toute jeune !

Vous avez évoqué le pseudonyme de Tamara. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai en effet enregistré un CD sous le nom de Tamara : Heart Broken Woman. C’est Harry Williams qui l’a produit, et c’est son fils, Johnny Williams, le producteur de Lorie, qui a fait les titres… Il est sorti en 1994 et quelques radios ont joué le jeu.

S’ensuit une pause discographique pendant une dizaine d’années. Quelles ont été vos activités artistiques durant cette période ?

Pour la pause, c’est tout simple. Comme beaucoup de femmes, j’ai voulu avoir un enfant et m’en occuper… Donc j’ai mis ma vie de chanteuse entre parenthèses pendant quelques années pour m’occuper de mon fils.

En 2004, vous proposez le single Paroles d’enfants. Quel a été le moteur de ce retour discographique ?

Je suis revenue sur le devant de la scène avec ce disque que j’aime beaucoup. La chanson phare est pour ma maman, avec qui j’ai des liens très forts. Je pense que c’est un bel hommage aux mamans.

Quel souci la Boétie suit en 2008. Pourquoi avoir choisi de faire cette reprise ? Une affection particulière pour Claudia Phillips, une volonté de présenter un côté plus déjanté de votre personnalité ?

C’est DJ Rien qui a produit ce titre pour les discothèques. Comme vous le dites si bien, c’est le côté un peu déjanté qui m’a séduite…

Mais il vous faut attendre 2014 pour sortir enfin un album entier : Une certaine image du bonheur. On sent que beaucoup de soin a été apporté à la réalisation de ce disque. Vous parlez d’un an de travail, de retrouvailles avec votre premier producteur… Comment avez-vous travaillé sur cet opus ?

Pour cet album, j’ai de nouveau fait confiance à mon premier producteur, M. Putzola. Il m’a proposé ses chansons et j’ai adoré… Nous avons sorti un CD trois titres puis l’album. Je me suis beaucoup investie. Mais il a mis du temps à sortir… Tout était prêt depuis trois ans, j’avais très peur qu’il ne sorte plus. Mais le jour de mon anniversaire, j’ai reçu une très belle composition florale avec un gentil mot me disant que l’album sortait ainsi que le clip qui le soutenait !

Vous enchaînez assez rapidement, dès 2016, avec un second opus, C’est la vie qui court !

En fait, comme le premier album a mis du temps à paraître, sa sortie a coïncidé avec la mise en œuvre du second. Ce deuxième album a été le fruit d’une volonté réciproque de collaboration avec le producteur, auteur et compositeur René Baldaccini, qui m’a permis également de faire quelques scènes. 

Sur votre site, vous indiquez avoir fait ensuite une pause musicale. Quelle en a été la raison ?

Trouver une nouvelle complicité après le deuxième album a été difficile. Je ne suis pas du genre à réaliser un album sans conviction. Par ailleurs, il faut dire que ma maladie m’impose des contraintes auxquelles je dois faire face.

Souhaitez-vous nous en dire un peu plus sur cette maladie que vous évoquez ?

Oui, je suis atteinte d’une polykystose hépatique, j’ai subi deux opérations importantes. C’est une maladie orpheline comme il en existe beaucoup. Je reverse tous mes droits d’artiste du nouvel album à l’association Polykystose France. Vous pouvez lire plus de détails sur mon site Internet.

Parlons donc de ce troisième album : J’ai rendez-vous. Cela veut dire que vous avez retrouvé une équipe avec une vraie complicité ?

J’ai croisé sur mon chemin les auteurs Jacques Roure et Denis Caillol, ainsi que Jean-Paul Bondifalat, compositeur. Ils m’ont proposé de merveilleuses chansons qui m’inspirent et parlent à tous. Je n’ai pu que dire oui, surtout quand le tout est mixé par Nicolas Garin. Cet opus est une compilation de chansons à messages (Je ne dors pasVis ta vieL’envieSoldat Katiana…), et d’amour… Elles sont révélatrices de mon état d’esprit : chanter l’amour, le rencontrer, c’est ce que je souhaite à tous. Les autres thèmes, comme par exemple Si tu pars ce soir, relèvent de mon vécu. On a souvent du mal à voir un enfant quitter le nid parental pour voler de ses propres ailes… ainsi l’expression de mon ressenti n’est que le miroir, l’écho de ce que beaucoup connaissent, appréhendent et acceptent…

J’imagine que vous allez continuer à défendre cet album. Quel est votre programme pour les prochains mois ?

Tout d’abord, je tiens à répéter que pour chaque vente de cet album, tous mes droits d’interprète sont reversés à l’association Polykystose France. Je viens de réaliser une tournée avec France Bleu Provence / La Marseillaise qui a rencontré un vif succès. Diverses dates sont déjà programmées en Provence pour octobre et novembre. J’ai eu la chance de vivre avec le public un réel engouement, ce qui m’incite à répondre à diverses sollicitations. Les futures programmations sont en cours, je pourrai communiquer les prochaines scènes très bientôt.

Propos recueillis par Antoine HLT
Entretien initialement publié sur le blog 80’s de l’ombre en août 2014, mis à jour en août 2023.

Retrouvez Martine Malory sur son site officiel.

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