Duran Duran – A View to a Kill

Après trois albums studio et une tournée mondiale épuisante, les cinq musiciens de Duran Duran ne rêve que d’une chose : faire un break. Difficile en effet de conjuguer les égos de cinq personnalités différentes plongées dans les affres d’un constant tourbillon de succès et de gloire. Pourtant, plutôt que de s’octroyer de réelles vacances, Duran Duran, au fait de sa renommée, va poursuivre sa route musicale en se scindant en deux groupes différents et éphémères : Arcadia d’un côté et The Power Station de l’autre. Il est en effet difficile pour les garçons de disparaître totalement de la scène alors qu’il semble impératif de capitaliser sur le succès qui semble jusqu’à présent infaillible. C’est pourtant en cette période de séparation qu’un projet commun inopiné va réunir momentanément Duran Duran.

Lors d’une soirée où il accompagne sa petite amie de l’époque qui faisait une apparition dans Octopussy en 1983, John Taylor, passablement éméché, tombe sur le producteur de la saga James Bond et lui lance : « Quand allez-vous vous décidez à prendre quelqu’un de convenable pour faire un thème de James Bond ? ». Une entrée en matière qui aurait pu mal tourner mais qui s’engagea pourtant vers une vraie discussion. Habitués aux frasques et aux annonces fantaisistes de John après ses soirées arrosées, les membres du groupe ne prennent pas vraiment au sérieux leur bassiste lorsqu’il leur répète le lendemain que Duran Duran va écrire le thème du prochain James Bond, A View to a Kill, qui va mettre en scène Roger Moore, Christopher Walken et Grace Jones. Mais il s’avère cette fois que le projet tient vraiment la route et met tout le monde d’accord, malgré la pause annoncée du groupe.

Après The Wild Boys qui aurait dû être la musique d’un film qui ne verra jamais le jour, Duran Duran s’apprête à intégrer la liste des musiciens prestigieux à avoir interprété un thème de la série James Bond (entre autres Shirley Bassey, Tom Jones, Nancy Sinatra, Carly Simon…). Pour ce faire, les garçons sollicitent John Barry, le compositeur historique du thème principal et de nombreux épisodes de la saga, et rendez-vous est pris chez John Taylor en novembre 1984, le jour du Beaujolais nouveau. Pas franchement emballé par l’idée de travailler avec ce jeune groupe new wave, Barry se laisse pourtant aller et, le Beaujolais aidant, une complicité se crée et les bases du morceau sont rapidement posées. Le studio Maison Rouge où Duran Duran a ses habitudes est réservé afin de mettre sur pied ce qui va devenir le nouvel hymne de James Bond.

Pourtant en studio les tensions éclatent. Si John et Andy s’entendent à merveille avec John Barry, ce n’est pas le cas de Nick Rhodes, le claviériste, qui va s’opposer aux idées de Barry et instaurer un climat de compétition avec le compositeur dont le ton peut-être un peu trop paternaliste lui est difficilement supportable. Une situation délicate que doit gérer John Taylor, pris entre les deux, et qu’il saura apaiser en faisant appel au réalisateur Bernard Edwards (collaborateur de Nile Rodgers qui n’est malheureusement pas disponible à ce moment-là) qu’il admire depuis toujours et qu’il sait être l’homme de la situation. En effet, sous la direction du musicien américain les esprits s’apaisent et l’enregistrement peut se poursuivre, chacun apportant sa touche personnelle. Il va notamment encourager Roger Taylor à la batterie et John Taylor à la basse à se surpasser pour le groove du morceau qui s’inspirera du Honky Tonk Woman des Rolling Stones. Les bandes produites par Bernard Edwards sont ensuite envoyées à New York pour le mixage, ainsi que l’arrangement de John Barry qui enregistre l’orchestre à Londres et va de façon très subtile apporter sa touche orchestrale et classique au morceau. A View to a Kill sonne finalement comme du pur Duran Duran qui, malgré le poids d’une telle responsabilité, s’en sort à merveille et pose sa patte et sa modernité sur cette véritable institution qu’est la série des James Bond. John Taylor, fan absolu de la saga, s’avouera très fier et heureux du résultat.

Commercialisé le 6 mai 1985, quelques jours avant la première mondiale du film le 22 mai à San Francisco (en France, Dangereusement vôtre n’arrivera en salles que le 11 septembre), A View to a Kill a tout de l’événement et entre directement à la 7e place des charts anglais le 18 mai avant de grimper jusqu’à la 2e place et d’y rester trois semaines derrière 19 de Paul Hardcastle. Aux États-Unis il décroche la première place, seul extrait d’une BO de James Bond à avoir réussi cet exploit à ce jour. Un top 5 est facilement assuré dans la plupart des pays européens et la France lui réserve une 11e place (plus de 200 000 ventes), aidé par le clip réalisé par le duo Godley & Creme. Introduit par des images du film, il est tourné à la Tour Eiffel, où se situe une séquence particulièrement mémorable du film. En agents secrets à la petite semaine, nos cinq héros finiront tous par périr lamentablement et certains y décèlent même une opposition entre les membres du groupe qui se scindera par la suite en deux formations distinctes.

Si en face B du 45 tours on trouve le thème instrumental A View to a Kill (That Fatal Kiss) réalisé par John Barry, les fans sont déçus de l’absence d’un maxi 45 tours et d’une version longue dont ils sont pourtant coutumiers. La faute à John Taylor, regrettera des années plus tard ce dernier, qui voulait conserver la pureté et l’originalité de la version single. Une version extended a pourtant été réalisée par Stephen Thompson et Mike Barbiero à Paris avec l’appui des membres du groupe excepté John et fera son apparition sur le net en 2014. Convié à participer au fameux concert Live Aid le 13 juillet 1985 à Philadelphie, Duran Duran ouvrira son set de quatre morceaux par A View to a Kill alors que le single est n°1 aux États-Unis, et ce sera la dernière performance des cinq garçons ainsi réunis avant les concerts de 2003.

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