Interview – Nicolas Finn/Kazino (2e partie)

Kazino ShootLe succès est arrivé rapidement ?

Oui, très rapidement il y a eu un phénomène d’emballement, d’autres télévisions nous ont demandés pour des émissions de variétés, pour nous c’était un peu dingue. En l’occurrence on avait encore besoin de travailler nos morceaux, on avait réalisé quelques bons morceaux mais il fallait faire tout un album… Puis, tu entres au Top 50 et alors là ça va très vite, tu commences à grimper et plus tu es dans les hauteurs plus on parle de toi et plus tu as de succès, on te demande en galas… à certains moments on faisait trois galas dans la journée, ça devenait un peu la folie, on a été en Espagne, plus tard une fois en Turquie. Ensuite on a reçu des appels d’agents qui voulaient nous faire tourner et on  a fait le tour de France. On faisait des galas avec quelques chansons : Boudha, Around my Dream évidemment, en single et en maxi, Hasta la vista, Sahara Woman et Shoot. Silver Pozzoli ne nous a pas beaucoup aimé à l’époque, mais on a fait une télévision avec lui, on a chanté le début de la chanson et lui a chanté la fin, à partir de là on a vendu beaucoup de disques, ça se chiffrait en milliers par jours, on gagnait bien notre vie à ce moment-là. Mais si c’était à refaire je ne le referai pas, j’aurais envie d’essayer tout à fait autre chose, avec ma musique, avec des musiciens, une musique de groupe, d’équipe… on atteint une qualité qui est plus satisfaisante.

Il y avait aussi une esthétique Kazino…

Quand il a fallu faire la pochette du 45t, avec une charmante photographe que connaissait Yves Roze et qui s’appelait Mouche, j’avais mis un costume. Mais je ne portais pas de costume à l’époque, je ne sais pas où je l’ai trouvé d’ailleurs, dans une friperie sans doute. Le stylisme était très improvisé, il se trouvait qu’il y avait un chapeau chez elle et elle a fait une série de photos dans son studio, c’est ce qui a donné la pochette du 45t. Le clip a été tourné à Paris, dans un magasin au nom japonais par un réalisateur connu mais dont le nom m’échappe… ça a été improvisé.

Le deuxième 45t, Sahara Woman, est composé par Romano Musumarra. Comment est arrivée cette chanson ?

Sahara Woman Kazino

A l’époque de Kazino les choses marchaient bien pour Yves Roze, il venait de produire Ouragan pour Stéphanie de Monaco, composé par Musumarra. Il était très connu à l’époque. Stéphanie a focalisé l’attention de beaucoup d’auteurs-compositeurs et en un tour de mains ils ont bouclé un album, j’aurais bien aimé écrire pour elle d’ailleurs mais on ne me l’a pas proposé. A partir de ce moment, malheureusement pour Kazino, Yves Roze ne s’investissait plus sur notre futur, il remettait les clés entre les mains d’un agent artistique qui était censé nous trouver des galas, et puis il attendait qu’on sorte de notre chapeau des nouvelles chansons enthousiasmantes comme on l’avait fait au début. J’ai accepté de chanter Sahara Woman parce qu’elle me semblait bonne, je ne trouve pas que ce soit une super chanson mais j’y croyais suffisamment, je trouvais que c’était un bon follow up. Et puis il y a eu Shoot. Cette chanson-là était écrite par l’ex d’Yves Roze, Nathalie Roussel, j’étais à deux doigts de ne pas vouloir l’enregistrer parce que je ne trouvais pas ça très intéressant, je ne suis pas spécialement militariste, bien que j’aie fait mon service militaire et que je trouve que dans notre monde on est obligé d’avoir des militaires. Mais je n’aime pas trop l’armée, ni la violence de la guerre. Sur une musique très entraînante, tout le monde est très content d’aller à la guerre, pour moi c’est une énorme boutade mais ça peut être pris au sérieux.

Qui a réalisé l’album de Kazino ?

C’est Guy Battarel qui a réalisé l’album, il a fait un chouette boulot, c’est un très bon musicien, il a trouvé de bonnes idées. Mais on n’a pas été assez impliqué, j’aurais aimé qu’on nous demande notre avis sur le choix de chaque instrument, être là quand on enregistre les choristes, les solos de guitare… C’est un regret que j’ai, je n’ai pas pu nouer des contacts avec des musiciens, qu’on puisse communiquer en amont, je sais qu’on aurait pu faire beaucoup mieux. Il y a des choix qui me semblent un peu discutables. J’aurais bien aimé proposer quelque chose d’autre.

La sortie de l’album signe donc la fin de Kazino ?

Pierre-Henri s’est installé en France dans un petit appartement où il avait un tout petit studio, mais moi je ne me sentais pas de m’installer à Paris donc je suis retourné à Bruxelles où je connaissais beaucoup de musiciens. Pierre-Henri et moi on n’a presque plus travaillé ensemble, on a juste fait deux ou trois morceaux pendant cette période et moi j’en ai fait trois de mon côté. Il y en avait un, Let’s Have a Chance, qui me semblait bien pour survivre à Around my Dream mais que je n’ai pas proposé à mon producteur à l’époque car, comme il ne m’avait pas suffisamment impliqué dans la production de l’album, je ne voulais pas qu’il fasse pareil avec ma chanson. Mais je lui ai fait écouter il y a peu de temps et il était partant pour essayer de faire une vidéo, il m’a dit que ma production était bonne. Mais il lui fallait un budget de 5 000 euros qu’il n’avait pas…
Le regret que j’ai c’est qu’on ne se soit pas trouvé un pied-à-terre pour embaucher des musiciens, pour concrétiser le style de musique de Kazino, parce que dans un studio on peut tout faire électroniquement mais il faut le feeling du musicien. Pierre-Henri, le producteur et moi n’étions pas sur la même longueur d’ondes et à un moment donné j’ai voulu briser le contrat parce qu’on ne pouvait pas travailler nos morceaux.

Quel regard portes-tu sur ces chansons-là aujourd’hui ?

Nicolas Finn Kazino

C’est un regard mitigé parce que je suis très critique. Je trouve qu’il y a de super bonnes choses dans le contenu des compositions. Sahara Woman c’est une très bonne chanson de l’époque, c’était dans l’air du temps. Hasta la vista c’est amusant, c’est intéressant, mais l’idée de faire une chanson trilingue n’était pas si bonne à mon avis, ça manque d’instruments de percussions, des instruments exotiques. Shoot c’est hors catégorie, c’est un OVNI. Pour Boudha j’aurais voulu avoir une relation avec les percussionnistes et les choristes, ce morceau avait besoin d’être produit, qu’on remette la mélodie à sa place. Eva, je n’en suis pas mécontent mais c’est un peu maladroit, c’est un clin d’œil à une petite amoureuse qui s’appelait Eva. Je ne suis pas mécontent de la version Battarel mais moi j’en ai fait deux autres, peut-être que je les produirais prochainement. Binary il n’y a rien à dire, saut que j’aurais peut-être ajouté d’autres instruments, peut-être de la trompette. C’est un morceau qui a d’ailleurs été repris sur des compilations sur lesquelles on n’a pas été rémunéré, on n’a rien touché.

En 1989 tu sors chez Carrere Si tu m’touches sous le nom de Nick Kazino…

Je ne suis pas très content de cette chanson. Elle est pas mal mais elle est mal arrangée, c’est pas moi qui l’ai produite. Ça peut-être bien de laisser carte blanche à quelqu’un pour faire un arrangement mais il faut accepter le fait qu’il a son propre son et qu’il dépend de machines avec lesquelles il travaille et de sa philosophie de la musique aussi, je ne pouvais pas m’attendre à beaucoup mieux à mon sens… Il y a une version où il a approché le côté organique que j’aimais parce qu’il y avait une modulation dans un des sons qui était aléatoire. Mais les arrangements sont trop carrés, trop millimétrés, c’est dû au tempo, toutes les machines qui jouent en même temps, ça manque de souplesse, de swing, de groove…

En 2008 Kazino participe à la tournée RFM Party 80.

RFM Party 80 Kazino

On a fait une trentaine de dates avec eux. Au départ je n’étais pas à l’aise mais j’ai surmonté le trac, c’est impressionnant, il y a quand même des milliers de personnes. J’ai regretté qu’on n’ait pas plus de chansons à chanter, de bonnes chansons. Sahara Woman ça passe encore, je l’ai faite d’ailleurs en 2016 sur un plateau d’artistes, Boudha aussi, mais je vais essayer de faire autre chose maintenant, Around my Dream c’est très loin. J’ai essayé de faire un comeback en 2005, 20 ans après avec une nouvelle version faite par un arrangeur. Ça n’a pas marché mais c’est ce qui nous a permis de partir en tournée avec RFM. Je ne regrette pas mais je vais faire autre chose, j’ai encore des chansons à travailler que je trouve bonnes mais maintenant je travaille plutôt le piano-jazz, j’ai un cours de piano et je joue dans un ensemble de jazz. J’ai choisi une autre voix, faire du jazz pour m’ouvrir à d’autres musiques, enrichir mon vocabulaire musical et être obligé de jouer du piano parce que sinon je joue très peu.

Si on te propose une nouvelle version d’Around my Dream que tu réalises toi-même ?

Je pourrais essayer. Je crois que je l’ai déjà jouée à la guitare, ce n’est que trois accords, les mêmes pour le couplet et le refrain, je l’ai jouée au piano aussi. Il y a moyen de faire quelque chose d’intéressant en changeant le tempo mais j’ai d’autres chansons assez intéressantes à faire. Il y a déjà eu d’autres versions. Notamment un Belge qui en a fait une version mais qui n’a pas marché.

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