Live report – Madonna : Madame X Tour

Madonna Madame X Tour 1 Pop Music Deluxe

Chanceux furent les spectateurs du Madame X Tour de ce mardi 3 mars au Grand Rex à Paris ! Chanceux car, non seulement Madonna est arrivée sur scène relativement tôt (c’est-à-dire un peu avant 22 h 30), mais aussi car elle semblait en forme et a donné l’intégralité de son spectacle plutôt que la version tronquée à laquelle elle a régulièrement recours depuis qu’une blessure au genou lui fait souffrir le martyre.

Dans une salle patiente, excitée et hyper réceptive, la reine de la pop a, une fois de plus, prouvé sa suprématie, en surprenant cette fois par un show d’une grande chaleur, humanité et intimité, malgré une technique millimétrée. Si la chanteuse nous rappelle avant le tombé de rideau (orné d’un énorme X) que « tout ceci n’est pas réel », c’est pourtant une femme faite de chair et de sang (et de douleur) qui se tient devant nous. Que cette Madame X, énième avatar de la chanteuse, soit espionne ou maîtresse, ange ou démon, elle nous apparaît en tout cas beaucoup plus humaine et accessible que ce qu’on avait pu apercevoir de ses précédents concerts.

Mettant largement en scène le dernier album Madame X (un peu plus de dix titres) entrecoupé de certains des plus grands tubes (Vogue, Frozen, Express Yourself, Like a Prayer), le spectacle est un voyage intime dans l’univers de la star dont on avait oublié que le message politique pouvait être aussi sincère et nécessaire dans le monde aseptisé de la pop, sans pour une fois paraître galvaudé (des violences policières du tableau God Control à la critique du rêve américain d’American Life qui, 17 ans après, fait toujours mouche).

Madonna Madame X Tour 2 Pop Music Deluxe

Dans un décor reposant principalement sur deux grands escaliers escamotables qui permettent des changements rapides et ingénieux de tableaux, Madame X chante et danse (s’autorise même quelques acrobaties), et surtout se lance dans de longs monologues (qui vont d’ailleurs dérouter et agacer certains spectateurs français pour qui la langue anglaise n’est pas une évidence), s’adressant au public « droit dans les yeux », entre confidences et humour. C’est à peine si l’on remarque que la chanteuse est peut-être un peu moins dynamique qu’à l’accoutumée ; la douleur ne paraît pas ce soir et l’on en oublierait presque les soucis de santé de la chanteuse si elle ne les évoquait pas elle-même ainsi que ses chaussures orthopédiques.

De décors industriels en intérieur cosy d’un club de fado, du Portugal au Cap Vert, d’accordéon en sons électro programmés, le show est un mélange de cultures et d’influences, thématique du dernier album basé sur l’exil lusitanien de la star. Un véritable vent de fraîcheur qui prouve que Madame X est un album qui marche superbement sur scène, dans cette mise en scène théâtrale, où l’on oublie même que la carrière de la Madone est jalonnée d’innombrables tubes qu’on n’entendra pas ce soir. Costumes, perruques, danseurs, sont évidemment de la partie, emplissant la scène d’une frénésie jubilatoire, tout en aménageant des moments beaucoup plus dépouillés pour des instants d’émotion et de connivence avec l’audience.

On retient notamment l’intensité émotionnelle de la Batuka interprétée avec ces incroyables musiciennes du Batukadeiras Orchestra, la complicité virtuelle de la chanteuse interprétant Frozen sur des images de sa fille Lourdes, le tableau inévitablement très « camp » et joyeux de Vogue, la beauté du fado sur Killers Who Are Partying, l’émouvant Extreme Occident, l’incandescent final sur l’hymne Like a Prayer et le rappel sur un morceau d’espoir avec I Rise.

Madonna, encore une fois, se renouvelle, se montrant humaine et vulnérable, humble même, remerciant Dieu de cet incident qui l’a remise à sa place. « Les artistes sont là pour déranger la paix », clame-t-elle, et on y croit ce soir, dans cette relative proximité du Grand Rex. On regrettera seulement cet acharnement à l’utilisation de l’auto-tune, parti pris artistique assez hideux du dernier disque, et de la présence parfois trop marquée des bandes enregistrées, là où des morceaux beaucoup plus acoustiques auraient eu parfaitement leur place (Frozen ou Batuka, moments forts du spectacle y auraient gagné en intensité). On a été happé par ce spectacle de plus de deux heures dont les temps morts sont quasiment absents, et l’on en est ressorti avec un sentiment de partage et d’humanité, un tour de force pour un spectacle pop de cette envergure.

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