Laurent Voulzy – Le soleil donne

Dans les années 80, Laurent Voulzy ne sort qu’un seul album, Bopper en larmes, son deuxième en plus de dix ans de carrière discographique. Le chanteur se laisse porter au gré des 45 tours qui entretiennent son goût du challenge et son perfectionnisme. « Je préfère les simples, même si c’est nettement plus risqué. On n’a pas le droit à l’erreur avec un 45 tours. C’est un jeu très grisant », déclare-t-il en 1988 à Top 50. On peut lui reconnaître un sens inné du tube puisqu’il signe une série de standards sur format court depuis 1984 avec Désir, désir, Les Nuits sans Kim Wilde, Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante puis My Song of You.

En 1988, il signe trois compositions sur l’album Ultra moderne solitude de son complice Alain Souchon (Ultra moderne solitude, Dandy et J’attends quelqu’un) mais travaille également à son single annuel, Le soleil donne. « Il m’est rarement arrivé qu’un air s’impose à moi d’un seul coup, en me promenant dans la rue. Il faut que je me mette dans un coin avec ma guitare, et je cherche… » Pour le coup ce n’est pas sur sa guitare mais sur un petit synthé qu’on lui a offert que Laurent Voulzy va trouver l’air du Soleil donne alors qu’il est en Guadeloupe et qu’il cherche d’urgence une face B pour My Song of You, son 45 tours de 1987. Mais très vite, il se rend compte que ce qu’il est en train d’écrire a le potentiel d’une face A (My Song of You devra alors se contenter d’une version acoustique en face B). Sur son synthé, il y a différents tempos disponibles, et c’est celui de la bossa nova qui l’inspire. De retour à Paris, il peaufine sa maquette et trouve très vite le gimmick qui sera joué à la trompette : « Il est venu tout seul, en général les gimmicks je les trouve, je ne les cherche pas, c’est un truc qui est évident mais qui existe donc il faut l’attraper ». Il chantonne un « yahourt » en anglais sur la maquette qu’il fait bientôt écouter à Alain Souchon, chargé d’en écrire le texte. Sur les couplets, Voulzy fredonne cette phrase : « Did she come down », des sonorités qui inspirent à Souchon « le soleil donne » en français. Une fois ces trois mots placés, l’idée générale de la chanson était toute trouvée, Le soleil donne serait un hymne anti-raciste, mais toujours l’air de rien, évidemment. « Le soleil donne la même couleur aux gens, gentiment ». « C’est une façon de dire que le soleil a une façon insidieuse d’égaliser tout, explique-t-il au journal de la Cinq en janvier 1989. Et comme je trouvais les paroles, son couplet, simple et beau, je lui ai dit c’est pas la peine d’en faire plus, on va chanter un couplet en anglais et un couplet en espagnol. »
Effectivement, immédiatement après le premier couplet en français, celui-ci est suivi d’un deuxième en anglais puis d’un troisième en espagnol, le refrain n’arrivant, lui, qu’au bout de trois minutes, le gimmick étant suffisamment puissant pour s’en passer jusque-là. Pour le texte anglais, Voulzy fait appel à Pete Brown, poète et musicien anglais qui a notamment écrit pour le groupe d’Eric Clapton, Cream. Le couplet en espagnol est confié à Laura Alcoba et à Roé (qui sort lui aussi un 45 tours en 1988 et se classera au Top 50 deux ans plus tard avec Soledad). Et pour couronner le tout, cet air cosmopolite sera agrémenté de quelques mots de portugais.

Le texte posé, Laurent Voulzy va travailler sa chanson en studio, avec l’aide de Michel Cœuriot à la réalisation. On le sait, le chanteur n’est pas un rapide et confesse volontiers mettre un temps fou pour le moindre détail car il cherche à atteindre ce qui est pour lui la perfection. C’est bien simple, le temps qu’il met à enregistrer un single est celui que met Alain Souchon pour enregistrer un album. Nouvelle pépite pop qu’il ajoute à son palmarès, Le soleil donne resplendit et réchauffe l’hiver 1988. La chanson est en effet diffusée dès le mois d’octobre mais il faudra attendre la mi-février 1989 pour voir le disque faire son entrée au Top 50, et la promotion durera jusqu’à l’été.

Plutôt que de composer une face B pour son 45 tours, Laurent Voulzy va découper sa chanson en deux parties, comme il l’avait déjà fait pour Rockollection, Bubble Star, Paris – Strasbourg et Désir, désir. Sur le maxi 45 tours et le CD maxi, on trouve une version longue de près de 7 minutes, qui reprend la première partie du 45 tours ainsi que le début de la seconde partie. La version dub, quant à elle, est en fait la fin de la partie deux du 45 tours. Une première pochette assez minimaliste, évoquant la forme et les couleurs du soleil, sera par la suite remplacée par un portrait plus avenant du chanteur extrait du clip de la chanson.

Le clip, justement, est réalisé par Stéphane Clavier (frère de Christian Clavier, mais également réalisateur des clips de Gipsy Kings) et produit par Georges Bermann pour la somme de 600 000 francs. L’action se déroule au Mexique où l’équipe s’envole pour une dizaine de jours et tourne à Mexico ainsi qu’au nord de la ville. « Avec les paroliers pour la version anglaise et espagnole, il s’est passé quelque chose de dingue. Sans s’être concertés, ça leur a fait penser à une danse indienne : « The sun dance ». Laura, qui écrivait en espagnol, ça lui faisait penser à la divinité du soleil. C’est drôle ! Avec les Aztèques, les Mayas, il m’a paru évident d’aller au Mexique. Et ça a été une aventure formidable… », explique le chanteur.

Commercialisé en Europe, mais également au Royaume-Uni (où une version edit exclusive de la chanson est éditée sur un 45 tours promo), au Canada et au Mexique, Le soleil donne va se classer 21e de notre Top 50 avec des ventes qui dépassent les 75 000 exemplaires. Le score est un peu décevant, mais la chanson va très vite devenir un standard du répertoire de Voulzy.

Au moment de l’exploitation du Soleil donne, lorsqu’on l’interroge sur la possibilité d’un album, le musicien répond qu’il doit en faire un depuis longtemps, mais que celui-ci est en préparation, et que le travail est déjà bien avancé. Il faudra pourtant attendre 1992 avant que Voulzy ne présente le superbe Caché derrière. En attendant, c’est une compilation qui sort en 1989, Belle Ile En Mer 1977 / 1988, qui reprend la version longue du Soleil donne. Le disque est rapidement certifié disque d’or, puis disque de platine en 1993.

3 commentaires

Répondre à Nana Coubo Annuler la réponse.