Interview – Patricia Zamler : T’aurais pas vu l’amour

Patricia Zamler Pop Music Deluxe

Entre 1984 et 1989, le temps de trois 45 tours, Patricia Zamler a fait partie de ces étoiles filantes qui ont talonné le sacro-saint Top 50. Sa première chanson, Impatience impatience, composée et arrangée par François Feldman, a tout du tube, mais est stoppée au décollage. Rebelote avec T’aurais pas vu l’amour quelques années plus tard, là encore une chanson à fort potentiel addictif, frissonnante au Top 50, dont vous vous souvenez peut-être ou que vous avez pu découvrir plus tardivement sur des compilations 80. Patricia Zamler revient sur les hauts et les bas de ses années dans la chanson et nous parle aussi de ses projets.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers la chanson ? C’est une passion de toujours ? Avez-vous une formation musicale ?

Je n’ai pas de formation musicale. Tout s’est déclenché lorsque j’ai vu une photo de mon oncle à Juan-les-Pins avec Eddy Mitchell. Il était parti en vacances avec un groupe de rock formé avec des copains et avait eu l’opportunité de se produire dans une discothèque de la Côte d’Azur. Eddy Mitchell, chanteur du groupe les Chaussettes noires, pas encore très connu, avait entendu dire que dans un bar à Juan-les-Pins un groupe se produisait et sa curiosité l’a mené à rencontrer mon oncle René. D’ailleurs, par la suite, j’ai eu l’occasion de rencontrer Eddy Mitchell, de lui raconter cette histoire et il m’a signé la fameuse photo. Quand mon oncle a dit à mes grands-parents qu’il voulait devenir chanteur, c’était dans les années 60, ils lui ont répondu que ce n’était pas un métier, qu’il fallait qu’il oublie cette histoire. À l’époque les enfants étaient assez dociles, il a enterré son rêve. Cette photo, je l’ai regardée longtemps, je l’ai gardée d’ailleurs, et un jour je lui ai dit : « Tonton, je serai chanteuse ».  Cette idée est devenue pour moi une évidence et ne m’a plus quittée. Après j’ai essayé de chanter, de voir si je savais chanter. J’avais à peu près sept ans. Et quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais : « Je serai chanteuse ». C’est quelque chose qui était planté dans ma tête, alors que je ne savais pas comment m’y prendre, je ne connaissais personne. Mais j’étais quasiment sûre qu’on jour je serai chanteuse. Mais je n’ai rien fait pour faire de la chanson parce que j’étais timide, réservée, je ne savais pas comment m’y prendre. Il m’arrivait de faire des concours de chant, avec toujours la même chanson, Le Pénitencier de Johnny. Je gagnais et sentais l’émotion des gens.
J’ai travaillé à la sécurité sociale et dans la location de voitures, j’ai fait un peu de figuration, dans Les Uns et les Autres de Claude Lelouch notamment. Le producteur de Jean-Claude Brialy, que j’avais rencontré à Genève sur un plateau télé, m’a même proposé de faire du cinéma, je n’ai pas donné suite…
Jusqu’à ce que mon amie Martine, qui sortait avec le meilleur ami de François Feldman, me dise : « Mais tu ne fais rien pour chanter Patricia, c’est le moment ! ». Et celui-ci me propose de me présenter François en me disant : « Si tu veux vraiment chanter, prouve-le, je t’emmène le voir et tu te débrouilles avec lui. »

En studio avec François Feldman

C’est comme ça que vous rencontrez François Feldman qui compose et arrange votre premier 45 tours, Impatience impatience, en 1984.

Ça a été une rencontre tellement décisive ! Je garde de ce jour un souvenir incroyable. Je me rappelle quand il ouvre la porte, comment il est habillé, et sa voix suave… C’est quelque chose de très fort. François m’a demandé si j’avais déjà chanté quelque part, j’ai répondu que non mais que je savais que je serai chanteuse. Donc il a voulu en savoir plus. Il m’a fait écouter une chanson à lui, Impatience impatience, sur un 4 pistes. Il vivait à l’époque chez une copine à Boulogne-Billancourt. Il m’a dit : « On va voir, maintenant, chante. » Et j’ai chanté comme si j’avais toujours chanté. Il me dit : « Écoute on met ça en boîte, j’appelle un ami qui travaille chez Mondio Music, un directeur artistique de chez Vogue, qui s’appelle Jean-Marie Moreau, et s’il est dispo on y va. » Donc j’ai dû voir François à 14 h et à 16 h 30 on était avec la maquette chez Jean-Marie Moreau. Je me souviendrai toujours de son expression : « Ça c’est un tube, on le signe ! » Donc le soir je rentre, je dis à mes copines, à mes parents, que je vais faire un disque et bien sûr on ne me croit pas. Ça a vraiment commencé comme ça. Un conte de fée. François n’écrivait pour personne à l’époque. Il n’était pas encore le faiseur de tubes qu’il est devenu.

Pourquoi avoir choisi le pseudo Roxane ?

Il y avait Axel Bauer qui venait de sortir Cargo, chez Vogue, d’ailleurs quand j’ai enregistré il était dans le studio d’à côté. Mais lui c’était un artiste reconnu. Ils m’ont dit : « On va faire de toi l’Axel Bauer féminine. Mais Patricia Zamler ça claque pas, il faut un truc qui soit un peu rock ». Donc on a cherché. J’avais une chienne qui s’appelait Roxane à l’époque, ils m’ont dit : « Bah voilà, Roxane c’est très bien ». On m’a emmené voir un styliste, d’ailleurs la pochette est dans l’esprit d’Axel, c’est le même photographe, Laurent Léonard. On a fait la pochette au même endroit, dans un endroit désaffecté…

Vous faites pas mal de télés fin 84 / début 85. Il y aura même un clip. Qu’est-ce qui a manqué pour faire décoller le disque ?

Je me suis toujours posé la question parce que quand je chantais ma chanson on me disait : « Mais ça, ça va cartonner ». Alors je ne sais pas. C’était pas ma destinée certainement.

On vous retrouve ensuite en 1989 avec T’aurais pas vu l’amour. Qu’est-ce qui s’est passé entre temps ?

La maison de disques Vogue a rendu les contrats de tous les artistes français. Elle a gardé le catalogue international : Depeche Mode, Kool and the Gang, et on s’est tous retrouvés sans contrat, y compris ceux qui marchaient bien. Par une lettre, une simple lettre, aucune information. C’était une maison de disques qui coûtait très cher parce qu’ils avaient leur propre studio, leur cantine, plein d’employés. Les artistes français récemment signés ne rapportaient sans doute plus assez.

Vous aviez commencé à préparer la suite ?

Oui et non. J’ai eu des maquettes de Feldman mais je ne craquais pas comme pour Impatience impatience. Un jour, il m’a fait comprendre qu’il fallait que je cherche autre chose, quelqu’un d’autre. En tout cas moi je ne voulais pas m’arrêter là. Et puis j’ai rencontré celui qui allait devenir mon meilleur ami, Richard Dewitte du groupe Il était une fois. Avec lui j’ai fait une maquette, qu’on a présentée à Jean-Paul Dréau. On est rentrés en studio à Musika, rue des Martyrs, mais finalement la direction ne me convenait pas et j’ai tout arrêté. On a ramé un peu pour récupérer le contrat… Richard a continué de m’aider et il m’a présenté à Jean-Claude Chachaty, qui était le compagnon de Sara Mandiano, compositeur d’un titre pour Karen Cheryl, et là il me présente cette chanson, T’aurais pas vu l’amour, sans texte, et j’ai adoré tout de suite. Un coup de foudre comme pour Impatience impatience. J’ai fait appel à Jean-Marie Moreau à nouveau, qui est décédé en 2020, et il a fait le texte. Ensuite Richard me présente Michel Salvati, décédé en 2020 du Covid, qui avait monté le label Agone. Et là pareil, on fait écouter la chanson et je suis signée tout de suite. Ça devait être fin 1988.

Là encore il va y avoir pas mal de promo télé mais le disque n’entre pas au Top 50.

La promo s’est arrêtée en juin. En septembre j’avais des télés prévues, Cadence 3, Coco Paradise Champs Elysées, etc. En fait le disque était sorti un peu tard et donc tout était prévu pour septembre. J’avais fait un casting pour avoir deux danseuses. Comme je ne suis pas très grande je voulais deux danseuses, une brune et une blonde, de ma taille. J’avais trouvé Mylène et Li Lavilliers qui correspondaient complètement à ce que je voulais. On avait fait une chorégraphie… et ça s’est arrêté. D’un coup plus rien, on ne sait pas pourquoi. Les télés ont été annulées les unes après les autres… et au lieu de prendre son envol, ce titre s’est éteint.

Cette fois vous avez repris votre vrai nom.

J’ai imposé mon vrai nom parce que je me suis dit que mes copines et copains de collège, les profs, à qui je disais qu’un jour je serai chanteuse et qu’on me verrait à la télé, ne sauraient jamais qui était Roxane. J’ai voulu reprendre mon vrai nom pour ça. Et aussi parce qu’entre-temps j’avais perdu mon papa et que ça lui aurait fait plaisir. Donc c’était ça ou rien. Mais ça n’a pas posé de réel problème et je me sentais beaucoup mieux, quand on me disait Patricia Zamler je disais : « Oui, c’est moi » (rires).

C’est une chanson qu’on retrouve sur des compilations 80 depuis la fin des années 2000, c’est d’ailleurs comme ça que je l’ai découverte et je connais plusieurs personnes qui l’aiment beaucoup. Est-ce qu’on vous en parle encore ?

Non parce que je ne fréquente plus personne du milieu, je ne suis pas sur les réseaux donc on ne peut pas me retrouver. Et je ne sais pas pourquoi, en 2020, pendant le Covid, je tape Patricia Zamler et je vois tout un truc, des gens qui avaient sorti le clip, des compilations de télés et je me suis demandé mais qui est-ce qui met ça ? Qui est-ce qui s’intéresse à moi ? Mais je ne sais pas qui c’est…

Des auditeurs qui eux aussi trouvent que ces chansons étaient supers sans doute…
Il y aura un dernier essai toujours en 1989 avec Souviens-toi des mots, mais pas de promo non plus ?


Rien. On est allé à Deauville pour faire un clip. Cette fois j’avais signé le texte. Avec toujours Jean-Claude Chachaty à la musique, franchement c’était pas mal du tout. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? C’est compliqué ce métier. C’est trop d’un coup. Un jour tu es la plus belle, tu chantes le mieux, ça va cartonner, tu entends ton nom dans la maison de disques, les artistes que tu voyais à la télé viennent vers toi… En fait tu es un peu perdue. Au début, je ne comprenais pas trop ce qu’il se passait quand je voyais des gens comme Gainsbourg qui me disait : « Moi j’adore ma p’tite ce que tu fais »… Ou Francis Lalanne aussi. Je ne sais pas si j’étais vraiment faite pour ça, en tout cas pour un gros succès. Peut-être que quelque part quelque chose m’a préservée de me perdre.

Qu’est-ce que vous avez fait ensuite ?

Richard m’a présenté des producteurs mais ça ne l’a pas fait. J’ai dit non à beaucoup de choses, on me parlait de R’n’B, on me parlait de rap… Et il m’a dit : « Écoute, si tu veux gagner ta vie, tu vas faire des chœurs ». Je l’ai fait une fois et je suis partie en cours de séance, je me suis dit non, je ne peux pas faire des chœurs derrière un artiste alors que je veux être à sa place en train d’enregistrer. Donc là je me suis dit c’est fini, terminé. Mais j’ai aussi fait une maquette avec Laurent Marimbert, producteur et compositeur des 2Be3, mais je n’ai même pas cherché de producteur parce que c’était un peu pour me faire plaisir et là je me suis dit non non, je laisse tomber. Alors j’ai coupé tous les ponts sauf avec Richard et Jean-Marie Moreau, et j’ai fait autre chose. J’ai fait une formation et je suis devenue monitrice auto-école pendant des années.

Quels sont vos projets aujourd’hui ? Je crois que vous avez envie de renouer avec la musique.

Oui, c’est venu d’un sentiment très fort et c’est lié à Gérard Blanc, que j’ai bien connu, que j’adorais et avec qui j’ai fait plein de galas, un garçon charmant. Je me suis réveillée une nuit et il me disait : « Il faut que tu reprennes ma chanson, c’est important, tu vas le faire ». Et puis il s’est passé des choses qui ont fait que je me suis dit mais oui, comme un hommage. Dire qu’il n’a même pas eu la chance de faire la tournée des années 80 parce qu’il est mort avant. Je l’ai revu dans un cocktail juste avant avec Richard, un cocktail d’avant tournée, où on a passé la soirée à discuter. Il était heureux de savoir qu’il allait faire la tournée et quelques semaines après j’apprends qu’il est mort… Je me suis dit : « Mais qu’est-ce que c’est que cette vie ? » Et je pensais souvent à lui, je me disais que ça faisait partie des rares personnes de ce milieu avec qui j’aurais aimé garder le contact. Je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j’ai ce ressenti qu’il serait important que je reprenne cette chanson. Alors évidemment je ne suis plus dans le métier, ceux qui auraient pu m’aider sont décédés. Mais je cherche quelqu’un pour faire une maquette.

L’appel est lancé…


Propos recueillis le 6 février 2026

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