L’Affaire Louis’ Trio – Tout mais pas ça

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« C’était mon antidote à ma tristesse naturelle on va dire, le fait de présenter des choses drôles, et ça continue à être un peu mon cheval de bataille dans mes nouvelles chansons. Je préfère être là pour faire du bien. M’étaler moi-même dans mes chansons avec beaucoup de tristesse, je suis peut-être trop pudique pour faire ça. », déclarait Hubert Mounier à propos de ses années L’Affaire Louis’ Trio au micro de France Info en 2014.

En 1981, le jeune Lyonnais de 19 ans signe des bande-dessinées sous le pseudonyme de Cleet Boris, nom qu’il avait déjà donné quelques années auparavant à son premier groupe. Au début des années 80, il passe une annonce dans un magazine de musique et recrute le claviériste François Lebleu et se produit avec son frère Vincent Mounier à la guitare et quelques autres musiciens. Le groupe se resserre en 1984 autour de la personnalité des trois garçons qui deviennent L’Affaire Louis’ Trio et leur ami le chanteur Kent, toujours prompt à leur donner des conseils ou un coup de main, les présente à Ramon Pipin (fondateur des groupes Au bonheur des dames et Odeurs) qui a monté le studio Ramsès à Paris où le groupe enregistrera une partie de son premier album. Mais en attendant, c’est sur scène que L’Affaire présente ses compositions (toutes signées Cleet Boris) aux ambiances délicieusement rétro, mélange de cha cha, mambo, jazz, pop, servies par un chanteur au look de crooner directement inspiré de Kid Creole & The Coconuts. « La première fois que j’ai acheté un pantalon large c’était en Angleterre et je venais de m’acheter l’album Tropical Gangsters donc ça a vraiment changé ma vie, je me suis dit : « on peut faire de la pop exotique », et comme je ne voulais surtout pas à l’époque marcher sur les plates-bandes des Beatles ça m’a ouvert un horizon parce que je me sentais plus français ou afro-cubain qu’américain ou anglais, donc Kid Creole a été le déclencheur. »

L’Affaire se fait remarquer, joue au Printemps de Bourges en 1985, remporte le tremplin Rock envol l’année suivante qui lui permet d’enregistrer un premier 45 tours, Ce soir, accompagné d’un clip. François est renommé Bronco Junior et Vincent Karl Niagara, en accord avec l’univers BD qui deviendra la signature du groupe, sur ses pochettes de disques, ses clips, mais également en télévision où Hubert apparaît sautillant, en costume trop large et coiffé d’une banane. Le groupe est signé chez Barclay et enregistre son premier album en seulement dix jours, entre Lyon et Paris, se partageant les sessions pour travailler jour et nuit. Il sera précédé du 45 tours Tout mais pas ça, un concentré de bonne humeur sur un texte court et direct construit autour d’une idée amusante : une femme menace son amoureux de dévoiler ses travers si jamais il la quitte. Le propos est simple, voire simpliste, mais permet surtout de jouer sur le rythme et les sonorités du texte qui épousent la musique. Plus tard, Hubert Mounier développera son écriture et confiera à Platine en 1997 : « Le cadre de la chanson me plaît bien : pendant trois minutes, on invite l’auditeur à découvrir un univers, tout en lui laissant le libre arbitre d’habiller les personnages comme il le souhaite. De plus, je ne suis pas trop descriptif, mon côté impressionniste laisse une marge à l’imaginaire de l’auditeur. »

A contre-courant de la tendance électronique et synthé de l’époque, L’Affaire Louis’ Trio tient à utiliser de vrais instruments, et fait la part belle aux cuivres et aux cordes. L’originalité paie et Tout mais pas ça se retrouve classé au Top 50 fin juin 1987 et atteindra la 30e place un mois plus tard. En face B du 45 tours est placé La Nuit, un titre qu’on retrouve sur le premier album, tandis qu’un remix du titre phare est édité sur maxi 45 tours. Le succès du morceau est tel que le groupe reçoit la Victoire de la musique de la révélation masculine de l’année, le 19 décembre 1987, une récompense qu’il attribue au soutien d’Alain Chamfort qui a invité les garçons à jouer en première partie de son Casino de Paris.

Le succès est à nouveau au rendez-vous avec le single suivant, Chic planète, qui connaît lui aussi les joies du Top 50 en janvier 1988. Au bout de deux albums, le groupe saura évoluer intelligemment en cassant son image cartoonesque et proposant une pop élégante et raffinée. « Le côté carton-pâte prenait trop d’importance par rapport à la musique. (…) j’étais conscient du danger de s’enfermer dans un personnage caricatural. En gardant nos costumes à la Dany Brillant, on était foutus. »

En 1993, Mobilis in mobile est un nouveau tube et l’album éponyme est disque d’or. En 2007, Hubert Mounier, qui poursuit désormais une carrière en solo, reprendra Tout mais pas ça sur son album Affaire classée histoire de boucler la boucle. Après la disparition de François Lebleu en 2008, Hubert Mounier nous quittera lui aussi en mai 2016.

Pour en savoir plus sur le groupe, on vous conseille ce très bon site !

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