Interview – Michael Fortunati : Give Me Up

Michael Fortunati interview

Été 1986. Give Me Up de Michael Fortunati enflamme toutes les discothèques de France et se hisse dans le top 3 des meilleures diffusions pendant plusieurs semaines. Ce hit italo-disco / Hi-NRG est le premier single en solo de ce Français d’origine italienne signé par un producteur belge. Give Me Up ne se contente pas d’une notoriété à l’échelle nationale puisqu’on danse dessus dans toute l’Europe, que les Anglais Stock, Aitken et Waterman font plus que de s’en inspirer, et que bientôt l’Asie s’en empare : le Japon en fait un tube et Fortunati y devient une vraie star. Ses trois premiers albums y auront même l’honneur des charts, rare performance pour un artiste européen.
Sept albums originaux plus tard, quelques best of et compilations de remixes, Michael Fortunati poursuit sa carrière au Japon où il continue à faire danser les foules et où son Give Me Up a traversé les générations et est repris par les groupes du moment.

Vous avez commencé la musique très tôt dans un groupe qui s’appelait les Moonlights ?

Oui, vous êtes bien renseigné ! J’ai démarré très jeune dans ce groupe, j’avais quatorze ans et j’étais guitariste. On a travaillé pendant quelques années, avec notamment mon frère Tony qui était à l’orgue. On a fait beaucoup de galas et on a même chanté au Golf Drouot, un enregistrement live est d’ailleurs sorti en 1972. C’était les meilleurs groupes de tous les départements de France et nous on représentait le Nord, parce que moi j’habite près de Lille. On a fait ça pendant quelques années mais malheureusement ça n’a pas débouché sur quelque chose de plus sérieux donc le groupe s’est dissous. Après ça j’ai monté Carré d’as avec mes frères, parce que j’ai cinq frères et qu’on est tous musiciens, on a tous appris à jouer d’un instrument différent, l’un était bassiste, l’autre batteur, Tony était à l’orgue et moi à la guitare. On a sillonné tous les bals du Nord, Pas-de-Calais, Bretagne, c’était la belle époque pour les groupes.

C’était à quelle époque ça ?

Carré d'as Vous qui passez sans me voir Pop Music Deluxe

C’était dans les années 70, même avant. Les Moonlights ça devait être vers 66/67, avec Carré d’as on a fait des disques mais on a toujours eu des problèmes, que ce soit avec les producteurs, avec les maisons de disques, on n’a jamais vraiment percé. Et puis arrivé dans les années 80, c’était terminé pour les groupes, on a été balayés par les disc jockey, on ne travaillait plus beaucoup et on a dû arrêter. Chacun de nous est parti de son côté. L’un de mes frères a fait du piano-bar, moi j’ai eu beaucoup de chance parce que le plus jeune, Mario, qui n’a jamais fait partie du groupe, commençait de son côté à composer et il m’a demandé de chanter sur ses morceaux parce que lui n’était pas chanteur. J’avais été déçu par le destin de Moonlights et Carré d’as et je n’avais rien à perdre. Lui était dans une direction plus disco alors on a essayé. J’ai chanté sur deux ou trois titres et j’ai eu la chance de trouver un producteur qui habitait en Belgique, pas loin de chez moi, et tout a démarré là en fait.

C’est le début de votre carrière en solo.

Fin 85 début 86 démarre ma carrière solo en effet. Je change de nom, je deviens Michael Fortunati et le premier titre qu’on choisit, on aurait pu en prendre un autre, mais c’était Give Me Up. C’est celui-là qui a été enregistré. On est partis à Rimini en Italie et on a démarré, en février 1986 en Belgique ça a démarré tout de suite. J’avais galéré avec mes frères pendant plus de quinze ans et puis là je fais un truc en solo avec mon plus jeune frère et ça marche du premier coup. J’ai d’ailleurs voulu embarquer mes frères avec moi à l’époque mais le producteur n’était pas d’accord, il ne voulait pas gérer quatre personnes et on a démarré comme ça. J’étais un peu déçu, mes frères un peu frustrés. Ils n’ont pas eu la chance que j’ai eue et je n’ai pas été bien pendant quelques années à cause de ça. Mais c’est le destin et j’ai continué tout seul jusqu’à aujourd’hui.

Michael Fortunati Give Me Up Pop Music Deluxe

Pourquoi avoir choisi de chanter en anglais ?

Ça sonnait mieux avec le type de compositions de mon frère, et puis le producteur voulait toucher l’international. On connaissait bien le producteur de Patrick Hernandez, lui chantait en anglais, donc mon producteur a voulu faire pareil dans l’espoir de vendre le produit à l’étranger. Ça m’a un peu porté préjudice en France parce qu’à l’époque il était un peu mal perçu qu’un artiste français, même si je suis italien d’origine, chante en anglais. Ça m’a fermé quelques portes pour quelques grosses télévisions, c’était plus difficile. Mais ça m’a permis de faire carrière à l’étranger. Give Me Up est sorti partout en Europe, en Asie…

La maquette de Give Me Up était déjà en anglais ?

Mon frère avait trouvé ce titre-là dans le refrain et on a continué là-dessus. J’avais un ami anglais qui habitait près de chez moi et on a travaillé sur tous les textes avec lui. Mon frère était à la composition, moi je donnais quelques idées sur la structure, je trouvais le gimmick, le refrain, les paroles, et après on finalisait le texte en anglais avec cet ami.

Pourquoi cette direction Hi-NRG, eurobeat ?

On m’a considéré comme un chanteur eurobeat parce que quand je suis arrivé au Japon dans ces années-là, le marché commençait à s’ouvrir à l’Italie, à la France, et eux appellent ça de l’eurobeat, mais ensuite j’ai dû m’adapter parce qu’au Japon les tempos ne sont pas les mêmes, c’est plus rapide.

Give Me Up va être un gros succès club en France. Comment le titre est arrivé jusqu’au Japon ?

A l’époque on faisait beaucoup de maxi 45 tours dans les clubs qui partaient ensuite à l’export, et ce maxi est arrivé à Hong Kong. Il y avait là un producteur anglais qui gérait tous les produits dance étrangers pour tous les pays asiatiques. Il a écouté le titre, il a adoré, il a contacté BMG Ariola en Belgique qui a donné les coordonnés de mon producteur et c’est comme ça qu’il a géré toute ma carrière au Japon. On a travaillé longtemps ensemble. J’ai bien marché dans tous les pays asiatiques mais au Japon Give Me Up a été un gros tube.

C’est assez rare pour un artiste français de marcher là-bas.

Dans l’esprit de la dance en tout cas parce que des artistes de variété française comme Adamo, Françoise Hardy, marchaient là-bas, mais en dance j’étais pratiquement seul. On a été n°1 des clubs, des programmations radio, je suis parti là-bas et j’ai eu l’Oscar du meilleur chanteur dance de l’époque. Donc on se dit qu’on a fait un coup, c’est bien, mais on sort le deuxième single Into the Night qui marche aussi, on sort l’album qui est disque d’or, on fait quatre singles n°1 des clubs et depuis c’est une carrière qui ne s’est pas arrêtée. Aujourd’hui je tourne encore au Japon et j’ai signé chez Universal.

D’ailleurs après ça vos albums ne vont quasiment plus sortir qu’au Japon.

En France j’ai sorti quatre ou cinq singles mais ensuite les années 80 n’avaient plus la cote, on a été balayés pendant un certain temps. Quand c’est revenu il y a une dizaine d’années avec les tournées, Stars 80, malheureusement on ne m’a pas invité et ça m’a porté préjudice. Mais je chante en anglais et c’est vrai que ce sont surtout des artistes qui chantent en français, et que je connais tous, que ce soit Mader, Images, qui étaient dans la même maison de disques que moi à l’époque, Desireless… J’ai beaucoup tourné avec ces gens-là mais je n’ai pas fait partie de la tournée. Au Japon ça a continué, on ne peut pas gagner sur tous les plans.

Michael Fortunati Hits and Remixes Pop Music Deluxe

En 1986, la même année où sort Give Me Up, Lionel Kazan en chante une adaptation de Sylvain Lebel en français, Kamikaze, vous en avez pensé quoi ?

Je n’aimais pas trop le titre, Kamikaze, je crois qu’aujourd’hui ça ne passerait pas du tout. Mais comme moi je ne l’avais pas fait en français Orlando a voulu le faire, le reste ne me dérangeait pas mais ils auraient pu trouver autre chose comme titre. Mais ça a fonctionné un petit peu, il a quand même vendu 150 000 disques à l’époque.

Et comment réagissez-vous lorsque vous entendez I Heard a Rumour de Bananarama en 1987 qui ressemble beaucoup à Give Me Up ?

Je revenais d’une tournée au Japon et tout le monde me dit : « Michael c’est super, Bananarama a repris ton titre ! » C’était un honneur pour moi. Donc je rentre du Japon, je prends le disque, je regarde les auteurs-compositeurs et je vois que c’est pas nous du tout ! Ils avaient pompé pratiquement tout : mélodiquement la deuxième partie du couplet, les gimmicks, toute la musique. C’était un plagiat et j’étais déçu. On ne pouvait pas laisser faire parce que c’était trop flagrant, en plus c’était Stock-Aitken-Waterman qui ont fait des gros tubes et je ne comprenais pas que des producteurs de ce niveau plagient mon titre. Donc on a fait un procès qui a duré quelques années mais on a gagné. On a négocié une partie des droits d’auteurs qui nous est revenue. Alors après je me suis retrouvé plusieurs fois avec eux à Tokyo à chanter dans des spectacles avec Bananarama… mais cela dit les filles n’y étaient pour rien. Elles chantent d’ailleurs toujours ce titre aujourd’hui.

Vous n’êtes pas rancunier parce qu’en 1989 Danse avec moi, extrait de votre troisième album, est remixé par Phil Harding pour PWL (Stock-Aitken-Waterman).

Oui alors c’est vrai, c’est le comble ! Malgré ça Stock, Aitken et Waterman, je ne sais plus si c’était avant ou après la procédure, m’ont remixé, ils m’ont fait un super bon boulot sur Danse avec moi, et ils ont remixé aussi deux autres titres pour un album que j’avais fait au Japon. C’est la maison de disques qui avait fait la demande. Comme ils étaient au top et qu’ils faisaient du super bon boulot, on s’est dit que ce serait bien de le faire et ils ont accepté.

C’est le premier titre que vous chantiez en français, pourquoi ?

Je l’ai fait aussi en anglais mais on en voulait un en français pour la France et j’ai fait quelques télés grâce à ce titre : La Classe sur France 3, Jacques Martin sur France 2… C’est le seul qui me plaît, qui sonne bien, mais après je n’ai pas voulu continuer. J’aimais beaucoup l’arrangement de Stock-Aitken-Waterman sur ce titre. Mais comme je devais continuer ma carrière au Japon, je ne pouvais pas me permettre de chanter en français donc après j’ai arrêté.

Depuis vous sortez toujours des albums au Japon. Il y a deux ans, Universal vous a commandé un album de reprises de titres disco qui ont marché là-bas.

Michael Fortunati The Best of Disco Covers Pop Music DeluxeLe PDG d’Universal était un fan de mes titres dans les années 80 et ça faisait un moment qu’il voulait m’avoir chez lui. Là justement j’étais en fin de contrat et il m’a appelé et m’a demandé de rechanter les tubes des années 80 en incluant Give Me Up. Ça me plaisait bien, en plus j’aime bien les titres de Rick Astley, Village People. Alors c’est pas des remixes, c’est plus ou moins des covers. J’aurais préféré faire de nouvelles versions mais c’était le choix d’Universal. Il y a simplement Give Me Up qui a été remixé mais tous les autres titres ressemblent aux originaux, à part la rythmique. J’ai fait de la promo là-bas, une tournée, l’album a deux ans mais j’y suis encore retourné l’année dernière car ils voulaient poursuivre la promotion. Là je devais sortir un nouvel album cet été mais avec le virus tout est retardé. Je devais repartir fin août mais c’est annulé. Ce sera un album de compositions originales, toujours chez Universal, pour 2021. Ce nouvel album est fait pour les Japonais, donc les mélodies sont bien ciblées pour ce marché-là. Pour la France, il y a un DJ que je connais bien qui m’a demandé de remixer Give Me Up, ça sortira peut-être en septembre.

Combien de fois par an allez-vous au Japon ?

Deux fois par an, mais avant c’était cinq ou six fois, c’était de la folie parce que c’est quand même loin, il faut faire les onze heures de vol.

Vous ne regrettez pas d’avoir une telle carrière au Japon et pas en France ?

Si bien sûr, mais bon l’année dernière je suis parti chanter au Mexique, là je devais partir à Bergame le 2 mai pour recevoir le trophée du meilleur chanteur dance, mais avec le virus ça a été reporté à l’année prochaine. Et puis en trente ans il y a eu une vingtaine de versions de Give Me Up au Japon, des artistes japonais l’ont repris, donc les jeunes la connaissent. Le titre tourne tout le temps, dans les karaokés on trouve toujours Give Me Up et Into the Night, tout le monde connaît ces titres.

Propos recueillis le 9 juin 2020.

3 commentaires

  1. MICHAEL FORTUNATI, chanteur EuroBeat qui marchait bien dans la plupart des pays européens également tels que l’Espagne.On ne le voyait pratiquement jamais à la télévision française dans les années 80, ce qui est dommage, néanmoins, il a été classé de nombreuses semaines au TOP 50 avec son titre GIVE ME UP, j’aimais bien aussi Giochi Di Fortuna.Ah si je pouvais avoir un double CD BEST OF avec ses versions 45 T, MAXI 45T et REMIX, ce serait un pur bonheur !!

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