Chanteurs des 80’s : Lionel Kazan / Philippe Entre2mers

Après Natali Kaufmann et Patricia Zamler, nous avons eu envie ce mois-ci de revenir sur deux chanteurs des 80’s qui sont restés des espoirs du Top 50. L’un a eu comme prestigieuse marraine de métier Dalida, et l’autre a bénéficié du succès monumental de Desireless. (Re)découvrez en portraits Lionel Kazan et Philippe Entre2mers.

Lionel Kazan

Lionel Kazan Pop Music DeluxeOriginaire de Montpellier, Lionel Kazan (de son vrai nom Fernand Aouate) grandit dans une famille où la musique tient une place importante. Le jeune homme se trouve une attirance pour la guitare classique qu’il va étudier pendant huit ans, avant de bifurquer vers le jazz-rock. Grand admirateur de Johnny Hallyday, il commence à se produire sur scène avec des reprises de son idole, ou bien encore de Mike Brant, entre le rocker et le crooner.

Des petites scènes de discothèques aux plateaux de télévision, il n’y a qu’un pas, et c’est la rencontre avec Orlando, producteur (et frère de Dalida), qui va décider du début de sa carrière discographique. Orlando est à la tête de son propre label depuis le début des années 70 et, outre sa sœur, il vient de produire Shake, les Koeur’s (premier groupe de Frédéric Chateau), Guy Criaki, Graziano… Avec son physique de tombeur, Lionel Kazan a tout du chanteur de charme, et pourrait bien rivaliser avec Jean-Luc Lahaye avec qui il partage ce côté tendre et voyou. C’est d’ailleurs aux compositeurs de Femme que j’aime, Lana & Paul Sebastian, qu’Orlando fait appel pour le premier 45 tours de Kazan, Marie, ma vie. Le texte en est signé Marie-France Touraille et la réalisation confiée à Paul Sebastian et Jean-Michel Durand-Jenny, la même équipe qui s’occupe au même moment du nouveau Dalida, Le Temps d’aimer.

Avec son sens du marketing, Orlando à l’idée de lancer son nouveau poulain sous la protection de Dalida, qui devient sa marraine de métier en le présentant lors des émissions auxquelles elle participe dès que l’occasion se présente. La présence de Lionel Kazan en télévision est d’emblée très importante et on le voit avec Dalida, notamment dans Demain c’est dimanche le 26 octobre 1985 ou encore à L’Académie des 9 le 13 novembre. Rengaine synthétique efficace, Marie, ma vie paraît en 45 tours avec une pochette sur laquelle le chanteur se montre en débardeur, le menton posé résolument sur son poing fermé et arborant un regard de velours. Incarnant la dualité force et douceur, c’est en une du magazine Podium qu’il apparaît alors (partageant la couverture avec… Jean-Luc Lahaye) avec cette accroche : « Lionel Kazan tendre et violent comme Stallone ». Le personnage est lancé, qu’il en convienne ou non à son interprète.

Sans être un vrai succès commercial, Marie, ma vie permet à Kazan de se faire remarquer et le single suivant, Tout pour elle en 1986, sera signé de la même équipe. Mais c’est surtout la face B du 45 tours, Kamikaze, une adaptation en français par Sylvain Lebel du Give Me Up de Michael Fortunati, sorti la même année, qui emporte l’adhésion. Tant et si bien qu’il va promouvoir la chanson en télévision, que le 45 tours est repressé en mettant en avant Kamikaze, et que c’est cette dernière qui apparaît sur les compilations des tubes de l’année.

1987 signe un changement de cap avec une distribution par Polydor et une nouvelle équipe à la conception du nouveau single, Détournement de majeur, chanson dans laquelle le playboy se fait harceler pas une lycéenne aux hormones en folie. Cette fois c’est le grand Jacques Morali qui s’occupe de la réalisation (Village People, Patrick Juvet, Dalida…) et offre à Kazan un son plus pop-rock et mature, sans doute plus dans la veine de ce qu’apprécie le chanteur. L’image change également et Lionel apparaît cheveux plus courts sur la pochette du 45 tours signée Pierre et Gilles qui le transforment pour l’occasion en « Ken » de la rue, sublimé par l’imagerie homo-érotique des deux artistes, histoire de bien faire comprendre que le chanteur ne s’adresse pas qu’aux jeunes filles si ce n’était pas déjà assez clair. A nouveau il fait le tour des plus grandes émissions de variétés et il a même droit à un clip dans lequel le chanteur et sa jeune amoureuse se courent après dans les rayons d’Auchan… Un premier maxi 45 tours est édité avec une version longue signée Dimitri from Paris et la presse jeune lui réserve toujours quelques pages.

En pleine ascension, Lionel est victime d’un accident de voiture qui va nécessiter de longs mois de repos et lorsqu’il refait surface en 1989 chez WEA, toujours produit par Orlando, son 45 tours à valeur de testament : Je voulais te dire que c’est fini. Sur ce slow aux accents 60’s écrit et composé par Nicolas Skorsky, Kazan se laisse largement influencer par Hallyday mais n’est pas suffisamment convaincant pour conquérir un public et sa carrière de chanteur en restera là.

Aujourd’hui, Lionel Kazan est directeur de son agence immobilière à Paris depuis près de vingt ans. Détournement de majeur a été compilé sur 100 Tubes 80 introuvables vol. 2 en 2009 et sa version remix sur Maxi Singles 80 (Rare 80’s 12″ Versions Extended & Remixes) la même année.


Philippe Entre2mers

Philippe Entre2mers Pop Music Deluxe

Philippe Gros passe son adolescence à Sète dans les années 70. Avec cinq de ses amis du lycée, il monte un groupe de rock/new wave qu’ils vont baptiser Joli garçon. Joli garçon travaille d’arrache-pied, notamment sur des compositions originales et, dès la fin de la décennie, les scènes locales se font de plus en plus fréquentes et le groupe se produit dans le off à Avignon et même en première partie d’Elvis Costello and The Attractions en décembre 1979 à Cannes.

Auteur de tous les textes et chanteur du groupe, Philippe monte alors à Paris avec Thierry Tannières, le guitariste du groupe, afin de donner un élan plus national à Joli garçon. « A Paris, nous avons retrouvé Daniel, un vieil ami. C’est lui qui s’est occupé de faire écouter notre bande et voilà comment nous avons atterri chez Epic. Après de nombreuses heures de répétitions, nous avons enregistré notre premier 33 tours qui est sorti fin 80 », explique Philippe à la presse de l’époque. L’album Parawa Pacifique est en effet dans les bacs en novembre 1980 et la critique s’en réjouit ! Jean-Eric Perrin dans sa rubrique Frenchy but chic à Rock & Folk dit de l’album qu’il est « d’une énorme richesse de son et d’inspiration. Il était abouti comme celui d’un maître anglais, un Bowie ou un John Cale. » Joli garçon se fait remarquer, notamment avec le single Noix de coco, et continue à faire de la scène, en première partie d’Iggy Pop, entre autres. « Nous revendiquions les chemises hawaïennes et le côté vie facile mais en arrière-plan, il y avait aussi le rock et la guerre », se souvient Philippe en 2005. Mais il en faut plus pour installer une carrière et, alors qu’un deuxième album est déjà en conception, l’aventure s’arrête. « En 1984, on s’est séparés, pas fâchés, mais parce qu’on n’arrivait pas à vivre correctement de notre musique ».

Philippe Gros poursuit pourtant son aventure musicale, en duo avec Stéphan Pacchiano, le claviériste de Joli garçon. Ensemble à Paris en 1985, ils frappent aux portes avec leurs maquettes qui tombent dans les mains de Jean-Michel Rivat. Auteur et compositeur depuis les années 60 (Joe Dassin, Nana Mouskouri, France Gall mais aussi Michel Delpech, Alain Chamfort), ce dernier vient de produire le premier 45 tours de Desireless, Cherchez l’amour fou, sous le nom de Air 89. Si Rivat ne retient finalement pas les compositions des deux garçons, il souhaite produire Philippe seul et lui offre une composition sur laquelle le chanteur pose sa voix et ses paroles.

Quai d’orient sera le premier 45 tours de Philippe Entre2mers, sensuel appel au voyage sur fond de synthpop lorgnant du côté de Depeche Mode. Mixé par Dominique Blanc-Francard en version single et par Hervé Le Coz sur les deux remixes du maxi, Quai d’orient, qui paraît en 1987 chez CBS, s’offre une invitée de luxe puisque c’est Desireless elle-même qui assure la voix du refrain. La chanteuse qui vient de cartonner avec Voyage, voyage est en effet un atout considérable à la visibilité du morceau, il aurait été dommage de s’en priver. Elle apparaîtra d’ailleurs même dans le clip dont l’action se déroule dans un port. Malgré son efficacité et une pochette sur laquelle le chanteur n’hésite pas à se montrer sous son plus simple appareil, le disque n’apparaîtra pas au Top 50 (il sera pourtant « frissonnant »). La même année, il fait des chœurs sur Dernier matin d’Asie, le single du collectif Sampan (en faveur des boat people) auquel participe Desireless et qui se classe 22e au Top. En 1989 paraît Marine, un deuxième 45 tours toujours signé Entre2mers / Rivat, avec à nouveau la complicité de Desireless aux chœurs, sans succès.

Quelques années plus tard, Philippe se reconvertira et deviendra chargé de communication pour La Casa musicale, lieu de création artistique à Perpignan où il restera plus d’une quinzaine d’années. Avec ses anciens collègues, il reformera ponctuellement Joli garçon pour des concerts à Sète en 2005 et 2012.

Il est malheureusement impossible aujourd’hui de trouver le répertoire de Joli garçon ou de Philippe Entre2mers sur CD ou plateforme.

2 commentaires

  1. Merci d’avoir fait un article sur ces 2 artistes qui auraient mérité un succès plus important, dommage car leurs chansons et mélodies étaient sympa !
    Merci également pour vos articles toujours aussi intéressants !

    Aimé par 1 personne

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