Kate Bush – Breathing

Kate Bush Breathing Pop Music Deluxe

A l’issue de sa première (et unique) tournée, Kate Bush est très vite de retour en studio en septembre 1979 afin de poser les bases de son troisième album. La jeune chanteuse britannique, qui a déjà séduit un public nombreux grâce à sa singularité et son répertoire ambitieux et intrigant, souhaite désormais prendre en charge la réalisation de ses morceaux en s’affranchissant du producteur Andrew Powell. Elle a réussi en l’espace de deux albums publiés en 1978 (à neuf mois d’intervalle) à asseoir sa crédibilité auprès de sa maison de disques qui lui laisse champ libre afin de s’adonner à ses explorations musicales et poétiques. Pour cela, elle s’adjoint tout de même les services de Jon Kelly, déjà présent en tant qu’ingénieur du son sur The Kick Inside et Lionheart, et lui confie en plus le rôle de co-réalisateur. Si quatre chansons sont mises en boîte lors de ces premières sessions d’enregistrement, la production de ce qui va devenir Never for Ever va connaître quelques mois de pause pendant lesquels Kate Bush va faire une découverte fascinante qui va instantanément modifier sa façon de travailler.

A l’époque, vient de discrètement faire son apparition sur le marché l’un des premiers échantillonneurs qui va offrir à la musicienne d’infinies possibilités quant à la production de ses morceaux. L’engin coûte une vraie fortune et peu sont encore capables de s’en emparer, sans compter les heures de tâtonnement nécessaires afin d’en maîtriser un tant soit peu les rudiments. Peter Gabriel, proche de Bush qui l’a initiée aux boîtes à rythmes, sera l’un des premiers acquéreurs de ce Fairlight CMI. Bush en perçoit vite le potentiel, persuadée qu’elle vient de trouver l’instrument qui lui manquait pour mettre en forme exactement ce qu’elle a en tête.

De retour en studio début 1980, mais cette fois-ci à Abbey Road, la musicienne regrette que le Fairlight ne soit pas arrivé plus tôt dans la conception de Never for Ever mais elle poursuit tout de même le travail en passant des nuits en studio, et notamment sur une chanson qui viendra s’installer en dernière position de l’album : Breathing. Le morceau lui est venu à partir d’accords qu’elle qualifie de « dramatiques » et de la phrase « Inside gets outside » qui débute la chanson. L’idée qu’elle a en tête est d’écrire du point de vue d’un fœtus dans le ventre de sa mère, un concept qui va se développer et prendre une forme définitive plus inquiétante suite au visionnage d’un documentaire sur les effets dévastateurs du nucléaire.

En pleine guerre froide, Breathing va soudainement prendre des accents politiques, ce qui n’était jusqu’à présent pas l’habitude de la chanteuse, et ce dont elle se défendra partiellement en insistant sur le caractère émotionnel que le sujet lui inspire. « Ça parle d’un bébé qui est dans le ventre de sa mère lors d’une période de retombées radioactives, mais il s’agit surtout d’un être spirituel. (…) Il sait ce qui se passe à l’extérieur et veut désespérément continuer à vivre, comme nous tous bien évidemment », explique-t-elle à Smash Hits. Ce « bébé » qui pourrait symboliser la conscience de l’humanité, décide de rester confiné à l’abri dans le ventre de sa mère, tout en décrivant un avenir pessimiste avant que la chanson ne se termine sur une prière (« Ooh please! Let me breathe! »).

Morceau dont elle est particulièrement fière et qu’elle considère au moment de sa sortie comme son meilleur, Breathing est qualifié par sa créatrice de « petite symphonie ». Mais, si elle admet que la composition lui est venue très facilement, et lui a été inspirée par l’album The Wall de Pink Floyd, les sessions d’enregistrements sont loin de satisfaire l’exigence et la sensibilité de la musicienne et vont durer plusieurs jours. Certains musiciens fidèles sont temporairement remerciés pour faire place à d’autres car on n’arrive pas à atteindre le degré d’émotion que requiert la réussite de Breathing. Les musiciens de studio sont payés à l’heure, et si leur technique est irréprochable, il n’est pas vraiment dans leur habitude de faire l’effort de « sentir » la composition, dira Bush. Ce qu’elle recherche, c’est la personnalité des musiciens, voire même leurs défauts, un résultat qu’elle va finir par obtenir à force de persévérance et dont elle se montrera satisfaite au point d’en avoir les larmes aux yeux.

Kate Bush Breathing UK Pop Music Deluxe

Composition exigeante, sophistiquée, dont la progression s’accorde à la dramaturgie développée par Bush, Breathing est l’un des joyaux de ce nouvel opus, mais pas forcément le choix le plus commercial. Et c’est pourtant cette chanson qui va paraître en 45 tours le 14 avril 1980, cinq mois avant l’album. Loin de ces considérations, ce qui inquiète le plus Kate Bush à l’époque c’est qu’on juge le thème de sa composition trop opportuniste et qu’on ignore le côté émotionnel de ce qu’elle a voulu exprimer d’un point de vue très personnel. Ce ne sera heureusement pas le cas de la critique qui lui réserve un accueil chaleureux.

La vidéo, qui montre Bush évoluer dans une bulle de plastique avant d’offrir la vision d’une humanité aux abois, dont les survivants ont revêtu des combinaisons anti-radiations, est réalisée par Keith MacMillan, collaborateur régulier. D’une durée de 5 mn 30, Breathing n’offre pas vraiment un format calibré pour les radios, et pourtant le 45 tours, qui appuie le propos en se parant d’un champignon (et dont la face B, The Empty Bullring, restera exclusive à ce support), va se hisser jusqu’à la 16e place des charts britanniques, une performance dont la chanteuse se dit très satisfaite. La France va par contre passer totalement à côté du morceau, malgré une pochette exclusive (avec cette Kate Bush chauve-souris qu’on retrouvera sur le recto de l’album) dont la rareté en fait aujourd’hui un collector. Il faudra attendre le single suivant, Babooshka, pour que les Français succombent réellement au charme vénéneux de l’envoûtante créature…

En 2013, Andy Bell, le chanteur d’Erasure, reprend Breathing dans une version plus électronique.

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