Interview – Bruna Giraldi : Il y a de l’amour dans l’air

Bruna Giraldi Pop Music Deluxe
photo : Stéphane De Bourgies

A l’hiver 1983/1984, la voix de Bruna Giraldi résonne sur toutes les radios. La ballade vocale Il y a de l’amour dans l’air, écrite et composée par Claude-Michel Schönberg, est n°1 sur RMC, n°2 sur RTL, n°5 sur Europe 1, et la jolie Bruna est de toutes les émissions télé. Le 45 tours va dépasser les 300 000 ventes en France puis viendront d’autres succès : Belle dans tes bras, Sentimentale ça fait mal… A la fin de la décennie 1980, la chanteuse intègrera même la troupe de la deuxième mouture de Starmania remaniée par ses créateurs Berger et Plamondon. Retour avec Bruna Giraldi sur ses années chansons.

Vous commencez par le cinéma avant la chanson ?

Bruna Giraldi Pop Music DeluxeEn fait, tout a commencé quand je vivais à Béziers. J’étais dans une agence de mannequins qui était dirigée par une femme extraordinaire qui s’appelle Nicole Laudan, et c’est elle en fait qui avait remarqué que j’avais une voix. Quand nous nous déplacions pour aller faire nos défilés, pendant les longs trajets en voiture on chantait toutes et un jour en m’écoutant elle me dit : « Il faut à tout prix que tu chantes ». Moi je ne pensais pas du tout à ça, et c’est elle qui m’a inscrite à un radio-crochet sans me le dire. Comme elle était aussi dans l’événementiel, elle a invité des gens de la presse et un directeur artistique de chez Barclay. J’ai relevé le défi et j’ai gagné le concours, tout est parti de là. Je devais aller chez Barclay pour sortir un disque. Je suis partie à la capitale avec ma valise et une bonne dose d’inconscience. J’ai tout lâché quand même pour venir à Paris, ce n’était pas évident mais quand on a vingt et quelques années on n’a peur de rien, on fonce. Et en attendant que la maison de disques me trouve une chanson, bien entendu j’ai rencontré plein de musiciens et de compositeurs de l’époque, il fallait quand même que je travaille et j’ai été mannequin aussi à Paris, vu que je suis grande j’ai trouvé facilement. Et au hasard de mes rencontres, j’ai fait la connaissance de Richard Balducci, scénariste, réalisateur, écrivain, qui m’a demandé d’interpréter la chanson d’un de ses films, N’oublie pas ton père au vestiaire, c’était une très belle chanson composée par Gilles Tinayre. Et c’est en passant sur NRJ pour la publicité du film que Claude-Michel Schönberg m’a proposé Il y a de l’amour dans l’air.

Juste avant ça il y avait déjà eu un premier film en 1981, Prends ta rolls et va pointer, et un duo avec Jean Lefebvre…

Tout baigne dans l’huile, avec le même réalisateur. J’ai en effet été un peu comédienne. Mais la comédie ça n’était pas ma préoccupation première et j’ai très vite compris que ça n’était pas pour moi parce que j’étais très mal à l’aise devant la caméra. C’était une chanson très drôle avec Jean Lefebvre qui disait tout le temps : « T’en fais pas ma bibiche, tout baigne dans l’huile » ! Mais je ne regrette pas d’avoir fait tout ça, c’était très sympa.

Bruna Giraldi Il y a de l'amour dans l'air Pop Music Deluxe

En 1983 c’est donc le grand succès d’Il y a de l’amour dans l’air.

Moi j’étais une grande fan de Claude-Michel Schönberg et quand il m’a proposé cette chanson je suis tombée des nues, je n’en revenais pas. On s’est rencontrés, j’ai écouté cette chanson que j’ai trouvée magnifique, on est allés en studio et à partir de là tout est allé très très vite. La chanson Il y a de l’amour dans l’air passait sur toutes les radios libres et Europe 1, RTL, RMC… Ensuite il y a eu toutes les télés, et ça a été un gros gros tubes. Jacky Quintard, ma productrice de l’époque, était très motivée pour défendre ces chansons, elle s’est donnée à fond.

C’est quand même étonnant quand on y pense parce que la chanson fait cinq minutes, ce qui n’est pas vraiment un format radio idéal…

C’est vrai qu’au départ le problème se posait là, on me disait que la chanson était trop longue et finalement c’est passé ! En plus Claude-Michel est très pointilleux, il sait exactement ce qu’il veut, au niveau des arrangements… Il a mené ça de main de maître et c’était très réussi.

Vous enregistrez même dans la foulée une version italienne et vous allez faire de la promo là-bas.

Oui, j’étais allée à Milan, j’avais fait plusieurs télés et ça se passait très bien, les Italiens m’ont bien appréciée aussi.

En 1984 vous continuez avec Belle dans tes bras, toujours signé Schönberg, et qui va bien marcher aussi.

C’était la suite logique, on retrouvait là sa patte. C’est vrai que moi après je voulais bifurquer un peu vers autre chose, je voulais des chansons qui bougent et j’avais envie de chanter des chansons un peu jazzy, j’ai toujours adoré le jazz, la soul music, j’ai été très inspirée par tout ça mais les maisons de disques à l’époque voulaient toujours qu’on en revienne un peu aux mêmes chansons. J’ai été un petit peu déçue par tout ça. Mais ça ne s’est pas fait et ce n’est pas grave. En France on nous met toujours dans des cases. Je peux absolument comprendre tout ça. Par la suite il y a Michaële qui m’a composée Sentimental ça fait mal. J’ai à nouveau fait toutes les télés, là ça bougeait un peu alors j’avais pris quelques cours de danse, j’aimais bien aussi cette période-là. Et puis tout le monde adorait la face B, J’écoute la musique, et la maison de disques a décidé de la sortir en single après. Elle passait bien en radio celle-là aussi.

Comment avez-vous rencontré Michaële ?

A l’époque mon producteur était Jean-Claude Camus et c’est lui qui me l’a présentée. C’était quelqu’un que j’appréciais beaucoup, on s’entendait très bien, on était très complices, on travaillait toujours dans la joie et la bonne humeur.

En 1986 vous changez de label et d’équipe, et vous sortez Reste avec les musiciens de Jean-Michel Jarre.

Oui, c’était Dino Lumbroso et Pascal Lebourg et le texte avait été écrit par Michel Mallory. J’aime beaucoup cette chanson, il y a même eu un remix pour les clubs. On avait changé de maison de disques, Phonogram, toujours produits par Zoé Production, la production de Jean-Claude Camus. Après ça j’ai voulu reprendre la version de Procol Harum de A Whiter Shade of Pale.

Ça c’était en 1988 chez Vogue…

Oui et puis nouveau producteur parce qu’au départ moi je voulais aller au bout de ça et Jean-Claude Camus voulait plutôt que je parte sur autre chose. Je lui ai demandé de me rendre mon contrat parce que je voulais vraiment aller jusqu’au bout. C’était Christian de Ronseray qui avait produit ce Soleil de minuit. En plus la 6 avait produit un très beau clip avec les images d’un film d’Ava Gardner, c’était très bien réalisé et j’adorais cette chanson.

En face B on trouvait un instrumental par Franck Ivy et Jean-Louis D’onorio, les auteurs des tubes de Corynne Charby, vous aviez des projets avec eux ?

Franck Ivy travaillait avec mon producteur sur Soleil de minuit, et sur Touchée, la chanson qui a suivi, c’est lui qui avait écrit le texte.

Touchée qui était l’adaptation d’une chanson américaine.

Oui, parce qu’à côté de leurs bureaux il y avait un éditeur qui nous avait fait écouter plein de chansons, et quand on a entendu celle-là on a craqué dessus. Elle a un côté que j’aime bien, ça ressemble aux titres de la Motown, un peu plus soul, que j’adore, j’étais vraiment ravie.

Bruna Giraldi avec danseurs

Il y avait Pascale Richard qui faisait les chœurs sur cette chanson-là.

Oui, c’est vrai. Et sur Reste c’est Carole Fredericks qui a fait les chœurs. Elle était extraordinaire, elle m’a fait des chœurs magnifiques.

En 1989, vous êtes contactée pour rejoindre la troupe de Starmania.

Je n’arrêtais pas de tourner à cette époque-là quand on m’a proposé Starmania, qui se jouait au Théâtre Marigny depuis un an déjà. Ils ont contacté mon producteur de l’époque, on m’a donné rendez-vous au Théâtre Marigny où j’ai rencontré tout le monde. J’avais travaillé deux ou trois chansons. J’étais dans mes petits souliers d’ailleurs, mais ça s’est bien passé et j’ai tourné pendant un an avec eux, d’abord au Théâtre Marigny puis en tournée européenne et mondiale puisque ça s’est terminé en Russie, on a fait une semaine à Moscou et une semaine à Saint-Petersbourg.

Vous saviez au départ que c’était pour le rôle de Sadia ?

Non, je ne savais pas exactement. D’abord on m’avait parlé du rôle de Stella Spotlight et ensuite j’avais chanté une chanson qui bougeait un peu, Ego Trip, et à partir de là Michel Berger a dit : « Non, je vais lui donner le rôle de Sadia ». Parce que Sadia n’avait que des chansons qui bougeaient : Travesti, Quand on arrive en ville… C’était un contre-emploi pour moi.

Est-ce que vous vous imaginiez dans ce rôle-là ?

Non. Non mais j’y ai pris goût en fait. Et j’ai adoré cette période-là parce que j’adore travailler en équipe. Je trouve que c’est beaucoup moins anxiogène.

Vous avez côtoyé un peu Michel Berger ? C’est lui qui vous met en scène ?

Oui, parce que c’est lui qui avait fait la mise en scène. C’était quelqu’un de plutôt réservé, disons un peu timide, pas quelqu’un d’extraverti, mais c’est quelqu’un que j’appréciais énormément parce qu’il savait exactement ce qu’il voulait, il s’exprimait toujours avec beaucoup de simplicité, toujours très calme, très posé, c’était quelqu’un de très rassurant. Il y avait aussi Martine Saint-Clair dans l’équipe, ce qui était drôle parce que je la connaissais sans l’avoir rencontrée car elle avait repris Il y a de l’amour dans l’air au Canada. C’est une fille extraordinaire, drôle, je l’aime beaucoup.

Dans les années 90 il y a des titres qui vont être enregistrés mais qui ne vont pas sortir, pourquoi ?

Vous parlez des chansons inédites que j’ai mises dans ma compilation ?! J’ai travaillé avec David Koven. C’était ce que je voulais et moi quand j’ai une idée dans la tête personne ne peut me l’enlever ! J’ai appelé la maison de disques de David Koven en vue d’un album. On a travaillé pendant quelques années, on a fait plein de chansons, il faudrait que je les ressorte un jour, il y en avait de très belles. Il y avait Joueur de saxo que j’adorais, et là j’écrivais mes textes. Pour moi c’était quelque chose de nouveau, il y avait une progression qui se faisait, j’étais vraiment très satisfaite et puis après on a rencontré le PDG d’EMI qui avait écouté les premières maquettes : Joueur de saxo et Etat extrême. Il a fallu ensuite finir l’album, mais David travaillait aussi de son côté sur les siens, il tournait beaucoup, on a mis un temps fou… tellement que c’est resté un peu de côté tout ça. Et finalement je n’ai pas donné vraiment suite. Et entre-temps, je vivais dans l’Île Saint-Louis et j’étais dans mon trip peinture…

peinture Bruna Giraldi

Justement, comment ça vous vient la peinture ?

Toujours au hasard des rencontres. Dans la cour de l’immeuble où nous résidions, il y avait un artiste peintre reconnu, Georges Richaud, et à chaque fois que je passais devant son atelier, j’étais fascinée. Petit à petit, lui et sa femme Edith, qui avait une galerie, et moi et mon mari, avons tissé des liens d’amitié. Et là Georges Richaud m’a proposé de m’initier à la peinture. Je le regardais peindre, je faisais à ma façon, et Edith, qui était aussi critique d’art, m’a donné beaucoup de conseils et quand elle a vu ce que je faisais, elle a voulu m’exposer. Alors là je passais mes journées à peindre, c’était un réel bonheur, c’est une liberté totale la peinture, je ne peignais que quand j’en avais envie, parce qu’on ne se force pas en peinture. Moi je faisais du figuratif et je ne pensais qu’à ça.

Et aujourd’hui, c’est toujours la peinture ?

Alors j’ai été exposée en 2013 à La Ciotat dans une boutique de créateurs, et la quinzaine de toile a été vendue. Je ne m’attendais pas à ça du tout ! Mais je n’ai pas retouché un pinceau depuis. Pour l’instant c’est drôle mais je n’en ai pas envie.

Et la musique, vous avez tourné la page ou vous y pensez encore ?

Honnêtement, je ne veux pas tourner définitivement la page du show-bizz, mais comme je reste sur mes positions et que je ne suis pas tellement motivée, parce que je sais exactement vers où je veux aller, et tant qu’on ne me propose pas ce genre de chansons, je ne vois pas l’intérêt d’aller chanter des trucs qui ne vont pas m’inspirer et où je ne vais pas m’éclater. Si je suis motivée, je fonce sans problème !

Propos recueillis le 26 août 2020.

Le Best Of de Bruna Giraldi, incluant des inédits, est disponible sur les plateformes de téléchargement.

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