Interview – Mathieu Rosaz : Ex-fan des 80’s volume 2

En 2017, Mathieu Rosaz replongeait en enfance pour nous offrir Ex-fan des 80’s, un album de 15 reprises de chansons des années 80 uniquement interprétées par des femmes. Cette année, le chanteur est de retour afin de nous en proposer la suite, piochant à nouveau avec tendresse dans ce répertoire inépuisable de notre décennie musicale de prédilection. Dans ce volume 2, il convoque cette fois-ci quelques chanteurs (Christophe, Gérard Blanc et François Valéry sont de la partie) tout en revisitant, parfois radicalement, des tubes intemporels ou oubliés, toujours avec la sensibilité et la délicatesse qui le caractérise, n’hésitant pas à bousculer certaines chansons qu’on croyait immuables et qu’il parsème de savoureux clins d’œil. Ex-fan des 80’s volume 2 est disponible dès aujourd’hui sur les plateformes d’écoute et de téléchargement

Vous vous étiez un peu éloigné de la chanson ces dernières années. Pourquoi ce retour sur disque aujourd’hui ?

Ce disque est un dommage collatéral du deuxième confinement. J’ai effectivement une nouvelle activité professionnelle dans le bien-être et les mesures sanitaires ont fait que je n’ai pas pu exercer. Je me suis retrouvé, comme beaucoup de gens, enfermé chez moi et mon réflexe naturel a été de retourner au piano et de rebrancher mes machines. N’ayant pas le désir pour l’instant d’écrire de nouvelles chansons, j’ai repris l’ouvrage là où je l’avais laissé. Il y avait tellement de chansons que je n’avais pas enregistrées dans le premier album 80, ni chantées sur scène… Il y a tellement de chansons que j’aime dans cette époque-là…

Qu’a-t-elle de plus que les autres cette décennie 80 ?

Qu’on soit né dans les années 60, 70, 80 ou 90, je pense que ce qu’on entend durant les quinze premières années de sa vie est très significatif, déterminant. La décennie 80 étant celle de mon enfance, les traces sont indélébiles. Les Trente Glorieuses étaient déjà terminées depuis 5 ans en 1980 mais ça n’était pas encore la crise. On était encore dans l’espoir, l’insouciance, on s’était affranchi de pas mal de choses. Beaucoup de chansons étaient des hymnes d’indépendance et de liberté, surtout chez les chanteuses. Elles assumaient, revendiquaient, proclamaient leurs désirs, elles menaient la barque, c’était le triomphe de la femme libérée, du moins en apparence. J’aime l’insolence, la folie, l’humour, les couleurs de cette époque-là, même le mauvais goût. Avec le temps le kitsch devient culte et c’est une belle patine. Bien sûr il y a beaucoup de choses à redire sur la décennie 80, il n’y a pas eu que des choses drôles, loin de là, mais malgré tout la période 80-86 est quand même assez joyeuse.

La direction musicale de ce nouveau disque est un peu plus électro ? C’était une volonté ou bien ça s’est imposé durant le travail ?

La volonté c’était de faire des titres plus rythmés. Dans le volume 1, il y avait beaucoup de titres lents et ça commençait à devenir un peu une recette de prendre une chanson rapide, de la déshabiller et de la ralentir. Je n’ai pas voulu refaire exactement la même chose. Je me suis dit que l’inverse était aussi possible : prendre une chanson lente et l’accélérer, la rythmer. J’ai essayé, le logiciel sur lequel je travaille n’est pas le plus performant au niveau des batteries, j’avais beaucoup de mal, mais j’ai quand même réussi un petit peu à le faire. Il est vrai que depuis plusieurs années, je suis beaucoup plus en quête de rythme dans ce que j’écoute. Pendant des lustres, je n’ai écouté quasiment que du piano-voix, de la « grande chanson française », des choses très introspectives, lentes, sombres… Cela s’explique sans doute par ma manière d’écouter la musique, qui a changé. Avant, je pouvais m’asseoir sur un canapé et écouter. J’écoutais aussi beaucoup de musique en voiture. C’est un endroit merveilleux pour ça. Je n’ai plus de voiture. Désormais j’écoute davantage la musique au casque, dans la rue, en marchant, en faisant du sport et il est assez difficile d’écouter Anne Sylvestre en faisant du cardio-training (rires).

Comment s’est fait le choix des chansons ? Vous êtes parti d’une liste ? Il fallait que ce soit des tubes ?

Comme c’est un travail sur la mémoire et le souvenir, il faut que j’aie connu la chanson enfant. Je ne vais pas chercher un follow up ou une face B que je ne connaîtrais pas. Il faut que toutes ces chansons, je les ai achetées en 45 tours ou beaucoup écoutées à l’époque. Même si elles n’ont pas toutes été d’immenses succès, ce sont des chansons qui furent des singles que j’ai aimés et qui m’ont marqué à l’époque de leur création. Ça c’est une règle indéboulonnable. Comme je me suis séparé de la plupart de mes 45 tours, je vais sur internet, je fouille, je regarde les charts pour voir si des titres me reviennent en mémoire. Ensuite, c’est un travail de réappropriation, de réadaptation et de recréation. Il y a des gens qui ne connaîtront pas toutes les versions originales et qui découvriront les chansons et tant mieux s’ils les aiment. Mais l’intérêt de ce travail-là c’est surtout d’offrir un nouveau regard sur quelque chose qu’on croit connaître parfaitement et de donner une seconde vie à la chanson, sans renier la première qui est la base de tout. Ensuite, il faut faire la part des choses entre ce qui est réalisable et ce qui ne l’est pas.

Comment travaillez-vous sur un arrangement ? Vous avez déjà une idée en tête ou bien ça vient selon l’inspiration ?

J’ai quand même une petite idée en tête, j’imagine, je fantasme… Puis je vais voir ce que ça donne au piano. Je retrouve les harmonies de la chanson. Mais entre ce que j’ai imaginé et ce qu’il se passe quand je touche le piano, il y a des surprises. Je tâtonne… J’essaie une version douce, une version rythmée, puis au bout d’un moment j’allume le logiciel relié à mon piano numérique qui devient synthétiseur et je vais chercher des sons et les sons vont me guider. Sur le logiciel il y a un nombre assez incalculable de sons proposés, donc je fais défiler, j’essaye tout et je choisis. Parfois je prends une mauvaise piste et je rate totalement mon coup. Il y a 15 chansons dans l’album mais j’en ai travaillé environ 22 et certaines ont été refaites plusieurs fois parce que ça n’allait pas du tout. 

Quelles sont les chansons qui ne fonctionnaient pas ? Les versions dont vous n’étiez pas satisfait ?

J’aurais bien aimé mettre un Madonna mais ça m’a posé beaucoup de problèmes, il y avait l’embarras du choix pourtant. Je m’étais fixé sur Dress You Up mais je ne suis pas satisfait de ce que j’ai fait… J’ai enregistré deux Elsa, Jour de neige et Quelque chose dans mon cœur, j’ai choisi cette dernière. Il y a Traces de Linda William’ que j’aime beaucoup, mais je ne l’abandonne pas celle-là, j’en ferai quelque chose un jour. Il y a Eden is a Magic World de Pop Concerto Orchestra, qui était la pub de Telefunken, mais elle est un peu hors sujet et puis il ne faut pas que j’abuse de l’anglais… J’ai dû renoncer à Je suis comme toi de Sheila, chanson que j’adore. Mais dans ma voix, les paroles du deuxième couplet que je ne comprends pas, ne passaient vraiment pas. D’ailleurs, j’aimerais que quelqu’un m’explique un jour ce couplet qui parle de machine et de planning. C’est vraiment dommage car c’est une chanson très forte, je trouve. Pour que je puisse défendre une chanson, il faut que j’adhère vraiment à chaque mot et note. J’ai dû aussi m’y reprendre à deux fois pour Aviateur. J’avais commencé une version rythmée qui ne m’allait pas du tout vocalement et qui virait vers le karaoké, c’est à dire vers tout ce qu’il faut fuir pour un projet de réinvention.

Et quelles sont celles dont le résultat vous satisfait le plus ?

Pull marine, Une autre histoire… Je me suis surpris dans ces chansons-là. Tout doucement aussi parce que ça n’était pas gagné de la faire en up tempo. Étienne c’est une audace pour moi parce que c’est presque de la jungle. En fait je suis particulièrement content de toutes celles qui ne ressemblent pas à ce que j’ai fait avant. Ouragan et Quand tu pars ont été les deux premières que j’ai enregistrées pour ce projet et ma joie fut de me dire que j’arrivais encore à faire quelque chose qui se tienne car j’étais un peu rouillé, n’ayant pas chanté depuis presque 4 ans…

Est-ce que certains artistes ont entendu les versions du volume 1 ? Avez-vous eu des retours ?

J’ai eu un retour très gentil de Desireless pour Voyage, voyage. Mylène Farmer écoute en boucle Sans contrefaçon, Jeanne Mas pleure dès qu’elle entend Johnny Johnny, Corynne Charby jouit dès qu’elle entend Boule de flipper et Isabelle Adjani ne parle que de moi dans tout Paris ! (rires)

Si vous deviez faire un duo avec l’un des artistes dont vous reprenez une chanson, qui serait-il ?

Mais tous ! Mais le plus surprenant ce serait d’avoir un duo avec Stéphanie de Monaco. J’aimerais chanter avec les plus difficiles à faire chanter : Stéphanie de Monaco, Karen Cheryl, Françoise Hardy, Elsa qui ne chante plus depuis trop longtemps. Et puis je l’aime beaucoup Elsa, elle est charmante, elle avance magnifiquement dans le temps, en plus elle a du succès avec une série télé, elle met des jolis petits messages sur Instagram, elle est belle comme tout… Mais je les aime toutes, et tous !

Propos recueillis le 19 mars 2021

photos : Julien Benhamou / Antoine Ramos

3 commentaires

  1. Beau travail. J’ai écouté les trois morceaux proposés, et j’ai une préférence pour « Tout doucement », mais la version de « Quand tu pars » avec le petit passage de « We belong » de P. Benatar (WTF ??) me plait bien ! Bravo à l’artiste.

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