William Sheller – Les Filles de l’aurore

Fatigué d’enchaîner les albums à un rythme effréné et surtout lassé d’un show-business dans lequel il ne se reconnaît pas, William Sheller amorce la décennie 80 sous le signe du changement. L’auteur des tubes Rock’n’dollars, Le Carnet à spirale ou Fier et fou de vous décide de poursuivre sa carrière sans concessions et met trois ans avant de revenir avec un nouveau disque en 1980. Le musicien à la formation classique découvre les joies de la scène qui vont influencer son travail et, après une autre absence discographique, il publie en 1983 deux nouvelles chansons sur un 45 tours : Les Filles de l’aurore et sa face B, Chanson lente.

Ecrite à la suite d’un concert pendant sa tournée de 1982, Les Filles de l’aurore trotte dans la tête de son auteur une nuit qu’il est de sortie avec ses musiciens dans le quartier Saint Jean à Lyon. Directement inspirée par l’observation de ces garçons et filles qui hantent ses déambulations nocturnes, la chanson poursuit Sheller jusqu’à son retour à l’hôtel où, en proie à une gueule de bois qui l’empêche de dormir, il s’attelle à l’écriture de ces Filles de l’aurore qui ne le laissent pas en paix. Cette chanson est également pour lui un souvenir étroitement lié aux effets secondaires de la cocaïne comme il l’évoquera plus tard dans le livret de son best of Tu devrais chanter. Pour pallier au stress et à la fatigue de son métier, William Sheller a en effet recours depuis quelques années à l’utilisation de stupéfiants, une pratique à laquelle il mettra un terme en 1984.

Composée par l’artiste, Les Filles de l’aurore est co-écrite avec Muriel Solal. Psychanalyste et auteure de scénarios, la jeune femme noue une collaboration fugace mais inspirée et fructueuse avec le chanteur qui va se poursuivre sur l’album à venir. Les deux complices livrent en tout cas avec Les Filles de l’aurore un texte poétique et nébuleux sur une composition et des arrangements qui n’ont pas pris une ride. En face B du single, Chanson lente est un morceau pour se faire pardonner de l’être aimé qui ne figurera sur aucun album studio mais sera reprise l’année suivante sur l’album live William Sheller et le quatuor Halvenalf. Si commercialement le 45 tours est loin d’être un succès, Les Filles de l’aurore prendra néanmoins très vite une place importante dans la discographie du chanteur, au point d’en devenir l’un des incontournables.

Prélude à la sortie du nouvel album, Les Filles de l’aurore doit être suivi d’un disque de douze titres sur lesquels Sheller a déjà commencé à travailler. Il reprend avec lui principalement ses musiciens de tournée mais également son amie Catherine Lara (à qui il avait dédié le morceau La Toccatarte en 1978) qui s’illustre au violon. Mais, en plein enregistrement des morceaux, Philips, la maison de disque du chanteur, fait interrompre les séances de studio sous prétexte d’un nouveau concept marketing. En effet, les ventes de disques étant en berne, on décide de commercialiser des mini-albums de six titres pour réduire les coûts tout en imaginant qu’on pourrait en vendre plus. Extrêmement mécontent, Sheller s’indigne, fait tout pour retarder la sortie du disque qu’il défendra peu et qualifiera de « maquette ». Simplement sort tout de même en 1984 mais le public boude ce format incongru et l’album ne se vend pas. On y trouve pourtant, outre Les Filles de l’aurore, les singles Mon Dieu que j’l’aime, Simplement et sa face B Le Capitaine, encore une fois des incontournables de la discographie Sheller et des immanquables en concerts.

Pour faire passer sa frustration, il retourne en tournée et réserve l’Olympia du 11 au 16 septembre pour un spectacle seulement accompagné d’un quatuor à cordes belge. Une formule qu’il a voulu simple pour aller droit au but, lassé des gros concerts avec accumulation de sons et d’instruments. Ce sera l’occasion de jouer en live cinq des six morceaux de l’album Simplement (Maman est folle, Le Capitaine, Les Filles de l’aurore, Simplement et Mon Dieu que j’l’aime). La presse est unanime, le public attentif et les concerts à l’Olympia sont captés pour la parution d’un album live.

Preuve de son statut iconique, Les Filles de l’aurore est l’objet d’une reprise en 1995 par le groupe Charts qui en fait même un single.

L’album Simplement est réédité en CD en 2000 avant d’être inclus à l’intégrale de 2005, celle de 2016, le coffret L’essentiel des albums originaux en 2010 et de faire l’objet d’une parution digitale la même année, agrémenté de trois bonus.

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