Grace Jones – I’m Not Perfect (But I’m Perfect for You)

Flashback en 1986, année où Grace Jones sort son huitième album, Inside Story. La chanteuse est au sommet de sa popularité grâce à l’album et au tube Slave to the Rhythm sortis en 1985 et suivis d’un premier best of à la pochette culte, Island Life.

Véritable icône pop, Grace Jones commence sa carrière de chanteuse en 1975 et enchaîne trois albums disco jusqu’à la fin de la décennie 70 (on se souvient notamment de sa fameuse réinterprétation de La Vie en rose en 1977). Si les ventes de disques restent timides, la chanteuse s’assure toutefois un joli succès dans les discothèques américaines. La décennie 80 la voit s’associer à des créateurs d’avant-garde (Jean-Paul Goude, Keith Haring…), changer de producteurs et de maison de disques, tandis qu’elle fait quelques apparitions remarquées au cinéma (Conan le destructeur avec Schwarzenegger ou Dangereusement vôtre, le James Bond de 1985).

Sans être tout à fait une chanteuse populaire, Grace Jones marque les esprits par son travail esthétique exubérant et une imagerie identifiable qu’elle doit tout particulièrement à Jean-Paul Goude qui en fait l’une de ses muses.

Après des explorations funk, reggae, new wave et soul, Grace Jones s’oriente en 1986 vers un son plus commercial afin de répondre aux exigences de sa nouvelle maison de disques, Capitol, qui lui a longtemps couru après avec la promesse d’un joli chèque. Elle s’associe alors à Nile Rodgers (du groupe Chic) afin de produire avec lui (et non sans accrocs, leurs deux fortes personnalités ayant du mal à s’accorder) son nouvel album, Inside Story. Le producteur est alors très demandé, travaille énormément, et Jones regrettera sa précipitation et son manque de concentration. Elle avouera cependant être satisfaite du résultat, encore aujourd’hui. « Au moment de sa sortie, Inside Story, loin d’être dépassé, était en avance sur son temps, louchant du côté de Daft Punk plutôt que le regard tourné vers le Studio 54. »1 Mélangeant les genres comme à son habitude, l’album est résolument plus pop. Et c’est I’m Not Perfect (But I’m Perfect for You), qui est en charge d’en faire la promotion en tant que premier single. Un morceau inspiré par une rencontre avec Mick Jagger un jour qu’ils se retrouvent par hasard dans le même studio : « J’en avais eu l’idée au moment où Mick Jagger et moi flirtions ensemble (…) Mick et moi avons commencé à parler d’un sujet en particulier : celui des couples formés par deux célébrités. Nous avons alors débattu de cette obligation d’être aussi parfait en tant que partenaire qu’en tant qu’artiste. Nous avons eu l’idée d’en faire une chanson. »2 Au final, seule une phrase émergera de cette séance de travail : « I’m not perfect, but I’m perfect for you », qui deviendra le titre du morceau que Jones terminera pour son album avec Bruce Woolley (Video Killed the Radio Star, Slave to the Rhythm…)

Le titre pop-funk devient l’un des plus gros tubes de la chanteuse jamaïcaine. La 69e place de ce titre au Billboard US reste en effet son meilleur classement aux États-Unis. Le titre est surtout populaire en discothèques où il atteint la 4e place grâce à des remixes signés Nile Rodgers, Larry Levan (Duran Duran) et The Latin Rascals (Madonna, Pet Shop Boys…). En Europe, le single est un petit succès qui se classe dans le top 40 en Italie, Allemagne, Pays-Bas, Suisse et Belgique. En France, le titre ne décolle pas et les trois vrais succès de Grace Jones resteront La Vie en rose, I’ve Seen that Face Before (Libertango) et Slave to the Rhythm.

Mais une nouvelle fois Grace Jones frappe fort en termes de visuel et propose un clip dans lequel elle est affublée d’une gigantesque robe signée Keith Haring et dans lequel son ami Andy Warhol en personne fait une apparition. Comme très souvent avec la chanteuse, la création visuelle flirte avec le bizarre et l’étrange pour un résultat des plus convaincants. Pour la première fois, elle réalise elle-même son clip, avec l’aide de Keith Haring (qui réalisera sa partie séparément, à Paris), une expérience traumatisante tant la maison de disques émet des doutes sur les capacités de la chanteuse à prendre en charge le projet, au point d’en réduire drastiquement les délais de production.

Les trois autres singles extraits d’Inside Story et exploités par la suite ne remporteront pas le même succès et l’album n’obtiendra qu’un disque d’argent au Royaume-Uni. Inside Story marquera sans doute la discographie de Grace Jones comme son album le plus accessible.

Elle se fait par la suite plus rare, sort un album en 1989 puis plus rien jusqu’en 2008 ou son retour avec le formidable Hurricane lui assure des critiques élogieuses et un retour dans les charts.

A 64 ans, en juin 2012, elle est invitée au grand concert du jubilé de la reine d’Angleterre où elle vient chanter en live et en body Slave to the Rhythm tout en faisant tournoyer un hula hoop autour de sa taille pendant toute la durée de la prestation.

En 2021 on attend toujours le retour de l’icône qui a inspiré bon nombre d’artistes de la nouvelle génération…

1, 2 : Je n’écrirai jamais mes mémoires, Grace Jones, traduction Catherine Biros, éditions Seguier, 2016.

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