Marlène Jobert – C’est un éternel besoin d’amour

Dans les années 80, la comédienne Marlène Jobert décide de se faire plaisir et de se mettre à la chanson. Une envie, un désir, qui surviennent au moment du tournage du film Les Cavaliers de l’orage de Gérard Vergez en 1983, pour les besoins duquel elle enregistre une chanson, La Chanson de Marie, accompagnée par Roland Romanelli. « Je fus surprise en studio par la jubilation que j’avais éprouvée en interprétant la complainte en polonais que je chantais dans l’une de mes scènes. Au point que, comme beaucoup d’autres acteurs, j’eus envie, dans la foulée, d’oser un petit 45 tours. Juste un, pour voir, au moins une fois », écrit-elle dans Les Baisers du soleil en 2014. Il est vrai que Véronique Jannot, par exemple, a fait un tube de son J’ai fait l’amour avec la mer en 1982, épaulée par Pierre Bachelet, ou encore Isabelle Adjani qui, grâce à Serge Gainsbourg, est en train de cartonner avec son Pull marine. Il se trouve justement que pour se lancer en chanson, Marlène Jobert a près d’elle un pygmalion tout désigné, il s’agit de son beau-frère, Georges Lunghini. Ce dernier a déjà sorti quelques 45 tours sous le nom de Romain Ruer, puis Romain Ruel, ainsi que sous son vrai patronyme, et il composera quelques années plus tard les tubes de sa fille, Elsa. Photographe attitré de Marlène Jobert depuis plusieurs années, c’est naturellement qu’il lui propose ses compositions. « Travailler avec lui est formidable, mais il nous arrive de nous chamailler, comme un frère et une sœur », dira la comédienne à l’époque.

Pour ce premier disque qui va paraître chez RCA en 1984, Marlène Jobert choisit une composition co-signée par Lunghini et Michel Munz et sur le texte de laquelle elle apporte sa contribution. « À l’origine ce n’était pas prévu, mais les paroles qu’on me proposait ne me convenaient pas. Alors, j’ai essayé, et plus j’inventais des chansons, plus j’étais heureuse ». Les paroles de C’est un éternel besoin d’amour reposent sur une idée simple mais originale : une énumération de petites annonces de rencontres publiées dans les journaux. Un texte sur la solitude plaqué sur un slow langoureux arrangé par Jean-Claude Petit qui, à la grande surprise de son interprète, va devenir un tube. « Bien sûr, j’ai « ciblé » comme on dit, vers quelque chose d’a priori populaire et facile. Je n’ai pas voulu prendre de risque pour le premier, mais tout de même, 320 000 disques vendus en trois mois, c’est assez exceptionnel », commente-elle à la presse. Même si pour les ventes en France on tourne plutôt autour des 200 000 exemplaires1, le 45 tours fait son entrée au Top 50 début décembre 1984 et atteint la 12e place quinze jours plus tard. De quoi encourager une carrière qui aurait pu s’arrêter là.

Ne souhaitant pas faire les choses à moitié, Marlène décide de poursuivre dans la chanson en étant le plus sérieuse possible, à un moment où les tournages se font plus rares et où ses deux filles la réclament à la maison. Comme la tournée promotionnelle des télévisions pour C’est un éternel besoin d’amour ne lui a pas été des plus agréables, elle pense alors pour son deuxième 45 tours à tourner un clip, outil qui lui permettrait de faire connaître sa chanson sans trop se montrer dans les émissions en direct où son trac ne la lâche pas. Une occasion pour elle d’écrire le scenario et même de passer à la réalisation. Pour Je ne pense qu’à toi (les oiseaux chantent faux), elle part tourner en Sierra Leone où la misère dont elle est témoin va l’émouvoir considérablement, au point, quelques années plus tard, de la convaincre de quitter son métier.

Je ne pense qu’à toi va dépasser les 100 000 ventes2 et le disque suivant, Hey amore !, est un nouveau succès à l’été 1986 avec une 42e place au Top et un véritable engouement des radios québécoises. Un travail d’écriture moins évident pour elle cette-fois : « Hey amore m’a pris beaucoup de temps. Je voulais dire trop de choses, montrer la drague en Italie telle qu’elle est, mais avec humour. Oui, c’est vraiment du vécu. J’ai tourné plusieurs films en Italie. J’ai eu le temps d’observer… Le refrain en italien est rigolo et c’est tout à fait ça ! ». Avec trois succès à son actif il est temps de penser à un album, Tout pour se plaire, qui paraît peu de temps après accompagné du 45 tours éponyme : « Cela m’a demandé beaucoup d’énergie. J’écoute la musique composée par mon beau-frère, je m’imprègne de l’ambiance et je me laisse aller à l’inspiration. Il y a des accouchements douloureux et d’autres merveilleux ». Raymond Donnez, qui signe la majorité des arrangements de l’album, dira d’elle : « Marlène Jobert était perfectionniste et l’enregistrement au studio Guillaume Tell a duré longtemps »3. On lui parle de scène, mais Marlène répond qu’il lui faudrait au moins une vingtaine de chansons et qu’il faudrait qu’elle prenne des cours de chant…

En 1988 un 45 tours isolé, L’amour m’est tombé dessus, ne donnera pas de suite. Et si elle quitte les plateaux de cinéma à la fin de la décennie pour se concentrer encore un peu à la télévision dans les années 90, c’est une autre passion qui a pris le dessus, sur disque à nouveau, mais pour interpréter cette fois des contes pour enfants dont elle est l’auteure. Une carrière à succès qui continue encore aujourd’hui et dans laquelle elle dit s’épanouir pleinement.

1, 2 chiffres Top France 1984 et 1985
3 Les Arrangeurs de la chanson française, Serge Elhaïk, éditions Textuel, 2018

Un commentaire

  1. Avant cela, Marlène Jobert avait déjà fait une tentative discographique non négligeable en 1978, avec le 45 tours et le 33 tours « Marlène Jobert dit Prévert », enregistrés en 1977 juste quelques mois après le décès du poète en hommage, et sorti, par l’entremise d’Elsa qui a insisté malgré ses 5 ans seulement auprès du producteur Gérard Meys, chez Disques Meys au printemps 1978.

    Mais effectivement, Marlène n’y chante pas, mais y dit au total une bonne douzaine de poèmes de Jacques Prévert sur un fond musical intimiste. Peut-être est-ce cette première tentative discographique qui lui a donné envie de poursuivre en chantant cette fois, avant de revenir à l’enregistrement, à partir des années 90, en racontant des contes pour enfants, exercice se rapprochant plus de sa première tentative d’enregistrement des poèmes de Jacques Prévert.

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