INXS – Original Sin

En 1983, le groupe australien INXS est en pleine préparation de son quatrième album. Le succès des six garçons se borne pour l’instant au marché local, même si une percée aux États-Unis est en bonne voie suite aux efforts répétés de leurs managers Chris Murphy et Gary Grant. Ce nouveau disque doit leur permettre de passer à la vitesse supérieure, ils en sont tous convaincus, et la chance va se présenter sous la forme d’une rencontre avec le producteur du moment : Nile Rodgers.

INXS s’est embarqué dans une tournée nord-américaine lorsqu’un soir, alors qu’ils viennent de jouer en première partie de Men at Work, les garçons ont la surprise de voir débarquer dans leur loge le fameux Nile Rodgers qui vient les féliciter de leur performance devant une audience plutôt apathique. Stupéfaits, les six musiciens, qui sont de grands fans des productions de Chic, révèlent à Rodgers qu’ils ont pour habitude de s’échauffer sur un morceau tiré de son récent album solo, Adventures in the Land of the Good Groove, qui a pourtant fait un bide. Ils lui en donnent d’ailleurs immédiatement la preuve en entonnant sa chanson sur laquelle ils ont créé un nouvel arrangement vocal. Flatté autant qu’impressionné, Nile Rodgers leur laisse entendre qu’il faut qu’ils travaillent ensemble, une proposition que le groupe prend très au sérieux, y voyant bien entendu cette opportunité de collaborer avec celui qui pourrait faire décoller leur carrière. Rodgers vient en effet de produire le Let’s Dance de Bowie… Chris Murphy, le manager d’INXS, va littéralement harceler Rodgers au téléphone afin d’obtenir deux jours avec lui au studio Power Station de New York où il a ses habitudes. Rodgers est en train de travailler avec le groupe canadien Spoons et n’a que peu de temps à leur accorder, il demande donc à ce qu’on lui envoie en amont les maquettes sur lesquelles on souhaite qu’il pose sa patte. Michael Hutchence (le chanteur) et Andrew Farriss (le claviériste) ont justement un morceau rock dont ils sont assez satisfaits.

Le morceau s’appelle Original Sin, et le texte de Michael Hutchence se veut humaniste et manifestement antiraciste, mais sur suggestion de Rodgers, il va légèrement en modifier les paroles. « Les paroles originales étaient « Dream on white boy, Dream on white girl ». Je leur ai dit : Pourquoi ne pas changer en « black boy / white girl » ? Je suis issu d’un couple interracial et psychologiquement c’est une affirmation beaucoup plus forte », se rappelait Rodgers au journal Adelaide Now en 2012. Le nouveau texte posé, l’enregistrement du morceau peut commencer. Le groupe ne sait pas à quoi s’attendre des méthodes du producteur en studio et sont agréablement surpris de découvrir une personnalité enjouée, toujours prête à s’amuser, si bien que l’enregistrement d’Original Sin va se faire très naturellement, en live façon bœuf, et ne nécessitera que deux prises. Rodgers invitera même son ami et chanteur Daryl Hall (pour qui il vient de signer l’arrangement d’Adult Education) afin d’assurer les chœurs de la chanson en compagnie de Michael Hutchence. Avec Rodgers aux manettes et sa guitare en avant, Original Sin devient cet hymne impeccable, sexy et funky, prêt à partir à l’assaut de la planète.

Accompagné d’un clip tourné au Japon sous la direction de Yasuhiko Yamamoto, Original Sin propose une image forte et une mise en scène léchée où le groupe, de nuit dans une fête foraine, est encerclé par des bikers tandis que des camions défilent en arrière-plan. Le design et l’illustration de la pochette du single, commercialisé en Australie en décembre 1983, seront également confiés à une équipe japonaise. D’une durée de 5 mn 20 sur l’album à paraître, Original Sin est écourté à 3 mn 45 sur le 45 tours, tandis qu’une version longue est éditée en maxi, une « Dance Version » est réservée aux États-Unis et un « Dance Dub » à l’Australie.

Si INXS décroche son tout premier n°1 chez lui, en Australie, en février 1984, la promotion d’Original Sin aux États-Unis s’avère plus compliquée. En effet, Atlantic Records, qui distribue les disques du groupe en Amérique du Nord, ne voit pas d’un très bon œil cette chanson qui semble faire l’apologie des couples mixtes, sujet encore controversé… Après quelques tests en radios le résultat est sans appel, personne ne veut passer la chanson et le label ne commercialisera par Original Sin. Le succès viendra de France, où le morceau est accueilli avec grand enthousiasme, se classant n°1 dans les discothèques et dans les 10 meilleures ventes en mai 1984 pour un total dépassant les 300 000 copies. Chris Murphy, jamais à court d’idées, prendra comme argument la censure américaine et le côté sulfureux de la chanson pour en faire la promotion auprès de la maison de disques européenne, et de l’autre côté il fera pression sur le label américain, arguant que le single est un tube en Europe. Original Sin finira par entrer au Billboard en mai 1984, mais stagnera à une décevante 58e place…

En attendant, INXS planche sur le reste de son album The Swing qui sera enregistré au Royaume-Uni avec le réalisateur anglais Nick Launay, qui a travaillé notamment avec Kate Bush, Midnight Oil et Phil Collins. S’il sera n°1 en Australie et engendrera deux autres tubes (I Send a Message et Burn for You), il faudra réellement attendre 1987 et l’album Kick pour qu’INXS s’impose sur la scène internationale.

Un commentaire

Répondre à Nana Coubo Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s