Freddie Mercury – Love Kills

En 1984, le producteur et musicien italien Giorgio Moroder est sur le point de réaliser un vieux rêve : ressortir Metropolis, le chef d’œuvre cinématographique réalisé en 1925 et 1926 par Fritz Lang. Mal reçu à sa sortie, le film est rapidement amputé de nombreuses séquences et la version intégrale reste introuvable durant très longtemps. Lorsqu’il veut restaurer et coloriser le film, Moroder, qui entre-temps a retrouvé quelques bobines perdues, n’a plus qu’un montage de 83 minutes sur les 153 d’origine. Comme la musique originale de Gottfried Huppertz n’a jamais été enregistrée et avait seulement été jouée en direct une fois lors de la première du film en 1927, Moroder a l’idée de composer une musique moderne pour accompagner la ressortie.

Le père de la disco et de la musique électronique, à qui l’on doit notamment les premiers succès de Donna Summer, le Call Me de Blondie ou le thème de Midnight Express, s’attelle donc à cette entreprise avec son fidèle collaborateur Pete Belotte. Alors qu’il a composé un certain nombre de chansons pour accompagner le film, son idée est de les faire interpréter par des chanteurs pop du moment. Bonnie Tyler, Pat Benatar, Adam Ant ou encore Jon Anderson du groupe Yes sont invités à venir poser leurs voix. Mais il pense également à Freddie Mercury, dont il sait qu’il est, avec son groupe Queen, un habitué des studios Musicland qu’il a fondés au début des années 1970 à Munich. Si Moroder et Mercury n’ont encore jamais travaillé ensemble, ce dernier a souvent collaboré avec Reinhold Mack, l’ingénieur du son du studio qui a notamment co-produit l’album The Game de Queen.

C’est justement à Munich que les deux musiciens se rencontrent et que Moroder persuade Mercury de participer à son projet. Dans une interview à Classic Rock Magazine en 2014, Brian May, le guitariste de Queen, affirme que la chanson Love Kills leur a été envoyée par Giorgio Moroder mais que Freddie Mercury ne l’aimait pas vraiment et qu’il était décidé à refaire complètement le morceau. La chanson sera d’ailleurs travaillée dès les premières sessions en studio de Queen pour l’album The Works à l’été 1983, avec l’implication de tout le groupe. Brian May fournira un solo de guitare et John Deacon des guitares additionnelles, tandis que Roger Taylor programmera les percussions. L’idée était peut-être d’inclure Love Kills en tant que morceau de Queen sur la BO de Metropolis (et peut-être même de l’inclure à l’album The Works), mais les tractations avec Giorgio Moroder en décidèrent autrement. Le producteur aurait en effet souhaité que Love Kills apparaisse en tant que solo de Freddie Mercury et, alors que Queen désire inclure des images de Metropolis à son clip Radio Ga Ga dont Moroder détient les droits, un accord aurait été ainsi conclu pour contenter les desiderata de chaque partie.

La collaboration avec Mercury n’aura toutefois pas laissé un très grand souvenir à Giorgio Moroder. S’il reste admiratif du talent du musicien anglais, l’enregistrement ne s’avère pas simple : d’une part Moroder est intimidé devant le personnage et n’ose pas tellement imposer ses idées, et d’autre part Mercury surjoue son côté outrancier et a tendance à prendre de haut le producteur italien.

Finalement écarté des sessions de The Works, Freddie Mercury recommence à travailler sur Love Kills quelques mois plus tard afin de finir la chanson pour inclusion dans Metropolis. Il fera d’ailleurs écouter le résultat à Moroder par téléphone (celui-ci se trouve alors à Los Angeles) en utilisant deux lignes distinctes afin qu’il puisse entendre la chanson en stéréo. Mercury et Moroder seront crédités à la composition du morceau, et les deux mêmes plus Reinhold Mack à la réalisation.

Fusion du rock de Queen et de la musique électronique de Moroder, Love Kills offre au chanteur un nouvel écrin pour sa voix qui se pose avec aisance sur cet arrangement très Hi-NRG. Une nouvelle direction musicale qui ne fera pourtant pas l’unanimité en son temps.

Extrait de l’album du film, le premier single commercialisé sous le nom de Freddie Mercury est dans les bacs en septembre 1984 avec également une version longue éditée en maxi 45 tours. S’il décroche une jolie 10e place au Royaume-Uni, en Europe, à part une 9e place en Autriche, les résultats sont nettement moins glorieux. En France, on préfèrera un autre extrait de la bande originale, à savoir Here She Comes par Bonnie Tyler, qui se classe 32e au Top 50. Il faut dire aussi qu’au même moment, Queen cartonne avec I Want to Break Free.

Si le projet de Moroder sur les écrans est un flop critique, sa partition n’est pas plus épargnée et reçoit même une nomination comme pire bande-son originale et pire chanson pour Love Kills aux satiriques Razzie Awards. « Tout d’abord Metropolis a pris beaucoup trop de temps à se faire. Ça m’a pris environ un an rien que pour avoir les droits, pour trouver des séquences additionnelles. Entre le moment où j’ai enregistré les chansons et celui où elles sont sorties, elles étaient déjà datées. Je voulais refaire la chanson avec Freddy Mercury mais bon, comme ça avait déjà été compliqué de le convaincre de faire Love Kills… » commentera rétrospectivement Moroder à la Red Bull Music Academy en 2013.

Ce premier single en solo exercera pourtant une certaine fascination au fil des années, et fera revivre la légende Mercury en inspirant de nombreux remixeurs qui retravailleront la chanson à de nombreuses reprises pour des compilations ou des projets autour de Queen ou de son chanteur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s