Julie Pietri – Salammbô

Julie Pietri Salammbo Pop Music Deluxe

Après avoir vendu plus d’1,5 millions de disques entre 1986 et 1988, Julie Pietri (qui s’est fait connaître en tant que Julie avant de revenir à son patronyme depuis Eve lève-toi) s’apprête à attaquer la fin de la décennie 80 avec l’album dont elle rêve. « L’idée c’était de continuer à évoluer après Le Premier Jour, et la suite logique pour moi c’était d’aller encore plus loin. J’avais des envies artistiques, envie de travailler avec des gens qui comptent dans la musique que j’aimais. Je me suis mise à travailler avec Daran, avec Serge Guirao, des gens dont l’univers me plaisait à l’époque, c’était une évolution artistique très naturelle pour moi. » En position de force face à sa maison de disques, la chanteuse a l’ambition d’un album différent, avec des sonorités plus rock et surtout un concept : « Cet album je l’ai imaginé comme une musique de film. J’ai toujours été très férue de cinéma et j’ai toujours aimé les musiques de films, Ennio Morricone, les musiques de films de Viconti… C’était comme si je faisais la bande musicale d’un long métrage, je l’ai vraiment conçu comme ça. Dedans il y avait des références relativement cinématographiques, je me suis fait plaisir. C’est une référence pour moi cet album, je suis fière d’être allée jusque-là. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour mon métier et j’avais envie de le conduire jusqu’au bout de mes désirs. » Sorte d’opéra-rock, l’album intitulé La Légende des Madones offre des morceaux plus narratifs qu’à l’accoutumée, et fait bien évidemment la part belle à la Femme.

Dans les bacs au printemps 1989, il est accompagné d’un premier extrait, Salammbô, choisi par la chanteuse. « Pour moi c’était déjà ma chanson préférée. A partir du moment où je suis devenue Julie Pietri, c’est toujours moi qui ai choisi les singles. J’ai adoré sortir Nuit sans issue par exemple, même si ça n’a pas marché, parce que c’était un très beau morceau, légèrement jazz, je le revendique toujours. » Salammbô est composé par le chanteur Serge Guirao et son complice Jean Mora. « A l’époque de mon Olympia 87, j’écoutais tous les disques pour trouver des idées, inviter des gens sur scène, et il y a trois personnes que j’ai essayé de promouvoir. La première, celle qui faisait mon lever de rideau et qui a prouvé qu’elle avait un talent fou, c’est Patricia Kaas. Ensuite, il y avait deux artistes dans la même maison de production que moi : Eric Morena, ça c’était le moment un peu drôle et fou du spectacle, et Serge Guirao, dont j’avais entendu parler et dont j’aimais beaucoup le titre Devine. Je trouvais que ce type avait un talent fou et je l’ai invité aussi à l’Olympia. Je lui ai dit :  »A un moment donné il va falloir que je travaille avec toi. Compose-moi quelque chose qui serait la suite encore plus moderne d’Eve parce que je vais tenter un concept-album qui parle en général des femmes, mon thème de prédilection ». Pour Salammbô, j’avais envie d’écrire un morceau sur la difficulté des femmes à exister et qui pourtant continuent à chanter et à rassembler. La musique était vraiment géniale. »

L’héroïne de Flaubert devient le nouvel emblème de Julie Pietri : « C’est grâce à quelqu’un qui m’avait offert un bouquin qu’il avait acheté aux puces, et que j’ai toujours sous les yeux d’ailleurs, un très beau livre relié qui s’appelle Salammbô. Je trouvais le bouquin tellement beau, ce prénom tellement fou, tout en faisant quand même très oriental, on n’était pas loin de tout ce que j’aimais. Je savais bien que les gens ne savaient pas ce que c’était mais pour moi ça sonnait, c’est comme un cri de ralliement Salammbô. Donc on s’est mis au travail sur le texte et ça a donné une chanson qui est peut-être ma préférée de toute ma carrière ». Salammbô, un nouvel hymne féministe ? « Pourquoi faut-il que la légende des femmes porte en elle le feu du ciel ? » se questionne Julie Pietri dans sa chanson : « Je voulais parler du fait que les nanas se trimballent un sacré problème avec le patriarcat, commente-elle en éclatant de rire.  »Salammbô chante un monde ensemble, Salam aux femmes qui lui ressemble », évidemment c’est très rentre-dedans, les fans de base ont eu un peu de mal à suivre, parce que je parlais beaucoup et plus ouvertement de la difficulté de vivre des femmes orientales, je ne pouvais pas être plus claire. J’avais déjà bien commencé à défricher le terrain avec Eve, ça faisait partie de mes opinions d’artiste. Tant pis si on ne s’en aperçoit pas. Peut-être que si un mec l’avait fait on en aurait plus parler ».

Salammbô, morceau épique de près de six minutes qui ouvre l’album, réalisé par Antoine Essertier (qui travaille aujourd’hui avec Vianney), avec sa basse funk et ses chœurs orientalisants, paraît en 45 tours dans une version raccourcie à 4 mn 30 avec en face B , le titre qui referme La Légende des Madones. Une version longue réalisée par Thierry Rogen et Frédérick Rousseau est éditée en maxi et un autre remix plus court est envoyé exclusivement aux radios. Pour le clip, Julie Pietri part tourner au Portugal sous la direction de Léon Desdozeaux : « Probablement à cause de l’impression d’immensité et de la sauvagerie de certaines côtes. On retrouvait dans ces paysages qu’on a traversés à la fois la solitude et la liberté de la femme. Souvent je suis seule dans le clip, c’est assez mystique, j’erre comme pour trouver mon chemin et c’est là toute l’idée de la Femme, qui continue seule son chemin jusqu’à trouver le Graal. C’est ce que j’aime dans ce clip qui est un peu habité, il faut le dire. A la fin je suis devant un autel avec des bougies et je trouve le Graal. C’est la recherche pour la Femme : la liberté c’est le Graal. C’était ça l’idée de ce clip ».

Julie Pietri Salammbo 2020 Pop Music Deluxe

Mais à sa sortie, si l’album La Légendes des Madones va se classer au Top, ce ne sera pas le cas de Salammbô. « Je n’ai pas eu le temps de bien le défendre parce que je suis tombée enceinte. Je n’ai pas pu faire autant de promo que je l’aurais voulu. Mais aujourd’hui on se retrouve avec ce morceau et ça me permet de rattraper un peu le temps sans pour autant renier le plaisir d’avoir eu mon grand bébé de 28 ans ». Car en effet, à l’été 2020, Salammbô s’offre une nouvelle vie. « C’est un DJ qui m’a proposé d’en faire un remix. Moi j’aime reproduire mes chansons, ça ne m’intéresse par les vieux sons de synthés ou de fausses batteries, j’adore la musique de maintenant. Et comme pour ma dernière scène on avait refait Salammbô avec mon arrangeur et que je l’avais rechantée, on a trouvé que ça sonnait vraiment bien, et on a passé les nouvelles voix à ce DJ qui est parti sur son délire que je trouve très efficace, c’est très Ibiza. Tous à Ibiza ! (rires) Lui donner une deuxième vie aujourd’hui c’est un peu sa revanche à ce morceau. C’est un morceau de fonds qu’on retrouve à chaque concert. C’est mon morceau fétiche, je l’adore. C’est un appel à la vie, à la vie des femmes, il faut qu’on renaisse ! »

Propos recueillis le 8 juillet 2020

Salammbô (Version 2020) est en téléchargement sur les plateformes et disponible en CD maxi 3 titres sur la boutique de Julie Pietri.

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