Chanteuse des 80’s : Wallis Franken

Curieux destin que celui de Wallis Franken. La jolie Américaine qui nous susurrait d’étranges affaires au milieu des années 80 a tout d’abord été mannequin. C’est d’ailleurs peu de temps après son tragique décès en 1996 que le fameux magazine de mode américain Vanity Fair lui consacre un reportage de fond, s’interrogeant sur les raisons de sa mort par défenestration et revenant en détail sur sa trajectoire aussi flamboyante que destructrice. Le commerce de la mode est le milieu professionnel familial dans lequel elle grandit, un certain luxe qui n’ira qu’en s’amenuisant au fil des années. À 16 ans, elle devient mannequin pour l’agence Ford et à 18, alors qu’on l’envoie en Grèce pour un contrat, elle décide de passer par Paris sur le chemin du retour et, conquise par la Ville Lumière et ses habitants, décide de s’y installer. Le caractère avenant et le charme de Wallis ne tardent pas à faire d’elle l’une des coqueluches du moment, repérée, entre autres, par Régine qui en fait l’une des figures de proue de sa discothèque. Tout est léger alors et rien ne porte à conséquence pour la très jeune femme qui s’immerge dans un univers d’apparence dont elle ne soupçonne pas encore les revers.

En 1969, elle fréquente l’un des musiciens du groupe Les Irrésistibles, une bande de quatre Américains qui vient de cartonner avec My Year is a Day, un morceau composé par le tout jeune William Sheller et qui se vend à plus de 300 000 exemplaires. Avec l’aide de son petit ami, Wallis signe son premier contrat discographique chez CBS (qui représente également Les Irrésistibles) et se lance dans la chanson avec deux 45 tours qui paraissent en 1969 et dont trois des quatre morceaux sont composés par William Sheller. Armée d’un joli filet de voix et de compositions charmantes, Wallis fait ses premières apparitions à la télévision française et belge, et participe même au Festival de Lugano en Suisse le 18 avril 1969, sans rencontrer toutefois le succès.

Les années 70, elle les passe avec Philippe de Henning, un pilote avec qui elle mènera une vie d’insouciance et de bohème, durant laquelle elle devient plusieurs fois maman mais perd également un enfant en bas âge. Parallèlement, sa carrière de mannequin monte en flèche et atteint son apogée en 1978 où elle défile notamment pour Chanel. Elle rencontre le couturier Claude Montana, figure montante des années 80 et notoirement gay, dont elle tombe amoureuse et devient la muse. La relation est passionnelle, faite d’excès, de jalousie et d’emprise dominatrice. Wallis renonce au mannequinat, essentiellement parce que Montana ne supporte pas de la voir travailler avec d’autres, et se retrouve parfois dans une situation financière précaire. Son retour à la chanson, elle le doit pourtant à l’une des collaboratrices de Claude Montana, la styliste Martine Perthus, dont le petit frère Philippe vient de monter un groupe, Interview, et cherche une chanteuse. « On était très funk, donc ce qu’on faisait c’était très funk et jazz. Parce que Wallis elle était très jazz au départ, elle aurait très bien pu être une grande chanteuse de jazz. Elle avait une voix… tous les standards de jazz, elle les connaissait », se souvient-il dans Une histoire du rap en France de Karim Hammou. La seule chanson du groupe qui retient l’attention d’une maison de disques est Salut les salauds, sans doute aussi grâce à la présence du célèbre mannequin qui en assure les voix. Le morceau funky aux couplets rappés sort tout d’abord chez RCA en 1982 mais dans une version passablement censurée et renommée Salut…!, avant de revenir chez CBS l’année suivante, après un passage par la Belgique, dans une version remixée et avec son appellation d’origine qui connaît cette fois un joli succès en discothèques au printemps 1983. L’aventure discographique d’Interview s’arrêtera là pour l’instant, mais pas celle de Wallis qui, avec l’aide d’un des producteurs d’Interview, signe chez WEA en 1984.

À cette époque, le musicien anglais Mike Oldfield opère son grand retour avec une série de tubes : Moonlight Shadow (500 000 ventes en 1983) et To France (200 000 ventes en 1984). Un filon que vont exploiter Jean-François Fréret et Louis Deprestige en réalisant une nouvelle version du morceau Foreign Affair qui figurait sur Crises, l’album de 83 d’Oldfield. La chanson a la mélodie synthétique hypnotisante est co-écrite et chantée, dans sa version originale, par Maggie Reilly, vocaliste des deux tubes déjà cités. Du texte original, nébuleuse rêverie voyageuse, Guy Floriant (auteur pour Gilbert Montagné, Martin Circus, Dani ou Marie Laforêt) tire une prose en français plus oppressante, évoquant les déboires d’une jeune fille manifestement en proie à un réseau de proxénétisme (à moins qu’il ne s’agisse là aussi que d’imagination) sans se départir du parfum de mystère que suggère la mélodie originale. L’ancienne mannequin en est l’interprète idéale et Étrange affaire sort en 45 tours avec un mix instrumental en face B. Le maxi 45 tours propose un contenu totalement différent avec la version longue d’Étrange affaire, la version en anglais, Foreign Affair, ainsi qu’un titre plus rock, Helico radio, dont Wallis co-signe le texte et sur lequel on peut notamment entendre aux chœurs le jeune et encore inconnu Philippe Russo.

Étrange affaire est bien accueilli et Wallis Franken fait le tour des télévisions (L’Académie des 9, Platine 45, La Belle Vie, Anagram…) tandis qu’un clip en noir et blanc est également diffusé. Si la chanson reçoit de bonnes diffusions au printemps 1985, ce n’est toutefois pas suffisant pour pénétrer le fameux Top 50 et la carrière de Wallis Franken dans la chanson en restera là. La même année, on l’aperçoit dans le documentaire Mode in France, puis dans le film Jeux d’artifices en 1987 et elle est ensuite au casting, seins nus, du sulfureux clip de Madonna Justify My Love en 1990. Son mariage en 1993 avec Claude Montana surprendra son entourage qui évoquera des violences psychologiques et même physiques après qu’on l’ait retrouvée morte sur le pavé de la cour de leur domicile parisien. L’affaire sera classée comme suicide. En 2017, Mathieu Rosaz lui rend hommage sur disque et sur scène avec une très jolie reprise d’Étrange affaire.

Un commentaire

  1. Un 45t que j’avais acheté sans savoir que c’était l’adaptation d’un récent morceau de Mike Oldfield. Je trouvais l’atmosphère mystérieuse et exotique à souhait et ça me faisait aussi penser que la jeune femme était agent secret infiltrée dans un film d’espionnage.
    Je ne connaissais pas l’histoire de la chanteuse-mannequin et qu’il y avait eu un précédent sur vinyle pour elle. Mais je me sens moins seul puisque sur le site « Encyclopédisque », on ne semble pas non plus avoir encore fait le rapprochement entre « Wallis », « Wallis Franken » et « Interview »…
    Bien triste destinée pour cette jolie dame.

    Merci PMD !

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