Sting – Russians

À l’instar de l’hymne pacifiste 99 Luftballons de Nena paru en 1983, les artistes des années 80 se sont souvent inspirés du climat politique de leur époque. La Guerre froide en est l’un des sujets récurrents et devient le thème principal d’un single de Sting paru en 1985 : Russians.

Fraîchement séparé de son groupe The Police l’année précédente, le chanteur et musicien anglais s’était déjà laissé aller à quelques incartades en solo avant de se lancer dans l’aventure d’un premier album sous son propre pseudonyme. Il écrit et compose seul le disque The Dream of the Blue Turtles qu’il enregistre de 1984 à 1985 entre La Barbade et Québec. Les trois premiers 45 tours extraits sont des succès mais essentiellement aux États-Unis (If You Love Somebody Set Them Free, Love Is the Seventh Wave et Fortress Around Your Heart) tandis qu’en Europe il faudra attendre le quatrième single*, Russians, pour emporter l’adhésion.

Une chanson que Sting ne manque pas de replacer dans son contexte lorsqu’il l’interprète en concert et qui lui a été inspirée par quelques virées nocturnes new-yorkaises. Un ami du chanteur avait à l’époque réussi à pirater le signal satellite d’émissions télé russes et les deux hommes s’amusaient alors à regarder en pleine nuit les programmes destinés aux enfants qui correspondaient là-bas à la programmation matinale. Frappé par l’innocence et la beauté de ces émissions, Sting s’étonne du paradoxe entre le discours politique américain, qui semble donner des Russes une image erronée, et ce qu’il capte à la télévision et qui met en évidence l’amour que ce peuple porte à ses enfants. Un constat qu’il reconnaît lui-même comme un peu simpliste mais qu’il a tout de même envie de défendre, notamment dans un monde où il est obligé de répondre à son fils que « oui, il existe bien une bombe qui peut faire sauter la planète » (le jouet mortel d’Oppenheimer auquel il fait référence dans son texte). « Dire que les Russes aussi aiment leurs enfants est une affirmation assez ridicule. Et pourtant ça ne l’est pas. C’est le monde qui est ridicule. Ce qu’on devrait me demander c’est : « Pourquoi est-ce que tu écris des conneries pareilles ? C’est comme de dire que les gens respirent ». Mais à la place on me dit : « Mon dieu, cette chanson est tellement profonde, tu as trouvé les mots ». Peut-être que oui, mais c’est bien dommage… », déclare le musicien au magazine NME.

Empruntant symboliquement à Prokofiev un extrait de la suite Lieutenant Kijé, le chanteur accouche d’une composition poignante au texte qui dénonce la bêtise des deux camps. Il souhaite enregistrer son morceau en Russie avec un orchestre symphonique mais la lenteur de la procédure administrative l’en dissuade.

Russians sort en 45 tours en novembre 1985 et, puisque la période des fêtes approche, Sting enregistre spécialement pour la face B sa version de Gabriel’s Message, un chant de Noël traditionnel basque évoquant l’Annonciation qu’il reprendra en 2009 sur son album If on a Winter’s Night… Sur le maxi 45 tours, pas de version longue de Russians mais un live d’I Burn for You, chanson de The Police pour la BO du film Brimstone & Treacle en 1982, enregistré par Sting à Paris en 1985 et extrait de son futur album live à paraître l’année suivante.

Russians est sublimement mis en images par Jean-Baptiste Mondino qui réalise un clip en noir et blanc jouant sur les ombres et les cadrages et qui s’imprègne, comme souvent chez le réalisateur, d’influences piochées dans l’expressionnisme allemand. Une esthétique qui n’est sans doute pas pour rien dans le succès de la chanson dont le clip est multi-diffusé.

Si Russians atteint la 12e place des classements anglais et la 16e aux États-Unis, c’est en France qu’il connaît son plus gros succès. Entré au Top 50 en janvier 1986, il restera scotché à la 2e place pendant trois semaines au mois de mars et sera récompensé d’un disque d’or pour plus de 500 000 copies vendues.

On notera quelques différences de pochettes selon les pays. Deux clichés différents signés Anton Corbijn seront utilisés : au Royaume-Uni et aux États-Unis on opte pour un portrait du chanteur en costume devant un escalier tandis qu’en France et en Allemagne c’est un portrait plus naturel de Sting emmitouflé dans un gros pull et posant devant une statue.

Peu interprété sur scène, Russians est au programme de la tournée qui suit l’album The Dream of the Blue Turtles et qui sera éditée plus tard en DVD. On retrouve la chanson également en 2010 au programme d’un live symphonique à Berlin qui paraît en CD/DVD en 2010.

*troisième dans certains pays, et deuxième en France.

2 commentaires

  1. Ce n’est pas ma chanson préférée de Sting, j’avais surtout acheté l’album pour « If you love somebody set them free », qui, en single, a quand même bien dû passer 3 mois dans le Top 50 sans atteindre les scores de « Russians », certes, mais qui peut quand même être considéré comme un succès, non ? D’ailleurs, je n’ai pas l’impression que les singles soient sortis chez nous dans le même ordre qu’aux États Unis. Dans mes souvenirs, ce « Russians », était le 2e extrait de l’album paru en France après « If you love somebody… », « Love is the seventh wave », le 3e et « Moon over Bourbon Street (mon morceau préféré du LP) le 4e. Je n’ai pas le souvenir que « Fortress around your heart » ait fait l’objet d’un single paru en France mais je peux sûrement me tromper….

    C’est marrant la différence de perceptions d’un cliché, parce que perso, je trouve Sting beaucoup plus naturel en costard sur la pochette anglo-américaine que sur la pochette française où je trouve la pose beaucoup plus « calculée »… à moins que ce soit sur un plan purement vestimentaire et que c’est le pull coll roulé qui vous parait plus naturel que le costume noir plus strict… 😉

    Merci PMD !

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    • En effet, l’ordre des singles a varié selon les pays : le Royaume-Uni a suivi l’ordre américain (« Russians » en 4e puis « Moon Over » en 5e) mais en Europe continentale « Russians » est sorti en 3e, avant « Fortress », sauf en France où c’était le 2e single.

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