Matt Bianco – Yeh Yeh

À la fin de l’exploitation de son premier album en 1985, rien ne va déjà plus au sein du groupe anglais Matt Bianco. La joyeuse fusion latino-jazz-pop de la formation a pourtant enchanté l’Europe dès ses débuts en 1984 avec une poignée de tubes (Get Out of Your Lazy Bed, Whose Sides Are You On, More Than I Can Bear…) et un album certifié platine en France. Mais la chanteuse Basia et son petit-ami, le claviériste Danny White, ont des projets et de l’ambition, jouer les choristes au sein d’un groupe n’est pas vraiment dans les plans de la vocaliste qui se lance alors en solo et avec succès (en tout cas dans un premier temps en France) en 1986. Du trio ne reste plus que le chanteur principal, Mark Reilly, qui, tout bien réfléchi, se décide à continuer l’aventure en conservant le nom de Matt Bianco afin de capitaliser sur sa popularité fraîchement acquise.

Avec Phil Harding, l’ingénieur du son de son premier album, il vient d’enregistrer une chanson pour la bande originale du film The Supergrass. Parmi les musiciens de studio recrutés pour l’enregistrement se trouve un certain Mark Fisher aux claviers, qui a récemment joué sur les concerts de Wham! et Womack & Womack. L’entente est telle entre Reilly et Fisher que ce dernier se voit très vite embarqué dans l’aventure Matt Bianco jusqu’à devenir l’un des piliers du groupe, au même titre que Mark Reilly, dès le deuxième album.

Mais la mise en place d’une nouvelle équipe et la production d’un album prennent du temps et, afin de ne pas disparaître trop longtemps des radars, Mark Reilly et Phil Harding se concentrent d’abord sur la sortie d’un single. Faute de temps, le choix se porte sur une reprise, le standard R&B Yeh, Yeh popularisé par Georgie Fame and the Blue Flames, un n°1 au Royaume-Uni en 1965. Le choix est malin, tant la mélodie est déjà gravée dans l’inconscient, mais peut paraître facile, et il est important de soigner la production du titre. Mark Reilly et Phil Harding se partagent donc le travail et refont appel à des musiciens renommés déjà crédités sur le premier album comme Ronnie Ross au saxo et Robin Jones à la trompette. Aux chœurs on trouve une petite nouvelle, Jenni Evans, qui va devenir, le temps du deuxième album, la voix féminine du groupe en remplacement de Basia. Contractuellement, la période est assez compliquée pour Phil Harding qui, d’ingénieur du son attitré des Marquee Studios où est enregistré le nouveau single et une partie du nouvel album, vient de se faire débaucher par Pete Waterman (pour qui il a déjà enregistré et mixé le tube You Spin Me Round de Dead or Alive et les succès de Divine et Hazell Dean) qui l’emmène avec lui fonder les studios PWL à Londres. Un accord est donc passé avec le Marquee pour qu’Harding puisse y continuer les enregistrements de Matt Bianco qu’il mixera ensuite chez PWL.

Une fois la production de Yeh Yeh achevée (avec Smooth, une composition de Mark Reilly en face B), la pochette du 45 tours, sur laquelle le nouveau groupe n’apparaît pas, est confiée à un illustrateur qui commet une faute sur le titre (on y lit Yeah Yeah), obligeant la maison de disques à un repressage. En septembre 1985 à la sortie du disque (et six mois avant l’arrivée du second album), la nouvelle identité du groupe reste pour le moment invisible, d’autant plus que le dos de la pochette fait encore la promotion du premier 33 tours. Mais avec l’arrivée du clip, impossible de se cacher plus longtemps, et c’est un Mark Reilly dédoublé que l’on voit apparaître sur le petit écran, entouré de ses musiciens.

Passées les premières interviews où il faut bien évidemment faire le point sur la situation, l’efficacité du morceau aux couleurs estivales et dansantes prend bien vite le pas sur les récentes dissensions et Yeh Yeh devient à ce moment-là le plus gros succès de Matt Bianco au Royaume-Uni avec une 13e place dans les charts. En France, sur 14 semaines de classement, la 22e position est atteinte en février 1986 avec plus de 80 000 ventes au compteur, tandis que le disque est également un joli succès club (l’album fera mieux avec une 11e place début mai et un disque d’or à la clé). Sur le maxi 45 tours, les deux faces bénéficient d’une version longue : un Dance mix pour Yeh Yeh (c’est d’ailleurs cette version qui sera intégrée au deuxième album) et un Extra Smooth pour la face B.

Just Can’t Stand It et Dancing In The Street, les deux singles suivants, ne connaîtront pas le même succès. Mais de retour en 1988 avec un troisième album, Indigo, partiellement produit par Emilio Estefan (Miami Sound Machine), Matt Bianco connaît son plus gros succès outre-Manche avec Don’t Blame It On That Girl.

Mark Reilly et Mark Fisher continuent de produire des albums au succès plus confidentiel pour Matt Bianco tout au long des années 90 et 2000 (avec même un retour de Basia et Danny White sur l’album de 2004). Après le décès de Mark Fisher en 2016, Mark Reilly continue seul le projet et sort en 2017 l’album Gravity aux couleurs désormais beaucoup plus jazz que pop, puis High Anxiety avec le groupe hollandais New Cool Collective en 2020.

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