
Parmi les très nombreuses productions qui ont envahi les disquaires dans les années 80, elles ont eu la chance elles aussi de sortir un disque ! Passant parfois très près du tube, elles sont toutefois restées confinées à un succès d’estime, même si certaines d’entre elles ont pu traverser la décennie (à l’époque, les maisons de disques étaient souvent moins frileuses à penser une carrière sur le long terme).
Certains de leurs refrains sont peut-être encore enfouis au fond de votre mémoire aujourd’hui, et nous, on garde beaucoup de tendresse pour ces chanteuses qu’on ne se lasse pas de redécouvrir et dont vous retrouverez régulièrement les portraits dans cette rubrique.
Elizabeth Grosz
Elizabeth Grosz se forme à la comédie aux Cours Simon à Paris et décroche quelques rôles dans des films en 1984. On la voit dans l’Ave Maria de Jacques Richard et dans la comédie américaine Cheech & Chong’s The Corsican Brothers dont l’intrigue se déroule à Paris. Par hasard, quelqu’un la remarque dans un restaurant et lui propose de passer des essais pour un film d’Helvio Soto et c’est ainsi qu’elle part tourner en Espagne un film en anglais, Mon ami Washington, dont elle est le premier rôle féminin. Elle intègre également une agence de mannequins fondée par Marilyn Gauthier qui l’envoie aux États-Unis. Là-bas, elle pose pour Helmut Newton et Bruce Weber et on la retrouve en pleine page dans le magazine Interview d’Andy Warhol puis en couverture de L’Officiel en 1986.
À Paris, elle retrouve sa camarade Caroline Loeb, elle aussi comédienne : « On a galéré un petit peu toutes les deux. Elle m’a fait écouter C’est la ouate avant sa sortie dans un petit bistro, et je lui ai dit que je trouvais ça vraiment bien. J’ai tout de suite trouvé qu’elle avait un grand talent d’écriture, beaucoup de simplicité et de pudeur », dira Elizabeth. Alors lorsque l’opportunité d’un premier disque se profile en 1987 et que Caroline Loeb cartonne avec C’est la ouate, c’est tout naturellement qu’Elizabeth lui demande de lui écrire un texte. « Moi j’avais envie de chanter mais je ne pensais pas en être capable ». Encouragée par ses agents, elle se lance avec le chanteur et bassiste Philippe Panchione qui compose et réalise ce premier essai. « J’ai pris le Paris-Vintimille, Un train qui va, Un train qui vrille, J’avale mon whisky camomille, C’est pas une boisson pour les filles », le premier titre s’appelle Victime des sens et Caroline Loeb lui offre avec Pierre Grillet un texte malicieux et impertinent sur une musique synthpop plutôt efficace. L’apprentie chanteuse s’en sort bien vocalement et le 45 tours sort fin 1987 (en reprenant la photo d’Interview pour la pochette) au moment où huit pages lui sont consacrées dans Playboy avec des photos de Bettina Rheims.
Elle défend son disque en télé, de TF1 aux antennes régionales de FR3 en début d’année 1988, où on lui parle régulièrement de cinéma. « Je suis plus heureuse dans la chanson et avec les musiciens. Au cinéma, il y a souvent peu de rôles pour les filles qui sont souvent des potiches alors que dans la chanson on peut plus s’exprimer. Il y a un travail d’équipe, l’équipe est plus petite, c’est pas un plateau de cinéma », répond-elle.
Victime des sens permet à Elizabeth de se faire remarquer, mais pas de pénétrer le Top 50. Alors, l’année suivante, elle signe chez CBS et change d’équipe. Elle travaille désormais avec Vincent Bruley à qui l’on doit notamment le récent succès européen d’Etienne composé pour Guesch Patti. Elizabeth est de retour à la rentrée 89 avec L’envers de l’endroit dont l’esprit justement n’est pas si éloigné d’Etienne. Guitares électriques, texte sulfureux, mélodie fredonnée et parfois criée, les deux chansons ont une énergie commune. Et si À l’envers à l’endroit de Karen Cheryl, pourtant bien plus innocent, avait fait couler de l’encre en 1987, que dire du texte de L’envers de l’endroit qui laisse peu de place à l’imagination ? « Attiré vers tout ce qui te plaît, Ton briquet rouge sang s’est allumé, Oh vas-y, prends ton pied »… On note que le texte est écrit par la chanteuse et que la face B s’intitule Oh ! Caresse-moi.
Le single bénéficie d’une photo de Marianne Rosenstiehl et de deux maxis 45 tours avec des remixes des Anglais Pete Schwier et Jay Burnett qui ont tous les deux travaillé, notamment, pour Kim Wilde. CBS mise sur un album complet et ce sont onze chansons qui sont enregistrées en reprenant le titre et la photo du 45 tours.
En 1990 un deuxième titre, Assez folle, en est extrait, continuant d’explorer le même univers, sensuel et déjanté. « La sensualité n’est pas la vulgarité » déclare la chanteuse qui explique que sa chanson parle de la complicité sexuelle dans le couple. « Je pense qu’il faut avoir aussi un peu d’humour par rapport à tout ça, c’est pas grave. La violence me choque beaucoup plus. » Assez folle obtient de bons passages en radios (sur Metropolys notamment), mais le succès n’est encore une fois pas vraiment au rendez-vous, scellant ainsi la fin de la carrière de chanteuse d’Elizabeth Grosz.
À lire dans notre série « Chanteuses des 80’s » :
J’adore le titre L’ENVERS DE L’ENDROIT depuis peu seulement car à l’époque je ne l’avais pas entendu sur les radios, les versions MAXI sont superbement remixées. Merci pour cette rubrique qui nous permet d’en savoir plus sur ces chanteuses qui n’ont pas réussi à percer. Bravo pour votre excellent travail ! Un livre avec tous vos articles et anecdotes serait une là aussi une excellente idée (dans le style du livre FRANCE GALL – L’intégrale – l’histoire de tous ses disques).
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Merci beaucoup de vos messages et de votre soutien !
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