Viktor Lazlo – Breathless

Sonia Dronier naît à Lorient en France mais sa famille s’installe peu de temps après à Mol en Belgique où elle grandit avant de poursuivre des études d’architecte d’intérieur et d’histoire de l’art à Bruxelles. Mannequin chez Model Team, elle travaille pour Thierry Mugler et Chantal Thomass. Lou Deprijck (producteur de Plastic Bertrand et fondateur du groupe Lou and the Hollywood Bananas) la repère un soir au Mirano, boîte de nuit bruxelloise, et l’engage pour faire des chœurs sur son 45t Casanova en 1983. Séduit par la voix sensuelle et veloutée de la jeune femme, il prend sa carrière en main. La même année, elle dévoile ses charmes dans le fameux clip Cargo d’Axel Bauer mais sans montrer son visage. Alain Chamfort lui écrit ensuite son premier 45t, Backdoor Man, pour la bande originale du film À mort l’arbitre de Jean-Pierre Mocky. Sonia adopte pour l’occasion le nom de scène de Viktor Lazlo, hommage à l’un des personnages masculins du film Casablanca.

Plusieurs 45t paraissent chez Vogue en Belgique et CBS en France mais c’est véritablement sa signature chez Polydor France qui va lancer sa carrière de chanteuse. Dans un registre variété-jazz dans lequel elle distille grâce et glamour, elle obtient de jolis succès avec Canoë rose (au texte de Boris Bergman) et Pleurer des rivières (adaptation du classique Cry Me a River) en 86 et 87 alors que son premier album She se vend bien en Allemagne et au Japon où elle part en tournée.

Son deuxième disque en 1987 est celui de toutes les attentes. Enregistré entre la Belgique, l’Espagne, les États-Unis et les Bahamas (dans les fameux Compass Point Studios), l’album Viktor Lazlo est commercialisé au printemps précédé par le single Breathless. La chanteuse a elle-même écrit ce morceau jazzy en compagnie de Phil Allaert (qui travaillera plus tard pour le groupe Vaya con dios), dans lequel elle décrit une histoire d’amour passionnée et sensuelle.

L’enregistrement a lieu au studio Sheika à Hollywood avec le chanteur soul américain James Ingram en invité de marque dans les chœurs. Avec son intro au saxo qui instaure l’ambiance dès les premières notes, Breathless va avoir la chance de connaître un lancement en grandes pompes lors d’une émission télévisée retransmise en direct dans toute l’Europe. En effet, la chaîne francophone belge RTBF se trouve en charge cette année-là de l’organisation du concours Eurovision de la chanson suite à la victoire de Sandra Kim avec J’aime la vie l’année précédente. On demande alors à Viktor Lazlo, polyglotte, pleine de charme et chanteuse à succès, de présenter la cérémonie le 9 mai 1987. « Je n’avais jamais regardé l’Eurovision et puis, d’un coup, je me trouve plongée dedans jusqu’au cou. C’est l’idée de la RTBF de me demander de présenter cette soirée. Je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds, je me suis farcie dix ans d’Eurovision en cassette, j’ai pris des cours de diction avec un professeur du conservatoire. À l’époque, je jouais le jeu du glamour parce que c’était beau et puis, parce que quand on est choisie, c’est agréable, même si ce n’est pas forcément là où je voulais aller. Ma vie a toujours balancé entre le choix qu’on fait de vous et le vôtre, je suis très reconnaissante aux gens de me choisir », se souvient-elle pour Sports and People News en 2018.

Un challenge qu’elle relèvera haut la main, assumant à elle seule l’animation du show le plus regardé de l’année en Europe. Et quoi de mieux que d’ouvrir soi-même la soirée avec son single du moment ? C’est ce qu’elle n’hésitera pas à faire, hyper glamour dans une robe rose signée Mugler, apparaissant du haut des marches du décor, silhouette soulignée par des lasers verts, interprétant sa chanson dans un direct des plus réussis. Une belle exposition qui permet à Breathless de devenir un tube en Belgique où il atteint la 7e place des classements, mais aussi en Afrique du Sud (13e) et aux Pays-Bas (33e).

Viktor fait le tour des télés d’Europe pour chanter son 45t et tourne un clip dans lequel elle apparaît sublime et mystérieuse, créature haute-couture encore une fois vêtue par Mugler, tout comme sur la pochette du disque, un agrandissement du cliché utilisé pour illustrer l’album. Sur le 45t on retrouve en face B Don’t Say No (morceau de clôture sur l’album) tandis qu’une version longue est réalisée pour le maxi 45t. Mais Viktor est plus qu’une vendeuse de singles et c’est surtout son album qui est remarqué. N°1 en Belgique où il est récompensé d’un disque d’or, il parvient à se classer dans le top 20 de nombreux pays européens suite à l’Eurovision (Suisse, Allemagne, Autriche, Pays-Bas). Étrangement en France la sauce ne prend pas, on semble y préférer la chanteuse dans la langue de Molière.

Club désert, l’album suivant en 1989, attire pourtant de prestigieuses signatures : Serge Gainsbourg, Bernard Lavilliers, Maxime Le Forestier ou David Linx sont de la partie et en 1991 c’est Chris Rea qui prend la plume pour elle sur Mes poisons délicieux. Habituée à enregistrer ses albums également en anglais pour son public international, Viktor Lazlo n’abandonnera jamais la chanson et enchaîne les collaborations dans toute l’Europe. En 1990 elle se lance dans le cinéma et sera dirigée par Rosa Vergès ou Nino Bizzarri. On la voit ensuite sur le petit écran dans Sandra, princesse rebelle, Navarro, ou au théâtre en 2002 dans le spectacle musical Loin de Paname dirigé par Caroline Loeb. Sur l’album du même nom, elle reprend la chanson française des années 20 à 40 réarrangée par Raúl Paz sur des sonorités cubaines. Un succès critique et public.

En 2012, on la retrouve dans la peau de Billie Holiday avec un triptyque disque-livre-spectacle, My Name is Billie Holiday. Mise en scène par Éric-Emmanuel Schmitt au Théâtre Rive Gauche puis en tournée européenne, son interprétation tout en finesse fait sensation. En 2017, elle reprend Breathless en bonus de son album Woman avec la participation du chanteur Marlon Moore. Auteure de cinq romans, elle revient en 2021 avec le superbe album Suds composé et arrangé par Khalil Chahine.

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