Chanteuse des 80’s : Juliette

Parmi les très nombreuses productions qui ont envahi les disquaires dans les années 80, elles ont eu la chance elles aussi de sortir un disque ! Passant parfois très près du tube, elles sont toutefois restées confinées à un succès d’estime, même si certaines d’entre elles ont pu traverser la décennie (à l’époque, les maisons de disques étaient souvent moins frileuses à penser une carrière sur le long terme).
Certains de leurs refrains sont peut-être encore enfouis au fond de votre mémoire aujourd’hui, et nous, on garde beaucoup de tendresse pour ces chanteuses qu’on ne se lasse pas de redécouvrir et dont vous retrouverez régulièrement les portraits dans cette rubrique.

Juliette

« Juliette est son vrai prénom, choisi non pas en hommage à Shakespeare mais parce que son père rallyman ne roulait qu’en Alfa Roméo », annonce avec humour la première biographie promotionnelle de Juliette Desurmont. Elle n’a que seize ans lorsqu’elle fuit la province pour Paris où elle devient mannequin. Photos, magazines, podiums mais aussi publicités, on voit Juliette dans un fameux spot Heineken dans lequel elle joue une serveuse mais aussi dans le téléfilm documentaire Mode in France en 1985. Mais au bout de quatre ans, elle claque la porte. « J’ai arrêté à 20 ans, à un moment où ça marchait vraiment très bien, ça commençait à bien décoller comme mannequin. Mais j’ai arrêté à cause de la frustration de ce métier, c’est banal à dire mais on est un instrument. Autour de nous tout le monde apporte un aspect créatif, alors que soi-même pas vraiment ».

Afin d’assouvir son désir de créativité et de poursuivre un rêve qu’elle a depuis toute petite, Juliette va se lancer dans la chanson. Elle aime beaucoup Taxi Girl, notamment le solo de guitare sur la chanson Viviane Vog joué par Mirwaïs. Elle n’a pas besoin de chercher longtemps le musicien et les présentations vont se faire par l’intermédiaire d’un ami commun en 1984. Ils commencent par vivre ensemble, et c’est un peu plus tard que l’envie de créer à deux s’impose au couple, alors que Taxi Girl est en fin de vie.

En 1987 sort un premier 45 tours sur le label New Deal qui signe notamment Jérôme Pigeon. Juliette s’affiche de son seul prénom sur une superbe pochette à la photo noir et blanc et au titre énigmatique, La Vie en noir. « Le noir est ta couleur, Mais le bleu, Que tu as dans les yeux, Une erreur », la jeune chanteuse doit s’expliquer sur le titre et les paroles de sa chanson dès ses premières interviews télé en mai 1987 : « Je parle d’un ami qui est noir, que j’ai connu quand j’étais petite quand j’habitais en Mauritanie et qui était métis avec les yeux bleus. C’est pas très simple, tout est en jeux de mots, il faut comprendre ».

La production pop-rock élégante de la chanson composée par Mirwais au texte de Juliette permet à La Vie en noir de se faire remarquer. Mais si la chanteuse démarre la promotion seule sur les plateaux, il devient vite évident que la présence de Mirwais, en tant qu’ancien Taxi Girl, est un atout promotionnel non négligeable, et l’on commence alors à le voir se produire à la guitare au côté de la chanteuse tandis que les interviews se font désormais à deux. Il commente : « Il y a beaucoup de gens qui m’ont dit que ça ressemblait à Taxi Girl, d’un autre côté comme c’est moi qui ai composé les titres de Taxi Girl c’est un peu normal vu que c’est mon style. J’en suis assez content parce que ça démarre vraiment bien ». Après une version longue en maxi 45 tours, un remix est réalisé dont la version courte sera utilisée sur un nouveau pressage du 45 tours. De 40° à l’ombre en passant par Domicile A2 ou chez Childéric, La Vie en noir fait son chemin en télé mais ne dépasse pas le succès d’estime.

« On a travaillé pendant deux, trois ans avant de sortir un 45 tours, on a beaucoup de chansons. On va certainement faire un album », annonce Mirwais et, en effet, c’est un album qui va sortir en 1989, sous le nom de Juliette et les indépendants. Mais pourquoi donc les indépendants leur demande-t-on à la sortie du disque à l’automne ? « Parce que ça permet une structure ouverte, dans le sens où pour l’avenir, si je veux rester toute seule, ce sera assez drôle de m’appeler Juliette et les indépendants », répond Juliette. C’est également un petit clin d’œil à New Rose, le label indépendant qui les a signés. Si les chansons de ce premier disque écrit et composé à deux ont beaucoup de charme et de fraîcheur, Mirwais n’en garde pas forcément un très bon souvenir comme il le déclare à la revue Vacarme en 2000 : « Ce premier album de Juliette et les indépendants nous appartient et il ne ressortira jamais. Il est complètement loupé. La voix de Juliette était trop haute, et je ne maîtrisais pas du tout la production, qui est à la fois très naïve et très froide. On n’avait pas trouvé le truc. Heureusement, on en a vendu très peu ».

La suite est moins rose pour le couple qui doit se résoudre à travailler pour un institut de sondage suite à l’échec de l’album de Juliette et les indépendants et de celui du premier album solo de Mirwais en 1990. Néanmoins, le duo signe chez EMI en 1993 et sort un deuxième album en fin d’année intitulé 14 juillet. « On a attendu deux mois avant de le réécouter et on l’a trouvé assez chargé. Ça ressemblait à une espèce de feu d’artifice, sans le côté prétentieux du truc, parce que ça va un peu dans tous les sens, y a des petites mélodies dans tous les sens », commente Mirwais à l’époque. À nouveau le disque est une réussite de chansons pop mélodiques sur lequel on retrouve deux anciens Taxi Girl (Laurent Sinclair au piano et Pascal Geneix à la basse) ainsi que Gregori Czerkinsky de Mikado à la batterie. « Juliette, de son côté, a beaucoup travaillé pour trouver un style, et elle a beaucoup évolué au niveau des textes. Moi, je me suis énormément investi au niveau de la composition. Ce sont les plus belles chansons que j’ai écrites ». L’album reçoit de bonnes critiques mais la promotion se fait rare et le duo signe ici son dernier essai.

Mirwais connaîtra le succès quelques années plus tard en tant que producteur et compositeur pour Madonna (les albums Music, American Life, Confessions on a Dance Floor et Madame X). Juliette elle, signera un texte pour la chanteuse Marie France en 1997 mais arrêtera la musique à la fin des années 90 après avoir réalisé des maquettes qui n’auront pas trouvé preneur. On la retrouvera toutefois en 2008 dans les choeurs d’une version de Bleu comme toi par Jean-François Coen sur l’album hommage Tombés pour Daho. Elle créé avec Mirwais une société de production cinématographique qui produit GHB, long-métrage de Laetitia Masson qui sort en 2014, puis My Generation, un court-métrage de Ludovic Houplain en 2018.

À lire dans notre série « Chanteuses des 80’s » :

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