Interview – Buzy : Cheval fou

Buzy Pop Music Deluxe

Buzy débute sa carrière dans les années 80 avec une série de hits imparables (Dyslexique, Adrian, Body Physical, Baby Boum…) puis poursuit son parcours musical en offrant, à intervalles irréguliers, des albums de plus en plus personnels, ambitieux, sans compromis, aux collaborations prestigieuses (Daniel Darc, Gérard Manset, Jay Alanski, Rodolphe Burger, Jean Fauque…). En 2019 elle nous revient enfin, après neuf ans d’absence, avec un nouveau disque en totale indépendance, Cheval fou.

Cela fait neuf ans qu’on attend ce nouvel album, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous relancer dans cette aventure ?

Après Tous Buzy (album tribute par 15 artistes de la scène indépendante paru en 2011, N.D.L.R.) j’ai eu envie d’écrire pour les autres, de me concentrer sur une carrière d’auteure plutôt que de chanteuse. J’ai écrit pour un groupe et pour une jeune femme mais ça n’a pas abouti, le groupe a splitté et la jeune femme a fait un enfant. Et puis j’ai un autre métier, je suis psychothérapeute depuis maintenant presque 18 ans. D’autre part je n’avais pas tellement envie de me remettre là-dedans parce que, j’adore faire de la musique, j’adore ça, écrire des chansons, mais c’est dangereux, je trouve ça très dangereux, sur le plan émotionnel, ce que ça développe, beaucoup de paranoïa, d’angoisse, ça marche, ça marche pas… L’exposition aussi, les gens vous regardent différemment, je trouve que c’est pas facile. J’aime créer, j’aime écrire des chansons, travailler avec des arrangeurs, rencontrer des belles personnes avec qui collaborer mais après je trouve que c’est assez anxiogène. Mais je m’y suis remise parce que j’ai un ami qui m’a poussée et j’étais relativement énervée par tout ce que j’entendais, par cette société, par les médias… ce que j’entendais aussi dans mon cabinet. Ce disque c’est une espèce de synthèse de ce que je pouvais percevoir de cette société qui tourne pas toujours bien rond quoi.

Vous trouvez que la société va mal ?

J’appartiens à une génération qui a vécu d’autres choses d’un peu plus jolies quand même. Et là je trouve qu’on régresse complètement. Je suis très sensible aux sujets de société et ça a été un déclic, je me suis dit : « Vas-y écris », sans trop penser à ce que ça allait générer soit sur le plan psychologique ou sur le plan économique parce que je ne m’attendais pas à une telle difficulté pour trouver un label. J’ai deux personnes qui ont démarché pour moi mais qui n’ont pas reçu de réponses. Et finalement je suis allé au bout de l’album parce que je suis quelqu’un qui a une certaine volonté, ou une certaine inconscience (rire). J’ai trouvé une distribution et je me suis occupée de la fabrication, j’en suis là. Maintenant je suis assez contente parce que c’est vrai qu’au niveau de la presse ça réagit très bien. Ça me fait vraiment plaisir et puis les fans sont là, je l’ai quand même fait un peu pour eux parce qu’ils me suivent, ils n’arrêtaient pas de me demander à quand un nouvel album.

Vous disiez il y a quelques années que si vous ne preniez plus de plaisir vous arrêteriez…

Quand j’ai arrêté c’est que je ne prenais plus de plaisir, je n’avais plus rien à dire, je ne voyais pas l’intérêt de me remettre dedans. J’ai arrêté parce que je n’avais plus envie, j’ai eu des problèmes familiaux importants… Mais quand je m’y remets je suis comme une folle quoi ! J’écoute les titres en boucle… c’est mon truc, j’aime ça ! Et j’espère que ça s’entend. J’aime écrire des chansons, j’aime les réaliser, j’aime être en studio, j’aime travailler avec des musiciens…

Buzy Cheval fou vinyle

Pouvez-vous nous en dire plus sur Damien Somville qui a arrangé et réalisé plus de la moitié du disque ?

C’est un jeune mec de 38 ans qui m’a été présenté par un ami et, à ce moment-là je ne dis pas que j’étais au bout du rouleau mais enfin quand même pas mal parce que j’avais testé diverses personnes ou divers modes qui ne me convenaient pas et je lui ai dit : « Écoute, moi je ne me marie pas comme ça donc ce que je te propose c’est qu’on teste sur une chanson ». Et moi ma façon de travailler c’est que je n’arrive pas avec rien, j’ai voulu qu’on travaille en premier sur Cheval fou, et je lui ai amené la voix, les harmos, les guitares et une batterie témoin, et j’avais mis un piano aussi. Il me rappelle trois/quatre jours après, je vais dans son studio et j’entends un truc… il avait fait un arrangement relativement compliqué avec des éléments très intéressants et moi j’aime bien aller regarder ce qu’il y a dans le moteur et je lui ai dit : « Je veux entendre toutes les pistes ! » A chaque fois je lui disais : « Ça on enlève, ça on enlève », et je suis arrivée sur la basse et je lui ai dit qu’il avait fait une basse magnifique et que la chanson devait tenir sur cette basse ! Il m’a regardé et il m’a dit OK. A partir de ça on a enquillé sur le reste. Il a beaucoup de talent. Allez voir ce qu’il fait, ça s’appelle Plastic Folk Inventions.

Il y a deux collaborations vocales sur l’album : Bertrand Belin et Anna Mouglalis. Vous avez des affinités avec les voix graves ?

J’aime les voix graves. J’ai déjà une voix grave moi-même mais comparé à Anna Mouglalis j’ai presque une voix aigüe. Elle a une voix beaucoup plus grave que la mienne et cette fille a un charisme physique, vocal, incroyable. C’est une excellente comédienne et elle a tout de suite compris ce que je voulais dire dans ce texte et c’était incroyable parce qu’on était toutes les deux l’une à côté de l’autre et on a jammé, je répondais en chantant, je tournais la tête et elle faisait la suite. Je ne la connaissais pas. Je la connaissais évidemment en tant qu’égérie Chanel et puis dans le film sur Gainsbourg, je l’avais croisée à un concert de Chloé Mons et quand je lui ai demandée de venir, je lui avais envoyée la chanson avec ma voix tout du long, elle a tout de suite dit oui. Elle est venue en studio, super relax, pas du tout stressée, très open, génial… une belle rencontre.

Vous reprenez Ligne brisée, une chanson déjà enregistrée en 1993 sur Rêve éveillé, et à nouveau enregistrée en 1998 sous le titre En pointillé sur Délits. C’est comme un fil rouge dans votre carrière cette chanson ?

Oui, c’est une vieille chanson. Je suis une obsessionnelle moi. Je trouve que ça correspond bien à cette histoire de musique où j’y vais puis j’y vais plus, et puis j’arrête et je dis j’aime plus, et puis si, j’en ai besoin, il faut que j’en refasse. Ce que je dis dans Ligne brisée c’est vraiment moi quoi, c’est pour ça que je m’accroche à cette chanson, elle représente mon destin, ma vie, comment je suis… Je suis pas très normée quoi. J’ai quelque chose de très normé en moi, je suis psychothérapeute, je reçois des gens, je les aide, tout ça c’est quand même quelque chose de relativement normé mais dans mon parcours artistique je suis plus « ligne brisée », plus underground, j’ai une espèce d’éthique délirante, y a plein de choses que je ne veux pas faire… Je veux garder la passion de la musique intacte, je ne veux pas qu’on m’abîme, je ne veux pas que l’argent m’abîme, je ne veux pas que ce métier m’abîme. J’ai retrouvé cette chanson dans mon Mac avec cet arrangement-là qu’avait fait Dimitri Tikovoï et j’ai dit non mais c’est vraiment très bien quoi.

Vous aviez déjà repris 89, un texte de 1985 pour en faire un tube l’année suivante, Body Physical, sur une musique de Gérard Anfosso.

C’était pas de mon fait du tout, moi j’avais écrit 89, j’en avais composé la musique et il se trouve qu’à l’époque Bertrand Le Page, qui était le manager de Mylène Farmer, qui me connaissait depuis mon premier album et qui m’appréciais, c’était un mec qui était assez talentueux d’ailleurs, a donné ce texte à Gérard Anfosso, un garçon qui avait fait des titres pour Jakie Quartz, entre autres. Bien évidemment il ne m’a pas dit qu’il avait donné le texte à quelqu’un d’autre et il est arrivé avec une démo avec ce titre Body Physical, sans me dire que c’était Anfosso. Il m’a dit : « C’est un tube, tu devrais la chanter ». J’ai hésité, tout mon entourage me disait qu’il ne fallait pas la chanter, ils disaient qu’elle était trop variété pour moi. Moi je ne la trouvais pas variété, je la trouvais très catch, très pop. Finalement j’ai cédé, je l’ai chantée et ça a fait ce que ça a fait.

Quel rapport vous avez aujourd’hui à cette chanson ?

Je l’adore cette chanson ! Je l’ai tellement chantée en télé, au Japon, partout… En plus on a fait des remixes dessus… Mais tous les gens qui ont fait des remixes dessus se sont heurtés bien évidemment au ternaire et moi je ne voyais pas comment on pouvait contourner ça… Par contre dans Tous Buzy il y en a deux qui ont fait des versions différentes qui étaient très réussies.

Vous avez dit vouloir sortir un deuxième extrait de l’album après Cheval fou, vous savez déjà quelle chanson ce sera ?

Oui, maintenant il faut que je trouve l’argent pour faire le clip, c’est une autre paire de manches. Et puis là ça ne sera pas une lyrics video parce que sur Cheval fou la personne qui a fait la lyric video, qui est un mec formidable, Stéphane Neville, qui a aussi fait le site internet qui est magnifique, a très envie de faire un vrai clip. Et le titre ce sera Où vont mourir les baleines. J’avais cette idée là dès le départ et puis quand je vois comment les fans réagissent ou même les journalistes et bien ça ressort systématiquement. Il y a trois chansons qui ressortent : Où vont mourir les baleines, Cosmic Brother et Expérience humaine.

On vous parle systématiquement de live dans vos récentes interviews mais vous semblez un peu frileuse…

C’est un métier la scène, il faut du temps, moi j’ai un autre métier, une clientèle, et ça marche très bien. Pour faire de la scène il faut trouver un tourneur et si c’est aussi difficile que pour trouver un label on n’est pas rendus. D’autre part il faut répéter avec les musiciens, il faut trouver des dates, il faut partir en camion, c’est du lourd. Je veux bien faire de la scène mais je travaille avec de bons musiciens, qui sont des amis et qui sont des stars : Yan Péchin, Alice Botté, Brad Scott… Il faut qu’ils soient disponibles et il faut correctement les payer. Je ne sais pas si les gens comprennent que la scène ce n’est pas seulement une envie mais c’est aussi toute une infrastructure à mettre en place. On verra s’il y a un tourneur qui est intéressé, on espère… mais je peux faire une salle parisienne, parce qu’il n’y a pas de déplacements, parce que c’est plus facile… Et moi avec la musique que je fais je ne peux pas faire guitare-voix ou piano-voix.

On ne trouve plus votre catalogue en bacs, avez-vous un projet de réédition de vos anciens albums ?

Alors ça il faut être clair là-dessus, là j’ai un diffuseur qui s’appelle Differ-Ant et pour mettre en place dans les Fnac et les Cultura c’est la croix et la bannière, ils ne prennent plus de CD et de toute façon les gens n’achètent plus de CD ou très peu. Vous achetez un nouveau Mac il n’y a plus moyen de mettre un CD, dans les voitures non plus. C’est une réalité. Mais j’avais envie de faire une espèce de compilation pour Noël avec des titres qui me sont chers et qui correspondent à mes quatre derniers albums.

Propos recueillis le 24 juin 2019.

Retrouvez Buzy sur son site officiel et sur sa page Facebook.

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