Interview – Fabrice Ferment, auteur du site Top France

Vous avez dĂ» remarquer Ă  la lecture de nos chroniques que nous aimons bien les illustrer de chiffres de ventes et de classements, des donnĂ©es souvent sujettes Ă  controverse et qui peuvent sensiblement varier selon les sources plus ou moins bien renseignĂ©es d’internet. Parmi celles-ci, une seule sort pourtant du lot : il s’agit du site Top France que nous consultons avec plaisir et grande curiositĂ© depuis plusieurs annĂ©es. Mais pourquoi donc ce site-lĂ  nous paraĂźt-il plus digne de confiance qu’un autre ? Tout simplement parce que Fabrice Ferment, son crĂ©ateur, est le seul Ă  avoir eu accĂšs aux archives comptables des maisons de disques
 Un travail de recherche colossal qui s’est concrĂ©tisĂ© en 2001 par la parution du livre 40 ans de tubes. Depuis, Fabrice Ferment (que vous avez peut-ĂȘtre vu Ă  la mĂȘme Ă©poque animer Tubes d’un jour, tubes de toujours sur TF1 aux cĂŽtĂ©s de Flavie Flament, qui a Ă©tĂ© chef de la dĂ©lĂ©gation française de l’Eurovision, et qui travaille aujourd’hui au CNC) anime son propre site, qu’il alimente inlassablement de ses trouvailles, Ă  savoir les ventes de disques en France des annĂ©es 60 Ă  90, et des classements reconstituĂ©s d’une Ă©poque oĂč notre pays ne s’est pas encore dotĂ© d’un baromĂštre officiel (le Top 50 n’arrive que fin 1984). Nous avons voulu en savoir plus sur celui qui s’est donnĂ© pour mission de rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© sur des donnĂ©es qui sont souvent matiĂšre Ă  fantasme, quitte Ă  Ă©gratigner au passage quelques mythes


D’oĂč vous vient cette passion pour les classements et les ventes de disques ?

J’ai le parcours d’un passionnĂ© qui Ă©coutait beaucoup la radio ainsi qu’une mĂ©moire absolument phĂ©nomĂ©nale. DĂšs l’ñge de quatre ans, j’ai emmagasinĂ©. On Ă©coutait RTL qui se targuait de passer cent chansons par jour, mĂȘme si on n’y Ă©tait pas vraiment. C’était vraiment une radio musicale. J’ai trĂšs vite, comme tous les passionnĂ©s, recopiĂ© les passages radio, le hit-parade d’AndrĂ© Torrent, et en grandissant j’ai constatĂ© que ce n’était pas toujours logique, qu’il y avait des injustices. Alors j’allais chez un disquaire et je regardais ce que les gens achetaient, et je trouvais bizarre que ça ne soit pas mieux classĂ©. A neuf ans je posais des questions aux disquaires, je leur demandais combien de disques ils vendaient, je leur donnais des listes Ă  remplir. J’appelais RTL oĂč je tombais sur l’assistante de Monique Le Marcis, elle avait une patience inouĂŻe. A partir de 1983 j’ai voulu connaĂźtre les ventes. J’avais bien compris que certaines chansons Ă©taient classĂ©es trĂšs haut dans les hit-parades alors qu’elles ne se vendaient pas, il suffisait d’aller chez les disquaires ou Ă  la FNAC pour le voir. Donc lĂ  j’ai appelĂ© le SNEP qui Ă©tait dans le 17e, et dĂšs que je suis arrivĂ© Ă  Paris en juin 1984 je suis allĂ© les voir. Et je suis devenu un peu le petit frĂšre du SNEP. J’étais tout le temps fourrĂ© lĂ -bas ; ils Ă©taient trĂšs accueillants, on mangeait des gĂąteaux et on parlait des ventes. Et tous les mois l’attachĂ©e de presse me communiquait les ventes exactes par support : 45 tours, 45 tours maxi, 33 tours, CD
 Ça me passionnait. On m’a parlĂ© des certifications, des disques d’or, et lĂ  j’ai compris qu’on certifiait sur les mises en place, ce qui a Ă©tĂ© le cas jusqu’à encore trĂšs rĂ©cemment. Mais mettre en place un disque ne veut pas dire qu’on le vend. En 1986 j’ai rencontrĂ© un journaliste qui s’appelait Christian Page, d’ailleurs je lui rends hommage dans Top France, qui avait dix ans de plus que moi et qui avait un regard trĂšs aiguisĂ© sur le marchĂ©. Je lui ai confiĂ© que j’aimerais appeler les maisons de disques pour avoir les chiffres et il m’a rĂ©pondu que ça allait ĂȘtre un enfer, qu’elles ne voudraient jamais, qu’on allait me pipeauter
 Mais comme je suis tenace, le SNEP m’a permis de les appeler de sa part. Je me suis rendu compte que tous les services royalties m’ont donnĂ© des chiffres exacts Ă  l’unitĂ© prĂšs parce que j’ai tout revĂ©rifiĂ© ensuite quand je suis allĂ© sur place, et par contre les services artistiques m’ont toujours donnĂ© des chiffres erronĂ©s ! Par exemple EMI m’a dit qu’ils avaient le disque d’or de Talk Talk Such a Shame sous les yeux. Et en fait quand je suis allĂ© dans leur bureau je ne l’ai jamais vu et puis surtout il n’a pas fait 500 000, mĂȘme s’il n’est pas passĂ© loin. On m’avait annoncĂ© Babooshka de Kate Bush Ă  500 000 et j’ai vu entre temps que c’était 400 000
 J’ai accumulĂ© des donnĂ©es, mais ensuite qu’en faire ? Et puis j’étais qui ? Un passionnĂ© qui venait plus les emmerder qu’autre chose. En 2000, l’équipe du SNEP a changĂ© et surtout Patricia Sarran, leur attachĂ©e de presse que j’adore, m’appelle pour me dire qu’ils veulent faire quelque chose de ces donnĂ©es collectĂ©es. J’étais trĂšs sceptique, connaissant le milieu, mais elle m’a dit : « Au SNEP on a les moyens d’envoyer un mail Ă  chacun des services de royalties des distributeurs, tu vas y aller et faire un travail de recherche depuis 1960 ».

Extrait classement http://www.top-france.fr

Donc vous ĂȘtes missionnĂ© pour ça ?

VoilĂ , j’ai Ă©tĂ© mandatĂ© par le SNEP pour ça. Alors il y a eu des retours le jour mĂȘme, certains paniquĂ©s, je sentais que ça allait mettre un peu de charivari dans ces services qui sont totalement isolĂ©s et qui n’ont aucun contact avec l’artistique. Chez Sony on m’a trĂšs bien accueilli, on m’a fait venir tous les royalties par artistes : Joe Dassin, Jeane Manson, Dave
 toutes les statistiques de ventes trimestrielles, mensuelles
 c’était extraordinaire. Chez Universal on avait un peu peur et on me demandait comment ça se passait chez Sony
 Ils avaient notamment peur de la fameuse colonne de droite, qui sont les montant payĂ©s aux artistes par rĂ©fĂ©rences, avec la balance comptable au bout, les retours, les moins, les plus. Mais on m’a laissĂ© faire en me demandant surtout de ne colporter aucun montant. Il y a des maisons de disques qu’il a fallu sĂ©rieusement secouer. Par exemple quand il a fallu faire venir toute la comptabilitĂ© Vogue qui Ă©tait chez BMG ça a Ă©tĂ© compliquĂ©. C’est comme ça que j’ai pu aller travailler chez tous les distributeurs.

Ça a dĂ» faire une quantitĂ© monstrueuse de donnĂ©es Ă  traiter ?

Je ne savais pas dans quoi je m’engageais
 Moi j’apportais un peu de fantaisie dans ses services oĂč on n’entendait pas une mouche voler et je posais des questions. Je demandais par exemple : « France Gall chez Philips, c’est oĂč ? Â» On me rĂ©pondait que c’était Bagatelle. En fait il n’y a pas de dossier France Gall, c’est la sociĂ©tĂ© Bagatelle qui gĂ©rait les droits de France Gall. Chez CBS pour Jeane Manson c’est Cyclon, les productions Jean Renard, et tout ça il faut le savoir
 J’ai relevĂ© toutes les rĂ©fĂ©rences, que ce soit des Ă©tats des ventes mensuels ou semestriels, et tout est classĂ© par marques, et il n’y a pas un seul titre, ce ne sont que des rĂ©fĂ©rences avec des quantitĂ©s en face. MĂȘme sur les relevĂ©s de royalties il n’y a jamais les titres, seulement les rĂ©fĂ©rences. Une fois rentrĂ© chez moi je devais Ă©plucher mes propres 45 tours ou bien appeler les copains pour savoir de quoi il s’agissait. Je me souviens de Locomotion de Ritz chez Epic, qui avait fait 487 000, je ne trouvais pas alors que pourtant je l’avais achetĂ© ce 45 tours ! Il fallait de la rigueur, c’était trĂšs dur. A chaque fois que je ne trouvais pas quelque chose on me rĂ©pondait : « C’est qu’on ne l’a plus ». Ou alors c’est qu’il y avait des procĂšs en cours. LĂ  il a fallu attendre que le procĂšs soit fini pour qu’on me descende le catalogue avec tous les royalties semestre par semestre. Parfois les archives Ă©taient stockĂ©es dans des hangars d’archivage et il fallait localiser les containers.

Combien d’annĂ©es ça vous a pris ?

J’étais hĂŽtelier Ă  l’époque et je travaillais le matin de 8 h Ă  14 h et Ă  14 h 30 j’étais place de la Bourse chez BMG ou chez Virgin place des Vosges, dans de tout petits locaux. Ça m’a pris deux ans. J’ai relevĂ© toutes les rĂ©fĂ©rences qui avaient fait au moins 25 000 sur un semestre, j’ai mis le critĂšre trĂšs bas parce que j’avais une idĂ©e derriĂšre la tĂȘte. J’ai additionnĂ© tout ça sur trois semestres. Heureusement j’avais les dates de sorties des rĂ©fĂ©rences car parfois il y a des titres qui mettent du temps Ă  dĂ©coller. J’ai travaillĂ© sur trois semestres afin de pouvoir dĂ©duire les retours. Quand j’ai eu accĂšs aux disques d’or certifiĂ©s, il y avait par exemple des rĂ©fĂ©rences de FrĂ©dĂ©ric François certifiĂ©es Ă  plus de 500 000 en 1973, et en fait j’ai constatĂ© que la plupart Ă©taient entre 450 000 et 480 000 parce qu’il y avait eu 30 000 retours qui avaient Ă©tĂ© planquĂ©s par le distributeur quand ils sont allĂ©s vĂ©rifier les comptes. Mais moi je n’ai travaillĂ© que sur du net. Une fois tout additionnĂ©, j’ai fait des listes pour ce livre, 40 ans de tubes.

Sur votre site on ne trouve pas les chiffres exacts mais des paliers. Comment avez-vous déterminé ces paliers et quel est le seuil de tolérance ?

Pour moi c’est surtout un site de classements parce que vendre 80 000 en 1967 ce n’est pas vendre 80 000 en 1982. Il n’y a pas de seuil de tolĂ©rance : si une rĂ©fĂ©rence fait 74 991 et bien ça n’est pas 75 000, donc j’indique plus de 50 0000. Je me souviens d’I Don’t Need a Doctor de Sheila qui Ă©tait dans une lancĂ©e et qui vendait beaucoup, qui Ă©tait peut-ĂȘtre de 343 000 et je ne lui ai pas donnĂ© 350 000, je ne voulais pas qu’on m’accuse de favoriser certains artistes. En plus j’ai signĂ© un contrat avec le SNEP qui m’interdit de diffuser les chiffres, donc je n’ai jamais donnĂ© de chiffres Ă  qui que ce soit, ou alors j’ai Ă©tĂ© assez malin pour brouiller les pistes


Comment établissez-vous les classements, vous avez des chiffres hebdomadaires ?

Non, personne n’a de chiffres de ventes hebdomadaires. J’ai des chiffres mensuels, c’est de la mise en place bien sĂ»r, que j’ai rĂ©cupĂ©rĂ©s beaucoup plus tard, ce qui me permet d’affiner des classements que j’avais dĂ©jĂ  faits. Et surtout je ne veux pas m’inspirer des hit-parades. Les hit-parades ne reprĂ©sentent rien, ni les ventes, ni les passages radios. Que ce soit clair. Un jour que j’étais avec Monique Le Marcis, la grande prĂȘtresse du hit RTL pendant quarante ans, avec qui on parlait de tout ça, je lui ai demandĂ© pourquoi est-ce que tel disque n’a pas Ă©tĂ© classĂ© alors qu’on l’entendait ? Elle m’a rĂ©pondu qu’elle ne pouvait pas classer Charlotte Julian parce qu’elle ne correspondait pas Ă  la cible du hit-parade RTL. Elle classait donc Slade ou Carly Simon parce qu’il fallait faire jeune. Le hit-parade c’était donc les goĂ»ts prĂ©sumĂ©s des jeunes qui Ă©coutaient la radio Ă  ce moment-lĂ . Donc on pouvait avoir Tout le monde Ă  la campagne de Charlotte Julian qui passait cinq fois dans la semaine sans ĂȘtre classĂ© alors que Carly Simon qui passait quatre fois Ă©tait deuxiĂšme ! Ce que j’ai pu voir Ă  la SDRM, Ă  qui les radios dĂ©claraient leurs passages, c’est trĂšs loin du hit-parade. Il faut aussi connaĂźtre les rouages du marchĂ©. Un Claude François ou un Sheila en 1973 vendait immĂ©diatement alors que MichĂšle Torr vendait un peu plus sur la longueur parce qu’elle n’était pas soutenue par RTL. RTL Ă  l’époque c’était 30 % de part de marchĂ©, c’est eux qui faisaient la pluie et le beau temps. Europe 1 n’a jamais pu imposer un tube alors que RTL a fait des tubes. C’est Laisse-moi t’aimer, qu’Europe 1 a refusĂ©, c’est Pour un flirt. Ils ont travaillĂ© Il suffira d’un signe pendant six mois avant que ça ne dĂ©colle. Certains artistes qui Ă©taient chez AZ, qui Ă©tait la boĂźte d’Europe 1, comme MichĂšle Torr par exemple, ramaient davantage pour vendre. Et RTL c’était Guy Lux, donc MichĂšle Torr n’était pas souvent invitĂ©e chez Guy Lux, et ainsi de suite


En 1984, la France se dote enfin d’un classement des ventes officiel avec le Top 50. En quoi est-ce un outil imparfait, en tout cas au dĂ©but ?

Le SNEP ne voulait pas y participer. La rĂšgle du jeu qui a Ă©tĂ© Ă©tablie par Europe 1 et Canal + ne satisfaisait pas le SNEP, parce que c’était un systĂšme de listes. D’abord la Cogedep a bloquĂ© au dĂ©part. Les grandes surfaces, qui reprĂ©sentaient plus de 60 % du marchĂ©, n’étaient pas prises en compte. Il y avait Prisunic et Monoprix, la FNAC, et les disquaires indĂ©pendants. Le cahier des charges Ă©tait de cent points de vente, tous situĂ©s en centre-ville par dĂ©finition. À Paris il y avait Lido Musique, sur les Champs-ÉlysĂ©es, et Prisunic (ou Monoprix) de la rue de Vaugirard. LĂ  j’allais acheter du Den Harrow, en Ă©tant persuadĂ© qu’il allait grimper dans le classement grĂące Ă  moi. Une personne de chaque distributeur venait chaque semaine pour proposer des nouveautĂ©s qui Ă©taient testĂ©es. Mais dĂ©jĂ  il fallait attendre qu’un disque soit commercialisĂ© depuis une semaine, donc il manquait toujours une semaine sur une nouveautĂ© qui frappait fort. Ensuite il y a des maisons de disques qui ne venaient pas parce qu’elles estimaient qu’elles n’avaient pas assez de nouveautĂ©s Ă  prĂ©senter. Peut-ĂȘtre que ces nouveautĂ©s-lĂ  n’ont jamais Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es. Je pense Ă  Vogue qui ne venait pas tout le temps, et c’est comme ça que Naufrage en hiver de Mikado n’a jamais Ă©tĂ© classĂ©. Bon, il n’aurait pas fait un top 20 mais il aurait Ă©tĂ© au moins dans les 40 premiers. Il y avait 20 titres proposĂ©s qui Ă©taient les frissonnants, et les 50 Ă©taient reconduits systĂ©matiquement. Je me souviens de l’histoire de FrĂ©dĂ©ric François Mon cƓur te dit je t’aime. En fait TrĂ©ma ne venait pas, donc le distributeur de TrĂ©ma, Ariola Ă  l’époque, n’a pas proposĂ© le titre parce que comme c’était de la distribution ils n’avaient pas tellement d’intĂ©rĂȘts Ă  le dĂ©fendre. Sauf que Jacques Revaux s’est rĂ©veillĂ© et qu’on s’est rendu compte que ça faisait huit semaines qu’il Ă©tait dans les dix premiers du classement RTL et qu’il n’était pas au Top 50. Et il est rentrĂ© brusquement 4e parce que TrĂ©ma a demandĂ© qu’on le propose en urgence. Et il faudra m’expliquer comment Sade avec Smooth Operator chez CBS qui vend 260 000 se classe 9e et Vivien Savage qui vend 270 000 est 20e une seule semaine. Et France Gall avec Hong Kong Star qui fait 282 000 est carrĂ©ment dans le top 10
 Je pense que Sade et France Gall Ă©taient trĂšs bien vues dans les centres-villes, mais pas Vivien Savage qui vendait dans les grandes surfaces qui n’étaient pas prises en compte. Il y a eu un gros problĂšme aussi en 1986, j’ai constatĂ© les ventes d’Eve lĂšve-toi de Julie PiĂ©tri Ă  779 000 avec le maxi, ce qui est Ă©norme en 1986 oĂč on commençait sĂ©rieusement Ă  baisser, et Holiday Rap fait 440 000. Comment il peut ĂȘtre n°1 alors que Julie PiĂ©tri est tout le temps n°2, je crois qu’elle est n°1 une semaine, mais je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Pourtant on m’a assurĂ© que les chiffres Carrere Ă©taient bons car ils avaient beaucoup de contrĂŽles SDRM. Mais on a compris que Claude CarrĂšre dĂ©tectait les Monoprix Vaugirard, Lido Musique, etc., et il allait faire acheter des stocks qu’il renvoyait ensuite vers la Belgique, et qui permettaient de faire grimper les titres, et c’est comme ça qu’Holiday Rap est n°1. C’est comme ça aussi qu’Electrica Salsa est beaucoup trop bien classĂ© par rapport Ă  ses ventes
 Donc ils ont Ă©tĂ© obligĂ©s de changer les panels tout le temps Ă  cause de Claude CarrĂšre. Au dĂ©but les maxis n’étaient pas pris en compte. Je me souviens de Sounds Like a Melody d’Alphaville qui a Ă©tĂ© une Ă©norme vente en maxi, parce qu’il Ă©tait remarquable, qui a dĂ» faire 60 000, c’était beaucoup, et ils font en tout 330 000 mais quand on regarde les classements on voit qu’il y a un problĂšme, ils sont sous-classĂ©s.

Quels sont les artistes injustement oubliés du Top ?

Je pense Ă  Jakie Quartz avec Mal de vivre qui marche en mĂȘme temps que Calypso de France Gall. France Gall vend 50 000 et est classĂ©e quelques semaines et Jakie Quartz qui vend 80 000 n’est jamais classĂ©e. Betty Miranda avec Take Me To the Top vend plus de 150 000 et n’apparaĂźt pas au Top 50 du tout. Ce systĂšme de listes Ă  proposer c’est ce qui ne plaisait pas au SNEP finalement, parce que ça ne pouvait pas ĂȘtre exhaustif. Il y a La Compagnie CrĂ©ole aussi, Bons baisers de Fort-de-France, les classements sont trĂšs mauvais comparĂ©s aux ventes rĂ©elles. Le Top singles n’est vraiment officiel qu’à partir de 1993 lorsque le SNEP prend tout en mains et lĂ  on fonctionne sur du code-barres, plus de listes Ă  proposĂ©s. Et on passe Ă  250 points de ventes, puis 500.

Allez-vous poursuivre jusqu’aux annĂ©es Top 50 sur Top France ?

J’aimerais bien parce que pour moi il n’y a rien de sacro-saint. Quand on sait comment ça a Ă©tĂ© fait, je ne dis pas que tout est Ă  refaire, Ouragan de StĂ©phanie par exemple ça a Ă©tĂ© n°1 et ça s’est vendu, Sabine Paturel aussi, mais j’aimerais bien, vu que j’ai rĂ©cupĂ©rĂ© les donnĂ©es exactes, continuer l’aventure sur Top France avec ces annĂ©es-lĂ . Il n’y aura peut-ĂȘtre pas de grands changements mais il y en aura forcĂ©ment. L’intĂ©rĂȘt Ă  l’époque c’était de faire rentrer les disques trĂšs haut pour faire la meilleure entrĂ©e de la semaine, et donc ils attendaient. Pour Ils s’aiment de Daniel Lavoie, ils ont attendu deux mois parce qu’ils ne voulaient pas le faire rentrer 49e, 47e, 42e
, ils voulaient faire une entrĂ©e fracassante. Et surtout il y en a qui ne sont jamais rentrĂ©s. Je pense Ă  Tu me divises par deux de Marc Lavoine, ils pensaient faire un coup aprĂšs Elle a les yeux revolver et ils ne l’ont pas proposĂ© tout de suite, et puis malheureusement il est retombĂ© et n’est jamais rentrĂ©. J’aimerais bien continuer jusqu’en 1993. Ceux qui veulent continuer Ă  penser qu’Holiday Rap est n°1 tant pis, mais avec toutes les donnĂ©es que j’ai je proposerai autre chose. Quand on veut se lancer dans une telle aventure de classements Ă  l’heure de la culture WikipĂ©dia oĂč on annonce qu’untel a vendu 400 millions, il faut non seulement connaĂźtre le marchĂ© mais en plus avoir les chiffres. Et Ă  ce jour je suis le seul Ă  avoir Ă©tĂ© mandatĂ© par le SNEP pour faire un tel travail et donc je pense ĂȘtre le seul Ă  pouvoir produire des classements dignes de ce nom.

Propos recueillis le 15 janvier 2021

19 commentaires

  1. « 40 ans de tubes » est un excellent ouvrage et le site « Top France » est une bible pour moi. Merci Fabrice Ferment. Merci de partager votre passion. Je vous envie un peu d’avoir pu ouvrir toutes ces portes 🙂 Quel privilĂšge ! Et bravo Ă  toute l’Ă©quipe de Pop Music Deluxe, vous faĂźtes un super boulot !
    Frédéric

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  2. Excellente initiative et bel entretien.
    Moi aussi j’adore le livre de Ferment, particuliĂšrement agrĂ©able Ă  consulter et publiĂ© Ă  une Ă©poque oĂč on avait vraiment pas grand chose comme rĂ©fĂ©rences sĂ©rieuses pour se faire une idĂ©e prĂ©cise de ce qui s’Ă©tait vraiment vendu en France dans les annĂ©es 60/70/80 en matiĂšre de 45t (et mĂȘme si on s’est rendu compte par la suite qu’il y avait quelques petites erreurs et omissions que l’auteur a lui mĂȘme relevĂ©es et corrigĂ©es sur le net). Ce qui m’amĂšne naturellement Ă  espĂ©rer une réédition mise Ă  jour et enrichie (et pas trop onĂ©reuse) que Monsieur Ferment pourrait complĂ©ter en rĂ©pertoriant justement ces fameux singles malchanceux comme « I don’t need a doctor » qui ont failli passer le cap nĂ©cessaire des ventes pour avoir droit Ă  une illustration dans le bouquin, ou au moins Ă  une citation.
    J’aurais bien aimĂ© Ă©galement que FF nous dise ici s’il allait reprendre sur Top France le traitement des 33t, pas mal dĂ©laissĂ© ces derniers mois et s’il allait continuer Ă  baisser les seuils requis (actuellement de « + 80 Ă  partir de 73) pour ĂȘtre rĂ©fĂ©rencĂ© dans sa base de donnĂ©es. En tout cas, j’y serais trĂšs sensible.

    Merci Ă  vous deux.

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  3. AprĂšs son livre qui fut une rĂ©vĂ©lation pour moi et pour d’autres j’en suis sĂ»r, le site web qui est l’unique et le seul indiscutable Ă  mes yeux . Fabrice Ferment a Ă©tĂ© mandatĂ© par le Snep faut il le rappeler !
    En un mot la « rĂ©fĂ©rence ultime » pour qui s’intĂ©ressent aux classements, aux ventes de tous ces airs populaires des annĂ©es 60 aux annĂ©es 80.

    Je souhaite une longue vie au site Top france

    Jean Marc

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  4. Etant grand fan du TOP50 depuis ses dĂ©buts et grand fan de statistiques, j’ai toujours cherchĂ© Ă  savoir ce qu’aurait Ă©tĂ© le TOP50 avant 1984.
    Je croyais la chose impossible mais c’Ă©tait sans compter sur Fabrice Ferment, le seul Ă  pouvoir rĂ©aliser l’impossible.
    Merci Ă  FF pour son travail remarquable depuis plus de 10 ans sur le site top-france.

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  5. J’aime beaucoup les anecdotes de cet article. C’est amusant et instructif. Merci pour cet article, qui me donne envie de jeter un coup d’oeil au livre citĂ©. Sinon, il est dommage que les chiffres exacts (ou au moins au millier prĂšs) ne soient pas donnĂ©s, et que pour les presque 75 000 de Shelia, le chiffre soit abaissĂ© Ă  50 000. Quelle diffĂ©rence Ă©norme !!

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    • CĂ©dric, je suis d’accord avec toi qu’entre 50 000 et 75 000, l’Ă©cart semble trop important mais je doute que l’exemple donnĂ© par Fabrice Ferment concernait prĂ©cisĂ©ment Sheila, abonnĂ©e dans les annĂ©es 60/70 Ă  des ventes nettement supĂ©rieures. À moins qu’il ne faisait rĂ©fĂ©rence Ă  « La Tendresse d’un homme », single de 82, absent de son inventaire actuel des 45t vendus Ă  + 80 000 exemplaires minimum.

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  6. Moi qui suis un fan du top 50 (radio et magazine), je me rends compte que ce classement n’Ă©tait pas aussi fiable que je pensais. Et que certains titres se sont mieux vendus grĂące Ă  leur prĂ©sence, alors que d’autres auraient mĂ©ritĂ© une autre carriĂšre s’ils avaient Ă©tĂ© diffusĂ©s dans l’Ă©mission… Il faudrait refaire (c’est ce que propose Fabrice Ferment d’ailleurs) l’Ă©mission, en comparant les classements « officiels » avec les vrais chiffres. Je suis sĂ»r que j’Ă©couterais l’Ă©mission !! 😉

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  7. Le problĂšme, je m’en suis rendu compte rĂ©cemment, c’est que j’ai longtemps cru que son livre « 40 ans de tubes » recensait tous les 45 tours et CD singles certifiĂ©s disque d’or entre 1962 et 2000. Le disque d’or, créé par le Syndicat National de l’Edition Phonographique en 1973 Ă©tait obtenu pour un single se vendant au moins Ă  500.000 exemplaires entre 1973 et 1988. (J’ai toujours compris que pour les annĂ©es de 1962 Ă  1973, Fabrice Ferment et le Syndicat National de l’Edition Phonographique, recensaient dans ce livre tous les 45 tours s’Ă©taient donc aussi vendus Ă  500.000 exemplaires). Ensuite, entre fin 1988 et fĂ©vrier 1991, le niveau a Ă©tĂ© abaissĂ© Ă  400.000 exemplaires, puis ensuite de fĂ©vrier 1991 Ă  fin avril 2005 Ă  250.000 exemplaires.

    Or, si on se rend sur le site de Fabrice Ferment Top-France.fr, on se rend compte que pour la pĂ©riode de 1973 Ă  1984, il a recensĂ© dans son livre des singles s’Ă©tant vendus parfois Ă  moins de 500.000 exemplaires, donc n’Ă©tant pas officiellement disques d’or.

    Je regrette que dans cet interview, aucune allusion Ă  son animation avec Flavie Flament de l’Ă©mission « Tubes d’un jour, tubes de toujours » sur TF 1 n’ait Ă©tĂ© faite dans les annĂ©es 2000. J’aimais bien cette Ă©mission et la regardais souvent. Elle Ă©tait bien cette Ă©mission.

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    • Philos, le titre de l’ouvrage est pourtant « 40 ans de tubes », sous-titrĂ© « Les Meilleures ventes de 45t et de CD Singles », pas « 40 ans de disques d »or ». Et si Ferment n’avait rĂ©pertoriĂ© que les disques d’or officiels, on serait passĂ© de 250 Ă  70 pages.

      Je trouve la mĂ©thode qu’il a utilisĂ©e plutĂŽt efficace et cohĂ©rente (mĂȘme s’il y a plein de petits trucs maison que je n’ai pas compris ou regrettĂ©s (par exemple en 66, « L’Heure de la sortie » de Sheila a Ă©tĂ© un trĂšs gros succĂšs et son visuel s’affiche naturellement en grand format alors que « Le CinĂ©ma », de la mĂȘme chanteuse, qui s’est pourtant encore plus vendu n’a droit qu’Ă  une petite illustration…).

      Ce qu’on peut regretter, c’est qu’il n’y ait pas de tableau d’Ă©quivalences pour les 45t sortis avant 73 et de mises Ă  jour par les autoritĂ©s concernĂ©es. Il est difficile d’imaginer qu’un disque de 67 qui s’est vendu Ă   » + 300 000 exemplaires » ne puisse pas officiellement ĂȘtre considĂ©rĂ© comme « Disque d’or » alors qu’on en compte seulement 5 Ă  avoir franchi cette barre cette annĂ©e-lĂ  (contre 27 en 73 et 54 en 82…).

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      • Oui, mais c’est qu’effectivement, j’ai longtemps cru qu’il prenait en compte les disques certifiĂ©s disques d’or. J’ai fait des chroniques radio sur une radio locale vendĂ©enne en me basant sur son livre, et en disant, par exemple, qu’aprĂšs « Adios amor » en 1967, Sheila obtiendra pas moins de 16 ou 17 disques d’or. Mais en me rendant sur son site Top-France.fr, je me suis dit qu’effectivement, j’avais mal compris son livre, car il recense les meilleures ventes de singles en France, mais pas pour autant seulement les singles ayant Ă©tĂ© cetifiĂ©s disques d’or.

        Je pense que la confusion vient d’une des premiĂšres Ă©missions « Tubes d’un jour, tubes de toujours » oĂč je l’avais vue prĂ©senter avec Flavie Flament sur TF 1 en octobre 2001, et oĂč la promotion du livre avait Ă©tĂ© faite et oĂč Flavie Flament n’arrĂȘtait pas de dire « On ne compte plus ses disques d’or » en parlant de chaque artiste invitĂ©. Donc, du coup, je pensais que tous les disques dont les pochettes se trouvaient dans le livre avaient vendu au moins 500.000. exemplaires.

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  8. Personnellement, je trouve que Fabrice Ferment fait un super travail sur Top-France (malgrĂ© quelques erreurs, mais qui n’en fait pas??). GrĂące Ă  lui, je peux connaitre les places des disques de mes idoles (Claude François, Dalida). Donc, son site n’est pas mal, surtout pour les gens qui n’ont pas vĂ©cu cette Ă©poque (comme moi)

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  9. C’est quand mĂȘme dingue, les « surprises » du Top 50 ! Peu importe qui Ă©tait dans le trio de tĂȘte, aucun tube usurpĂ© finalement. En revanche, constater que « Jane » du groupe Century a culminĂ© Ă  la 15e place alors qu’au Top 50, le titre n’a pas dĂ©passĂ© la 35e position, c’est dĂ©jĂ  plus problĂ©matique… Du bon boulot, Fabrice. HĂąte de voir les rĂ©sultats de 1989, la pire annĂ©e du Top artistiquement parlant…

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  10. En jetant un Ɠil sur les ventes annuelles, encore pire: des chansons qui auraient du figurer dans le Top 50 au vu des ventes rĂ©elles telles que:
    « Je ne pense qu’Ă  toi » (MarlĂšne Jobert)
    « Retour de manivelle » (Bruno Grimaldi)
    « Hey Starlita »(Lune de Miel)

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  11. Ceci dit, c’est vrai que le Top 50 avait certainement ses limites aussi. « Mistral gagnant » de Renaud, chanson majeure de son rĂ©pertoire et certainement achetĂ©e en 45 tours, n’y a jamais figurĂ©.

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    • Sur son site, Fabrice Ferment ne rĂ©pertorie pas non plus le single « Mistral Gagnant » parmi les ventes ayant dĂ©passĂ© au moins 75 000 exemplaires. Et je doute que ce fameux morceau ait fait l’objet d’une forte commercialisation sur ce support quand on voit le nombre de « Miss Maggie » d’occasion que l’on peut trouver sur le net en comparaison…

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  12. un sacrĂ© travail mais que je ne trouve pas toujours juste. Dire plus de 50 000 quand un disque s’est vendu Ă  74 990 exemplaires, ça fait une sacrĂ©e marge. Et meme si les 75000 n’ont pas Ă©tĂ© atteints, on est bcp plus proche des 75000 que des 50 000 donc pas tres juste !

    J’espĂšre que nous aurons bientot l’annĂ©e 1999, j’ai vu que les annees 90 avaient Ă©tĂ© mises Ă  jour recemment et il ne manque plus que 1999.

    merci en tout cas !

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