Sara Mandiano – J’ai des doutes

Françoise Castellani débute véritablement sa carrière de chanteuse en 1984 sous le nom de Sarah Mandiano. Avant cela, la jeune femme qui aime la peinture a suivi la formation musicale de la Maîtrise de Radio France, a notamment écumé les MJC avec deux copains et trois guitares électriques (« C’était inaudible », se souvient-elle) ou encore écrit une petite comédie-musicale avec Boris Bergman (Trois bouteilles à la mer) afin de se produire dans des cafés-théâtres.

Remarquée par l’éditeur Max Amphoux alors qu’elle fait des chœurs pour un ami qui passe une audition, elle est ensuite signée par Gérard Jardillier et publie en 1984 chez Columbia (elle a alors 26 ans) Ombre chinoise, son premier 45 tours, arrangé par Thierry Durbet (qui a déjà travaillé avec Francis Lalanne, Amélie Morin ou Pierre Bachelet), et dont la réalisation artistique est confiée à Gérard Jardillier (qui s’occupe également de Jeanne Mas, lancée par Columbia la même année). Un maxi 45 tours est édité, puis un deuxième en 1985 avec une pochette différente et, en tout, trois versions longues destinées aux discothèques. Mais malgré le soin apporté par la maison de disques à la promotion de ce morceau de variété synth-pop efficace, Ombre chinoise ne rencontre pas les faveurs du grand public. Un premier album voit pourtant le jour en 1985 mais ne sera distribué qu’au Canada et au Japon où elle part en tournée avec Étienne Daho et les Rita Misouko. Pour toi moi je… et La Dame de Shanghaï sont les 45 tours suivants (mais non extraits de l’album). Elle change alors de maison de disques en 1988 et sort chez Phonogram Vénus et l’aquarium puis Ombre immobile sans plus de succès. À la même époque, elle compose pour Patricia Zamler et fait des chœurs sur les titres T’aurais pas vu l’amour et Souviens-toi des mots ainsi que sur Mon amant au hammam et Tatoue-moi de Florence Weber. On la retrouve également à la composition d’À l’envers à l’endroit (qu’elle signe sous son vrai patronyme), unique 45 tours de Karen Cheryl chez Polydor en 1987.

Tournant ensuite la page des années 80 afin de prendre un nouveau départ et de se réinventer (en n’essayant pas à tout prix de faire de la musique mais plutôt en se faisant plaisir et en donnant ce qu’elle a envie de donner, comme elle l’expliquera à Laurent Boyer en 1992), elle est ensuite signée chez Barclay par Philippe Constantin et Thierry Haupais. Avec Jean-Claude Chachaty, son complice des débuts et mari (également auteur du Magie noire de Philippe Russo), Sarah part à Bruxelles au studio Synsound en février 1990 pour enregistrer un second album qui sera dirigé par Dan Lacksman, membre du groupe Telex et producteur de Lio et Deep Forest, dont elle a repéré le nom sur un album de Thomas Dolby. Mais les deux associés de Barclay se séparent, les bandes se retrouvent bloquées et ce n’est qu’en 1991 que la chanteuse devient la première artiste signée par Thierry Haupais sur son tout nouveau label, Kondo Music, distribué par Polydor. Haupais, ancien journaliste à Libération, a notamment produit Marquis de Sade et Étienne Daho dans les années 80, et s’apprête à signer Thomas Fersen et Graziella De Michele. L’album ? (« Chacun y met le titre qu’il veut, rêve, question, réponse… », dira-t-elle) sort enfin en 1991, un disque sur lequel Sarah a pris en charge la quasi-totalité de l’écriture et de la composition.

Afin de marquer définitivement une rupture, Sarah devient Sara et sort en premier extrait de ? le single J’ai des doutes, une chanson écrite en 1987 mais recalée par Phonogram. Le morceau au texte léger et surréaliste (« J’ai des doutes, sur le gémissement des crevettes… ») est servi par un gimmick de guitare entêtant et la voix lumineuse de la chanteuse. Mais la bonne surprise de J’ai des doutes réside surtout dans son refrain imparable interprété intégralement en lingala (langue du Congo) par des chœurs africains : « Na komy na tembe, tembe nako kamoa » (le doute, ça part comme ça vient, c’est fait d’un petit rien). Une influence qu’elle décrit ainsi au micro de Laurent Boyer qui la reçoit pour Fréquenstar en février 1992 : « Je crois qu’on est très sensible à ce qui se passe autour de soi, et au moment où j’ai écrit J’ai des doutes j’étais à Paris, j’habitais République, et tout ce mélange de cultures, de couleurs, de peuples, ça m’a certainement inconsciemment influencée et ensuite, j’ai des amis Zaïrois et je me suis dit que ça serait bien de faire quelque chose de gai comme ça… Cette chanson s’est faite très vite, en cinq minutes je crois, c’était un très bon moment que j’ai passé musicalement et que j’avais envie de mettre sur cet album ». Une joyeuse ambiance en effet qu’on retrouve dans le joli clip aussi décalé que le sont les paroles de la chanson et que réalise Simon Kentish, qui avait déjà clippé plusieurs fois Vanessa Paradis et Patricia Kaas pour leurs premiers albums respectifs.

Edité en 45 tours, maxi 45 tours et CD maxi, J’ai des doutes est remixé par Don Shallak (pseudonyme de Dan Lacksman ?) en deux versions (longue et courte) basées surtout sur les percussions. La luna, un titre inédit, est également présent en face B. Sept ans après son premier single, Sara Mandiano décroche enfin un tube, J’ai des doutes entrant au Top 50 en juillet 1991 et s’y installant pour 18 semaines. Il atteint la 10e place mi-septembre, devançant la Saga Africa de Yannick Noah. Goûtant la reconnaissance du public et de ses pairs, Sara se voit remettre un disque d’argent pour plus de 125 000 disques vendus et reçoit une nomination en tant que révélation variété féminine de l’année aux Victoires de la musique 1992, qui couronneront Jil Caplan.

Le deuxième extrait choisi pour promouvoir l’album est Défense d’y voir, un nouveau succès qui atteint la 37e place du Top début mars 1992. Les Serments, troisième et dernier extrait, connaîtra une carrière plus discrète malgré, à nouveaux, des remixes à la clé. Durant l’été, la chanteuse se produit aux Francofolies de la Rochelle.

Nouveau changement de maison de disque en 1993, Sara Mandiano sort Saisons des pluies, son troisième album, chez WEA. Mais promu par les singles Saisons des pluies, Cool et Play (avec à chaque fois un soin accordé aux remixes), la sauce ne prend plus. Il faut dire que l’univers de la chanteuse de variété-pop à la voix cristalline qui distille des textes sibyllins, jouant sur les sonorités, et une certaine spiritualité, rappelle peut-être par certains aspects celui de Mylène Farmer, qui prend beaucoup de place durant ces années-là.

On retrouvera plus tard Sara Mandiano dans les chœurs de chanteurs tels Joseph Racaille, Peter Van Laet ou encore le groupe Les Têtes raides. Elle compose des jingles pour la télévision, écrit pour Veronica Antico, Thierry Séchan et Romane Serda, travaille sur la comédie musicale Dracula et dirige pendant un temps les Studios de la Seine à Paris.

Elle sera également compositrice et chanteuse du projet Shaaks dont le premier album Dreams of Miracle est disponible sur les plateformes de téléchargement en 2010.

Annonce : On souhaite depuis longtemps interviewer Sara Mandiano qu’on aime beaucoup, mais pour l’instant nos recherches et démarches sont restées vaines… Alors si vous avez une piste, n’hésitez pas à nous écrire !

10 commentaires

  1. Ah, là, on plonge surtout dans « PMD 90′ ». 😉

    Et donc, elle aurait pas mal disparu de la circulation ?
    J’ignorais qu’elle était l’auteure de ce qui est sans doute la chanson de Karen Cheryl en français sur laquelle j’accroche le plus. J’étais resté un peu insensible à « J’ai des doutes », même si le refrain était très sympa, en revanche, j’avais acheté « Défense d’y voir » où sa voix (que je trouve personnellement plus intéressante que celle de Mylène Farmer) me paraissait beaucoup plus mise en valeur.

    Merci.

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  2. En arrivant sur votre site, j’ai cru pendant une seconde que vous aviez réussi à la retrouver. Ce n’est pas encore pour cette fois mais nul doute que ça viendra un jour 😉

    « Défense D’y Voir » (et son clip très « Farmerien ») reste pour moi l’un des meilleurs morceaux de Sara(h). Je me souviens également de l’inédit « Mensonges En Somalie » sur la face B. Le dernier album est excellent et aurait mérité une meilleure exploitation. Il n’y a même pas eu de clip pour le premier extrait.
    Il y a vraiment un univers très intéressant chez Mandiano. Une personnalité, une écriture, un talent, une interprétation particulière. Mais le grand public y est resté malheureusement insensible.

    Aucune trace de son oeuvre sur les plateformes de streaming. En connait-on la raison ?
    Merci beaucoup pour cet article !
    Frédéric

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    • Ah mais on y croit ! 😉
      Comme vous le dites, il y a vraiment un univers intéressant, sensible, qui nous touche, et c’est vrai que le dernier album est de toute beauté (les singles n’ont pas forcément été bien choisis…).
      On a entendu parler d’un clip pour « Saison des pluies » mais jamais vu hélas…
      Rien sur les plateformes en effet (à part une reprise étonnante de « J’ai des doutes » version rap), ni sur des compiles depuis 2007… année ou justement son producteur/éditeur Thierry Haupais est décédé…

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      • Je ne savais pas pour le clip de « Saison Des Pluies ».
        Quant à la reprise de « J’ai Des Doutes », c’est étonnant en effet.
        Loin du texte original pour le coup.
        Merci pour votre réponse 🙂

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  3. Sara MANDIANO a vécu à une heure de chez moi dans le même département à DOUDEAUVILLE (76220), elle avait une belle propriété qui lui servait de studio d’enregistrement. Cette demeure a été revendue à un couple qui en a fait un gite (LES TEMPLIERS NORMANDS).Ils ont un site internet, peut-être ont-ils des infos sur Sara MANDIANO.

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  4. Article toujours très instructif. Comme quoi, il y a une vie avant et après un tube. Et je me dis, après avoir lu l’article sur les dessous du TOP 50 (où je réalise que les classements soit ne reflétaient pas forcément les achats réels, soit étaient manipulés par des achats en masse des producteurs…), que la carrière de Sara(h) Mandiano aurait pu être toute autre… Sinon, je possède la K7 2 titres de « J’ai des doutes » et « Défense d’y voir », mais je regrette que leurs faces B, que j’adore tout autant sinon plus, ne soient pas sur l’album (auquel je n’accroche pas des masses).

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