Marie Myriam – Tout est pardonné

En 1986, en fin de contrat avec AZ qui distribue ses disques en France, Marie Myriam sent bien que le vent de cette deuxième moitié des années 80 est en train de tourner. Son album Calin caline et les singles Nostalgia, C’est calin caline et Vivre n’ont pas vraiment été des succès, même s’ils ont permis à la chanteuse de se produire un peu partout. Elle et son mari Michel Elmosnino, alors directeur artistique et réalisateur chez RCA (il travaille notamment pour Marlène Jobert, Carole Laure, Serge Guirao, René Joly…), se partagent entre leurs activités artistiques et leur vie de famille (ils sont alors parents d’une petite Laureen de quatre ans).

Invitée à participer à une tournée de printemps puis d’été, Marie Myriam n’a pas de musicien pour l’accompagner, et son mari ne peut pas s’absenter aussi longtemps pour se produire avec elle. C’est alors que ce dernier lui présente l’un de ses amis de confiance, avec qui il a régulièrement l’habitude de travailler sur les productions RCA, Jacques Cardona. Loin d’être un novice, Cardona est très connu du métier, d’une part parce qu’il a créé au début des années 70 le mythique studio Condorcet à Toulouse dans lequel se presse toute la chanson française de l’époque, d’autre part parce qu’il interprète de nombreux génériques de dessins animés des années 80 sous le nom d’Apollo (Inspecteur Gadget, Les Mystérieuses cité d’or, Ulysse 31…), mais aussi parce qu’il a lancé, avec succès, le groupe Gold. S’il a déjà co-signé l’arrangement de Toda Melina Balana ainsi que la composition de La Vie à deux sur le précédent album de Marie Myriam, c’est la première fois qu’ils vont véritablement travailler ensemble. Durant la tournée, la complicité entre les deux artistes est évidente et la collaboration se poursuit très naturellement lorsqu’il est question de mettre en œuvre un nouvel album de la chanteuse. Cardona travaille à quelques mélodies sur sa guitare et notamment à un petit air dont il a déjà les couplets qu’il fait écouter à Michel et Marie par répondeur téléphonique interposé. Le refrain n’est pas encore là, mais le musicien leur assure qu’il va arriver très vite. Très emballés par ce qu’ils entendent, décision sera rapidement prise d’embarquer Cardona dans l’aventure du nouvel album, qui sera également l’occasion de renouveler complètement l’équipe artistique de la chanteuse.

Le texte de ce qui va devenir Tout est pardonné est confié à René Vallère (qui a écrit pour Pierre Groscolas, Jean-Pierre Mader ou Serge Guirao) et dresse le bilan d’une femme qui a déjà connu les désillusions de l’amour et qui, désormais forte de ses expériences passées, s’en remet en toute confiance au « soleil retrouvé » d’une nouvelle rencontre. Un joli texte à interpréter pour la chanteuse qui vient de fêter ses 30 ans sur une compositions à la rythmique chaloupée et pleine de fraîcheur.

Sur la maquette qu’ils enregistrent chez l’arrangeur Georges Augier de Moussac, Jacques Cardona a posé sa voix, notamment sur les refrains, pour un duo avec celle délicate, veloutée et empreinte de soul de Marie Myriam. Le résultat l’enchante et elle insistera pour que le musicien lui donne la réplique lors de la version définitive qu’ils enregistreront au studio Davout. Mais avant cela, Michel Elmosnino se lance à la recherche d’un label. Si un premier essai s’avère non concluant, WEA, à qui il s’adresse ensuite, va se montrer très intéressé et rappelle le producteur avant même qu’il n’ait le temps de faire d’autres démarches.

Une fois Tout est pardonné et sa face B Les Rues de la nuit en boîte, l’été 1987 est propice à la réception de ce nouveau titre que les radios commencent à diffuser fin juillet. Dix ans après sa victoire à l’Eurovision, Marie Myriam est de retour avec un nouveau tube qui fait son entrée au Top 50 fin septembre. La 6e place est atteinte en décembre et la chanson s’accroche sept semaines dans les dix premiers, décrochant un disque d’argent avec près de 300 000 ventes. Le portrait que tient la chanteuse entre ses bras sur la pochette est celui de Jacques Cardona, qui se plie au jeu de la promo en accompagnant Marie sur les plateaux de télé.

Le succès est également au rendez-vous au Québec qui soutient avec fidélité la chanteuse depuis 1976 où son premier 45 tours, Ma colombe, a été un tube. Si un maxi 45 tours est pressé, il se contente de reproduire le contenu du 45 tours, sans remix ni version longue de la chanson-phare. Il faudra en fait attendre 2012 et la parution d’une compilation dans la collection Référence 80 pour découvrir un remix inédit de la chanson dans un esprit très 80’s, signé pour l’occasion par Arnaud Ralite. Si au dos du 45 tours on annonce la parution prochaine de l’album Tout est pardonné, la promotion intense du single en retardera la sortie. Il paraîtra finalement en 1988 et sera renommé En plein cœur. Entre-temps, un deuxième tube aura fait son apparition, Dis-moi les silences, qui se classe 43e au Top.

Un commentaire

  1. Ahhh Marie 🙂 Une superbe voix qui n’a, selon moi, jamais eu la reconnaissance qu’elle mérite.
    Cette artiste peut chanter n’importe quel style, elle aura toujours cette capacité de m’envoûter.
    Très bon article qui permet de découvrir les dessous de ce somptueux « Tout est pardonné ». Merci infiniment !

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